Résumé

  • Emile Aben et James Cowie ont rapproché le code pays du préfixe et celui de l’AS observé à l’origine de la route. Dans leur analyse, les deux concordent dans 88,1 % des cas.
  • Le graphique en six catégories totalise 99,57 %, mais sa catégorie principale correspond aux 88,1 % de concordance nationale. La présentation ne précise pas le dénominateur de sa formule « 99,6 % des origines transfrontalières ».

Analyse

Un préfixe français, une origine espagnole

Le préfixe 90.68.0.0/16 offre un exemple concret. Le collecteur RRC21 de RIPE RIS, situé à Paris, observe un chemin AS dont le dernier numéro est AS12479. Les diapositives associent deux codes pays à cette annonce : FR pour le préfixe dans les statistiques déléguées NRO, ES pour l’ASN d’origine.

Deux enregistrements répondent à deux questions différentes. Le pays d’allocation vient de la fiche de ressource. Le pays d’origine suit le code attaché à l’AS observé à l’extrémité droite du chemin. Le premier décrit la base juridique du détenteur ; le second, l’enregistrement de l’AS qui annonce la route.

RIPE NCC a précisé ce sens lors de la première phase de NWI-10, mise en œuvre en décembre 2020. Son avis indique que le code pays d’une organisation LIR désigne le pays où le détenteur de la ressource est légalement établi. Le fichier Extended Delegated Statistics a été aligné sur ce code. Une adresse juridique et un réseau en exploitation peuvent relever de pays différents.

Le 30 octobre, à RIPE 93, Emile Aben de RIPE NCC et James Cowie ont présenté une méthode pour classer ces écarts. Les diapositives disent que les deux codes concordent 88,1 % du temps et nomment les 11,9 % restants le « résidu ». Les intervenants rappellent qu’il n’y a aucune raison pour que le domicile juridique et le domicile opérationnel d’Internet coïncident. Ils déconseillent aussi de partir de ces codes pays pour faire de la géolocalisation.

La distance n’explique qu’une partie

Le premier modèle emprunte à l’économie du commerce. Il traite les paires de pays comme un problème de gravité : distance, frontière commune, langue, ancienne relation coloniale, territoires apparentés et appartenance à la même RIR entrent dans une régression de Poisson. Les diapositives indiquent 188 pays et 35 156 paires orientées.

La proximité compte, mais les présentateurs estiment qu’elle n’explique qu’environ 18 % du résidu. La distance agit en sens inverse ; les pays voisins partagent plus souvent un lieu d’enregistrement et un lieu d’exploitation. Les frontières communes, les liens coloniaux et les territoires apparentés comptent aussi. Le modèle laisse néanmoins de nombreux flux trop importants pour être expliqués par la proximité seule.

L’étape suivante ajoute des variables propres à chaque pays : PIB et population, présence d’un registre Internet national, indice de secret financier, région administrative spéciale, classification politique, exposition aux sanctions, nombre de LIR RIPE, part d’IPv4 historique, transferts entrants, nombre d’installations et région RIR. La présentation ne donne ni coefficients ni résultats variable par variable.

Six catégories, un dénominateur gênant

Le graphique final rassemble les observations dans six cas. Les marchés d’adresses, le cloud, l’hébergement et la location d’IPv4 pèsent 7,13 %. Les pays de siège social représentent 1,95 %, les groupes régionaux d’opérateurs 1,61 %, l’enregistrement par intermédiaire 0,63 % et le modèle métropole-territoire 0,15 %. La catégorie la plus importante, à 88,1 %, est dite « autonome » : 97 pays annoncent au moins 95 % de leur propre espace.

Les cinq petites parts totalisent 11,47 %, près des 11,9 % du résidu. Avec les 88,1 % de la catégorie autonome, le graphique atteint 99,57 %, soit 99,6 % après arrondi. Le calcul est visible ; le dénominateur ne l’est pas. La diapositive 10 dit que les six mécanismes expliquent « 99,6 % des origines transfrontalières ». La diapositive 11 inclut pourtant une catégorie de concordance nationale, absente du résidu transfrontalier tel que la présentation le définit.

La taxonomie reste utile. Des centres d’hébergement attirent des ressources enregistrées ailleurs ; des entreprises choisissent un pays où la création de société est simple ; un opérateur dessert plusieurs marchés voisins ; un LIR d’un pays tiers peut faciliter l’adhésion ou la facturation ; un réseau peut aussi fonctionner dans un territoire lié à un État plus vaste. Ces catégories décrivent des motifs dans les registres. Elles ne placent ni les utilisateurs, ni les câbles, ni les paquets sur une carte physique.

Un extrait daté, les nombres bruts de chaque catégorie et la définition du dénominateur permettraient de savoir si « 99,6 % » décrit toutes les observations ou seulement les désaccords entre codes pays. En attendant, les 88,1 % de concordance et les cinq parts résiduelles sont mieux établis que la formule transfrontalière du titre.

Sources présentation et résumé de RIPE 93 · diapositives · transcription de la session · avis RIPE NCC sur la mise en œuvre de NWI-10 · documentation des collecteurs RIPE RIS · miroir RIPE des statistiques NRO.