Résumé
- Le rapport annuel de BSCPLC distingue capacité de conception, capacité équipée et trafic. Il décrit aussi la concurrence des liaisons terrestres : deux stations exploitées par la même société ne font pas de celle-ci l'unique fournisseur international.
- Les chiffres repris dans la presse datent de périodes différentes. Pour apprécier l'offre, il faut conserver leur date, leur définition et leur destination, sans transformer un projet de câble en capacité déjà livrée.
Il suffit de changer la colonne d'un tableau pour que la réserve de bande passante paraisse plus grande ou plus petite. Dans son rapport 2024-2025, Bangladesh Submarine Cables PLC, ou BSCPLC, attribue à sa part de SEA-ME-WE-5 une capacité de conception de 2 570 Gbps. La capacité alors équipée pour le service est de 2 200 Gbps. Le trafic effectivement transporté est encore une autre mesure.
Aucun de ces chiffres n'est inutile. Le problème commence lorsqu'on les emploie comme s'ils répondaient à la même question. Un opérateur qui achète une liaison ne cherche pas la capacité théorique d'un système international. Il veut savoir ce qu'il pourra utiliser entre deux points, à une date donnée.
Le rapport annuel publié par BSCPLC permet justement de quitter les grandes déclarations sur les besoins du Bangladesh pour regarder comment cette offre est constituée.
Singapour d'un côté, des réserves à l'ouest de l'autre
Dans la déclaration du directeur général, aux pages imprimées 9 et 10 du rapport 2024-2025, plus de 95 % du trafic domestique empruntant SEA-ME-WE-5 est décrit comme allant vers l'est, en direction de Singapour. La société évoque parallèlement des capacités peu utilisées sur le parcours occidental, du Sri Lanka vers la France et l'Italie, dont une partie a été louée à des opérateurs internationaux les années précédentes.
Ce rapprochement est révélateur. De la capacité disponible quelque part dans un consortium n'est pas automatiquement une liaison utilisable pour un client situé ailleurs. Il faut encore que les destinations, les équipements et les conditions de livraison correspondent à son besoin.
Les chiffres du rapport restent ceux de la société, pour la période concernée ; ils ne constituent pas une mesure indépendante du trafic actuel. Mais ils contredisent l'idée que rien de précis n'est publié. BSCPLC distingue même les directions de sa capacité équipée sur SEA-ME-WE-5 : 2 100 Gbps vers Singapour et 100 vers la France.
Pour SEA-ME-WE-4, elle annonce environ 4 650 Gbps de capacité maximale réalisable après modernisation. Le total d'environ 7 220 Gbps indiqué dans le rapport additionne cette valeur à la capacité de conception de SEA-ME-WE-5. Ce n'est donc pas un relevé de consommation, ni la preuve que tout ce volume peut être livré immédiatement à n'importe quel acheteur.
Des chiffres séparés par onze mois
L'ancienne version de cet article rapprochait deux articles de presse comme s'ils rendaient compte du même communiqué d'octobre 2026. Or The Daily Star affiche le 18 octobre 2025 : 7 200 Gbps au total, dont 4 200 utilisés et 3 000 disponibles. Dhaka Tribune, daté du 4 septembre 2026, rapporte 4 000 fournis et 3 200 disponibles pour un total similaire.
Entre les deux, un communiqué ministériel du 12 mai 2026, publié le lendemain, avance environ 4 100 Gbps fournis et 3 100 encore disponibles. Il détaille aussi une capacité équipée de 2 200 Gbps sur SEA-ME-WE-5, dont 1 488 utilisés.
On ne peut pas déduire de ces seules valeurs une courbe fiable d'utilisation. Les dates diffèrent, les catégories ne sont pas toutes rapprochées et les sous-totaux ne reconstituent pas intégralement les agrégats annoncés. Parler de simples arrondis effacerait ces différences ; parler d'une manipulation irait au-delà des éléments disponibles. Chaque chiffre doit rester attaché au propos et à la période dont il provient.
Deux stations ne font pas tout le marché
L'implantation de BSCPLC est bien documentée. Son rapport nomme les stations de Cox's Bazar et de Kuakata et retrace sa participation aux consortiums. Il situe la reprise de la participation à SEA-ME-WE-4 en 2008, l'entrée dans SEA-ME-WE-5 en 2014 et l'inauguration commerciale de la deuxième connexion sous-marine au 10 septembre 2017.
Cette présence explique l'importance de BSCPLC pour les opérateurs qui lui achètent de la capacité. Elle ne prouve pas que toutes les communications internationales du pays passent par cette société. Le directeur général décrit au contraire la concurrence des opérateurs de câbles terrestres internationaux, les ajustements tarifaires qu'elle entraîne et une part de marché d'environ 50 % à l'époque du rapport. Ce dernier chiffre reste une estimation de l'entreprise, pas une mesure indépendante actuelle.
Il faut donc distinguer plusieurs questions. Acheter deux liaisons à la même entreprise maintient un même interlocuteur commercial. Cela ne suffit pas à dire que leurs parcours physiques sont identiques. Inversement, la présence de deux stations ne garantit pas que tous les tronçons utilisés par un client soient indépendants. Les chemins réels et les dispositions de rétablissement comptent davantage que le seul nombre de sites.
SEA-ME-WE-6 : regarder ce qui sera mis en service
Le rapport 2024-2025 décrit une modification du parcours de SEA-ME-WE-6, avec une section terrestre passant par Bahreïn et l'Arabie saoudite, et lui associe des coûts supplémentaires et des retards. Il prévoyait alors une mise en service au dernier trimestre 2026. Le communiqué de mai 2026 visait le début de 2027 et environ 30 000 Gbps supplémentaires ; le récit de septembre évoquait 2027 et 34 000 Gbps.
Ces annonces successives appellent une explication actualisée. Elles ne démontrent ni que la capacité est déjà livrée, ni pourquoi chaque prévision a changé. Pour juger l'avancée du projet, une réception du système et une capacité équipée sur des parcours nommés seraient plus instructives qu'un nouveau total spectaculaire.
La question utile n'est donc pas de choisir entre l'alarme et le discours rassurant. C'est de savoir quelle liaison peut réellement être fournie, où, et quand. Le rapport de BSCPLC donne déjà une bonne raison de poser la question : la demande part largement vers Singapour, tandis qu'une partie des réserves décrites se trouve plus à l'ouest.
Correction et mise à jour du 22 octobre 2026 : Les dates des deux articles de presse ont été corrigées. Contrairement à ce qu'indiquait la version précédente, le rapport annuel documente l'historique des stations et distingue plusieurs mesures de capacité. Nous avons retiré les conclusions non étayées concernant un monopole sur toutes les connexions internationales, le coût comparé des solutions terrestres et les intentions prêtées à l'opérateur. Les capacités futures restent présentées comme des prévisions.
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