Summary

  • En 1995, le comité a voté une étude et un rapport, pas l’autorisation de raccorder le pays.
  • La préparation des passerelles, le décret de 1997 et l’ouverture officielle sont des jalons distincts; aucun ne prouve à lui seul un accès universel.

Des échanges existaient avant le raccordement permanent

L’histoire de l’Internet au Vietnam ne commence pas par un interrupteur actionné un jour précis. En 1992, l’Institute of Information Technology (IOIT), à Hanoï, établit une liaison téléphonique commutée avec l’Australian National University (ANU) pour échanger des courriels. L’International Telecommunication Union (ITU) raconte que les messages circulaient par lots; certains étaient triés à Hanoï puis remis en main propre à travers la ville. VARENet prolongea ce travail universitaire. NetNam utilisa ensuite UUCP vers l’ANU pour fournir du courrier électronique à des organismes de recherche, des universitaires et des ONG, avec aussi un bulletin local. Ces usages relevaient bien de réseaux et de services Internet, mais ils ne constituaient pas encore une connexion internationale permanente proposée comme service commercial. L’étude de l’ITU de 2002 estime qu’en 1996 environ 300 organismes scientifiques et universitaires étaient reliés à l’IOIT et que NetNam comptait plus de 800 utilisateurs. Ce sont des estimations rétrospectives portant sur des institutions et des comptes, pas un recensement de la population.

La date du 19 novembre 1997 reste importante, mais le verbe compte. Elle marque l’ouverture officielle du raccordement national; elle n’efface pas les courriels par ligne téléphonique, les échanges UUCP ni les réseaux locaux qui l’ont précédée.

En 1995, la commission décide d’étudier

Le 6 septembre 1995, le comité de pilotage du Programme national d’informatique examine l’ouverture d’une passerelle nationale. Une rétrospective du journal du gouvernement vietnamien, signée par Nguyễn Công Hóa, ancien directeur adjoint du bureau du comité entre 1995 et 1998, indique qu’il a voté pour lancer des études, des enquêtes et des essais, puis présenter un rapport au Premier ministre afin qu’il puisse envisager d’autoriser l’ouverture. La décision consignée porte donc sur l’étude et la transmission d’un rapport. L’autorisation restait à examiner.

Cette réunion compte dans l’histoire institutionnelle du réseau, mais elle ne vaut pas autorisation d’exploiter une connexion nationale. Distinguer les deux actes évite d’attribuer à la commission une décision qu’elle n’avait pas prise.

Deux passerelles, sous condition

Lors de la séance plénière du 29 août 1996, le vice-Premier ministre Nguyễn Khánh assiste aux échanges. Đặng Văn Thân, directeur général du General Department of Post, y indique que deux passerelles vers le réseau international sont achevées et qu’elles peuvent être raccordées dès que le Gouvernement l’autorise. La formule citée dans la rétrospective associe ainsi une capacité technique déclarée et une permission encore attendue.

Le récit disponible ne donne ni les adresses, ni les opérateurs, ni les équipements, ni la capacité ou les résultats d’essais de ces deux passerelles. Il ne faut donc pas transformer leur nombre en carte du réseau. L’ITU estimera plus tard que le Vietnam était probablement prêt à disposer d’une connexion internationale permanente en 1996, mais que celle-ci a été retardée faute de règles adaptées. C’est l’interprétation rétrospective de l’ITU; elle ne mesure pas la durée imputable à chaque décision.

Le décret encadre aussi l’usage

Le 5 mars 1997, le Premier ministre Võ Văn Kiệt signe le décret 21/CP. La fiche officielle du gouvernement confirme sa date et son signataire. Le texte anglais du décret confie à l’État la gestion et le contrôle du réseau et des services Internet, des passerelles internationales et des informations qui y circulent. Les organisations et entreprises souhaitant connecter leur réseau informatique devaient installer leur propre serveur au Vietnam, passer par les passerelles prescrites et assumer la responsabilité des informations consultées, transmises ou reçues. Le texte cite aussi le courrier électronique, la transmission de données, l’accès à distance et aux bases de données.

La passerelle était ainsi un point de contrôle parmi d’autres : la règle associait routage international, implantation du serveur et responsabilité de l’information. Le décret indique ce qui était exigé sur le papier; il ne prouve pas à lui seul l’application uniforme de chaque obligation.

Le 19 novembre ne résume pas toute la mise en service

La rétrospective gouvernementale date du 19 novembre 1997 l’ouverture officielle de la passerelle nationale. Une rétrospective du ministère vietnamien des Sciences et des Technologies cite l’ancien directeur général Mai Liêm Trực, qui se souvient de cette ouverture et juge que le décret 21 devait ensuite être révisé. L’ITU situe en novembre le début des services commerciaux des premiers fournisseurs, mais son propre rapport comporte une divergence : l’introduction date de décembre la première connexion internationale permanente, tandis que la section historique la situe en novembre.

Il serait hasardeux d’en déduire une seule seconde où tout aurait commencé. La cérémonie officielle, le début d’un service commercial et la permanence de la connexion internationale sont des jalons liés, mais les sources ne les définissent pas de la même façon. Rien ne permet non plus d’affirmer qu’un accès universel existait le 19 novembre.

Le récit tient donc en plusieurs actes : étudier, préparer, autoriser, réglementer et mettre en service. Les deux passerelles pouvaient être prêtes; cela ne réglait pas encore qui pouvait les utiliser, sous quelles conditions ni à quelle date le service commercial commencerait. C’est cette séparation, plutôt qu’une formule unique sur « l’arrivée » d’Internet, qui restitue l’histoire.