Résumé

La liste d'invités se trouvait déjà dans Gmail

Le 9 février 2010, Google présenta Buzz comme un espace de conversation intégré à Gmail. Sa commodité phare : aucun carnet d'amis à constituer. Le système choisirait automatiquement les personnes que l'on suivrait parmi celles auxquelles on écrivait ou avec lesquelles on discutait le plus. Google décrivait cela comme la révélation d'un réseau social déjà caché sous le courrier.

Un correspondant fréquent et un abonné public remplissent pourtant des fonctions différentes. Le premier figure dans l'historique d'un outil de communication privée. Le second inscrit une relation dans un produit social que d'autres peuvent consulter. En traitant l'un comme le point de départ de l'autre, Google se donnait la possibilité de publier une structure de liens que les usagers avaient produite pour envoyer des messages, pas pour composer une audience.

La plainte administrative de la FTC détailla le parcours. L'agence affirma que Google avait utilisé des noms et des contacts Gmail pour peupler Buzz et que, dans de nombreux cas, des usagers avaient reçu des abonnés sans information préalable ni possibilité de consentir. L'écran d'accueil vantait un réseau déjà prêt. Pour accéder à la boîte de réception, il fallait choisir entre essayer Buzz et « Nah, go to my inbox ». Ce second choix avait la forme d'un refus. D'après la plainte, il laissait pourtant certains usagers susceptibles d'être suivis ou d'apparaître sur le profil public d'autres personnes.

L'enjeu venait du contexte des adresses. On écrit à un médecin, à un employeur ou à une personne avec laquelle on doit régler un différend sans lui proposer pour autant une place dans sa vie sociale visible. La FTC fit état de milliers de plaintes concernant l'exposition de contacts électroniques. Le raccourci du produit transférait la décision de rendre ces relations visibles de la personne concernée à l'opérateur de sa messagerie.

Éteindre l'onglet n'effaçait pas les liens

Selon la même plainte, « Turn off Buzz » retirait l'onglet du compte Gmail. Pour certains usagers déjà entrés dans le service, ils continuaient néanmoins à figurer comme abonnés sur les profils et pages Buzz de leurs correspondants fréquents. Le bouton changeait l'écran de l'usager ; il ne défaisait pas forcément ce que d'autres pouvaient voir. Un arrêt d'affichage et une suppression de relation sont deux opérations distinctes.

Google, dans sa réponse de mars 2011, reconnut que le lancement n'avait pas respecté ses propres exigences de transparence et de contrôle, annonça des améliorations et confirma un accord avec la FTC. L'entreprise qui avait conçu l'entrée automatique devait désormais décrire plus clairement la sortie et les usages futurs des informations accumulées dans ses produits.

La plainte mit également le lancement face aux promesses antérieures. La politique de Gmail présentait la conservation des messages et contacts comme nécessaire au service de courrier. La politique générale de Google promettait de demander le consentement avant un emploi de données personnelles dans un autre but. Pour la FTC, Buzz avait réutilisé ces informations pour le réseau social sans cette autorisation préalable. Google accepta ensuite une ordonnance qui dépassait largement l'existence de Buzz.

Un produit bref, une obligation longue

Le 24 octobre 2011, la FTC approuva définitivement l'accord après consultation publique. La partie II de l'ordonnance exigeait une information claire et séparée, puis un consentement affirmatif, avant certains nouveaux partages de données identifiables avec des tiers. Elle visait les partages résultant d'une modification de produit et contraires aux pratiques annoncées lors de la collecte. La partie III imposait un programme écrit de protection de la vie privée ; la partie IV prévoyait une première évaluation indépendante, puis une tous les deux ans pendant vingt ans.

Le 14 octobre, Google avait annoncé qu'il fermerait Buzz et son API dans les semaines suivantes pour concentrer ses efforts sur Google+. Les anciens messages resteraient consultables sur le profil Google et téléchargeables par Takeout. L'annonce ne fixait pas le dernier jour précis du service. L'ordonnance, elle, suivait l'entreprise dans ses autres produits. Buzz pouvait s'arrêter ; la règle concernant la réutilisation des informations continuait.