Résumé
- Lancé en janvier 2000, Beam-It permettait à MP3.com de constater qu’un client possédait un CD. La société rendait ensuite les titres disponibles dans un casier musical en ligne, sans demander au client de les encoder ni de les stocker lui-même.
- Après une décision de justice sur sa responsabilité pour violation du droit d’auteur, MP3.com a désactivé le 10 mai 2000 les contenus dépourvus d’autorisation expresse. Son catalogue a ensuite été reconstitué par accords avec les détenteurs des enregistrements et des compositions.
L’astuce avait quelque chose de désarmant. Au lieu de transformer soi-même chaque CD en fichiers, l’auditeur présentait le disque au logiciel Beam-It. MP3.com reconnaissait la possession, puis ouvrait l’accès à la musique dans My.MP3.com. Un autre parcours, Instant Listening, vérifiait l’achat auprès d’un vendeur partenaire. La société décrit ces deux portes d’entrée dans son rapport trimestriel déposé en 2001 auprès de la SEC. Elle précise que les clients pouvaient profiter de leur collection sans encoder ni conserver les morceaux eux-mêmes.
L’économie du produit tenait précisément à ce transfert de travail. MP3.com absorbait la préparation, le stockage et la distribution qui auraient autrement incombé à chacun. Un service central peut rendre une collection accessible depuis plusieurs appareils. Il concentre aussi les copies et les décisions de diffusion chez son exploitant. La possession d’un disque par l’abonné ne réglait pas le droit de MP3.com de créer et servir sa propre version.
Le conflit est arrivé vite. Dix maisons de disques ont engagé une action le 21 janvier 2000. Dans son rapport pour le deuxième trimestre 2000, MP3.com rapporte leur accusation portant sur des copies non autorisées d’environ 45 000 CD ; il s’agit du chiffre avancé par les plaignants. La société consigne aussi le jugement du 28 avril qui l’a tenue responsable de la violation de droits d’auteur. Le 10 mai, elle a retiré du service les contenus des plaignants. Le rapport de 2001 décrit une fermeture plus large : seuls les contenus expressément autorisés par leurs titulaires restaient disponibles.
Pour l’utilisateur, le disque n’avait pas changé. Le lecteur pouvait encore le reconnaître. C’était la bibliothèque distante qui avait perdu ses rayons. Cette séquence montre où se trouvait la décision capable d’arrêter le service : chez ceux qui pouvaient autoriser les copies et leur exploitation, puis dans les contrats que MP3.com devait conclure avec eux.
La reconquête du catalogue s’est faite en plusieurs négociations. De juin à août 2000, MP3.com a signé des transactions et licences avec Warner Music Group, BMG Entertainment, Sony Music et Capitol Records, groupes représentant huit des dix sociétés plaignantes. Un litige avec UMG a suivi son cours avant un jugement et un accord de licence. Dans sa déclaration de 2001, MP3.com explique que ces accords permettaient d’utiliser les enregistrements concernés sous certaines conditions. Beam-It continuait de contrôler le CD ; le droit d’ouvrir les pistes dépendait désormais des autorisations acquises par la société.
Il fallait encore traiter les compositions musicales. Les droits sur un enregistrement et ceux sur l’œuvre ne se confondent pas. MP3.com détaille un accord avec la Harry Fox Agency finalisé en février 2001. La licence prospective prévoyait un quart de cent par écoute à la demande depuis le casier d’un client, plus un paiement unique par piste ajoutée. Ce tarif appartient à cet accord précis. Il rend visible une autre unité de compte derrière la promesse d’un accès immédiat : chaque piste intégrée et chaque écoute pouvaient créer une obligation distincte.
La difficulté a pris le nom d'un disque précis devant le Sénat américain en avril 2001. Robin Richards, président de MP3.com, a dit que la société disposait des droits sur l'enregistrement et d'accords de représentation pour J.Lo de Jennifer Lopez, mais attendait encore l'autorisation des éditeurs. Selon son témoignage, la Harry Fox Agency lui avait annoncé six à huit semaines pour identifier les titulaires et libérer au moins une partie des chansons. Ni l'achat en ligne ni le CD déjà reçu ne permettaient alors d'ouvrir ces titres dans le casier. C'était le récit de MP3.com au Sénat, et l'exemple concret d'une attente qu'aucun lecteur optique ne pouvait raccourcir.
Le parcours de My.MP3.com tient ainsi en trois dates. En janvier 2000, le CD semblait être la clé. En avril, un tribunal a retenu la responsabilité de l’entreprise pour les copies. En mai, le service a réduit son catalogue aux contenus autorisés. Les contrats ont ensuite déterminé ce que le casier pouvait à nouveau contenir. Le lecteur vérifiait un objet ; l’entreprise devait obtenir des droits.
Documents originaux
- MP3.com, rapport 10-Q clos le 30 juin 2000 : action judiciaire, décision du 28 avril et retrait des contenus.
- MP3.com, rapport 10-Q clos le 31 mars 2001 : fonctionnement de Beam-It, licences des enregistrements et accord avec les éditeurs.
- Sénat des États-Unis, audition du 3 avril 2001 : témoignage de Robin Richards, président de MP3.com, sur Beam-It et J.Lo.
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