Summary

  • UNZANET a constitué une communauté de courrier avant l’arrivée d’un circuit IP direct, en reliant l’université, des ONG et des organismes de santé par des échanges différés.
  • ZAMNET a tenté de convertir cette demande en service commercial, avec un financement initial de la Banque mondiale, une ligne louée coûteuse et des abonnements censés prendre le relais.
  • La ligne a fonctionné en novembre 1994, mais le service payant n’a ouvert qu’en mars 1995 ; quelques mois plus tard, le circuit et le serveur étaient déjà sous tension.

Un réseau pouvait fonctionner par rendez-vous

Le premier message enregistré d’UNZANET est parti le 30 septembre 1991 du centre informatique de l’Université de Zambie vers Baobab, un réseau consacré à l’Afrique à Washington. Un projet régional financé par l’IDRC avait fourni le micro-ordinateur et le modem qui servaient de nœud universitaire. Les premiers messages internationaux passaient par le réseau de l’Association for Progressive Communications à Londres. À partir de novembre, l’Université Rhodes en Afrique du Sud assura une liaison Internet par trois appels informatiques quotidiens.

Le réseau sud-africain des universités, financé par la Foundation for Research and Development, en payait le coût.

Ce dispositif ne donnait pas une connexion interactive. L’utilisateur rédigeait un message, le système le conservait, puis un appel programmé transmettait le lot. L’attente faisait partie du service. La possibilité d’échanger comptait davantage que l’instantanéité. Selon le récit de 1996 de Neil Robinson, le réseau s’est ensuite étendu au-delà du monde universitaire vers les ONG, la santé et le développement. Dans sa mise à jour de janvier 1995, il dénombrait plus de 270 points de courrier. Il s’agit d’un chiffre fourni par l’exploitant, pas d’un recensement des internautes du pays.

Un point de courrier ne signifiait pas que son utilisateur pouvait consulter le Web ou une base distante en direct. Le stockage-transfert échangeait de l’immédiateté contre un fonctionnement moins coûteux et partagé. Une organisation qui n’aurait pas financé sa propre liaison internationale pouvait néanmoins envoyer et recevoir du courrier.

La demande devenait une question de financement

À la mi-1993, l’équipe du centre informatique voulut établir une liaison directe. Sa première proposition aux bailleurs n’obtint pas de soutien direct. Au début de 1994, l’Université choisit une autre forme : une société universitaire privée, ZAMNET Communication Systems Ltd., construirait la connexion et vendrait des services Internet. La Banque mondiale accepta ensuite de couvrir 80 % des coûts d’exploitation de la première année. L’Université en resta l’actionnaire majoritaire et de contrôle.

Le budget prévisionnel atteignait 150 000 dollars. Il comprenait la ligne louée et l’abonnement au fournisseur amont, le matériel de service et de formation, l’aide technique à la configuration et trois postes. Les abonnements des clients devaient financer dès le début les salaires d’un administrateur et de deux techniciens. Le service visait différents usages : lignes louées pour les organisations à fort trafic, accès interactif par téléphone pour les villes dotées de lignes assez bonnes, et maintien possible de Fidonet ou d’UUCP là où la qualité téléphonique rendait les sessions interactives difficiles.

La transition ne se résumait pas à remplacer la gratuité par un tarif. L’ancien réseau avait rassemblé des utilisateurs ; la nouvelle société devait transformer une partie de cette demande en recettes récurrentes. Robinson expliquait que les clients commerciaux pourraient contribuer au financement des ONG et des organismes de santé, puisque le centre universitaire avait intérêt à partager le personnel et le matériel. C’est un mécanisme prévu, pas une comptabilité auditée. Le plan visait l’autonomie après la première année de soutien de la Banque mondiale, mais les sources disponibles ne démontrent pas que l’objectif ait été atteint.

Le long circuit aboutissait à une courte ligne difficile

En avril 1994, ZAMNET demanda une ligne louée à quatre fils, à 9 600 bauds, entre Lusaka et le fournisseur retenu au Cap. Celui-ci accepta provisoirement de transporter le trafic Internet sans facturer l’accès amont. Cela ne supprimait pas le coût du circuit loué en Zambie et sur la route internationale ; une mise à jour de janvier 1995 évaluait la ligne à environ 60 000 dollars par an.

La mise en service annoncée pour juillet fut retardée. Des problèmes sur la liaison satellite repoussèrent les essais à octobre. L’équipe découvrit ensuite que le modem choisi grâce à son expérience de Fidonet ne fonctionnait qu’en deux fils, alors que le circuit était à quatre fils. Deux modems adaptés coûtèrent 1 100 dollars chacun. Puis le signal devait encore parcourir les derniers kilomètres entre l’échange de Lusaka et l’Université. Selon le récit rétrospectif de Robinson, la perte sur ce court segment dépassait celle de l’ensemble du trajet jusqu’au Cap. Le 22 novembre, la ligne transporta enfin un signal vers Internet et en retour.

Un message publié le même jour depuis l’Afrique du Sud enregistra des temps de réponse de plusieurs secondes vers le routeur de ZAMNET ; ce relevé concerne un seul trajet à un instant précis.

Les dates correspondent aussi à des étapes différentes. Le chapitre de 1996 parle d’un accès complet à Internet en décembre 1994, tandis que les archives de novembre attestent qu’une ligne louée fonctionnait et qu’un routeur répondait. En janvier 1995, Robinson précisait que le service interactif restait limité au centre informatique de l’Université. Le courrier international des plus de 270 points passait désormais par le circuit loué. La liaison IP, le service universitaire et l’offre commerciale publique n’étaient pas le même jalon.

L’ouverture révéla les limites de capacité

ZAMNET accueillit ses premiers clients payants au début de mars 1995. En juin, Robinson indiquait près de 200 comptes et plus de 300 boîtes aux lettres. La ligne toujours décrite comme étant à 9 600 bauds fonctionnait de façon synchrone à 14 400 entre Lusaka et Internet Africa au Cap. Environ 100 utilisateurs de Fidonet restaient actifs ; leur nœud échangeait le courrier avec le serveur Internet cinq fois par jour. La nouvelle offre n’avait donc pas rendu l’ancien mode inutile.

La même mise à jour signalait une croissance plus rapide que prévu. Le lien était congestionné à certaines heures ; le serveur de courrier manquait de mémoire et de disque. Les mises à niveau furent avancées. La plupart des comptes servaient encore au courrier électronique. Ces données décrivent à la fois un démarrage prometteur et une capacité insuffisante. Elles ne prouvent ni une couverture nationale, ni un bénéfice, ni une indépendance financière durable.

L’auteur du récit de 1996 avait contribué à créer et exploiter ZAMNET. Son explication de la demande et du modèle commercial est précieuse, mais intéressée. Les mises à jour contemporaines de janvier et juin précisent ce qui avait réellement été ouvert ; un ping de novembre fournit une date indépendante du côté réseau ; un document rétrospectif de la Banque mondiale reprend le projet de viabilité fondé sur les abonnements et le partage des utilisateurs. Aucune de ces sources ne fournit des comptes audités après la fin de la subvention.

La conclusion défendable est donc limitée : le réseau partagé de courrier offrait une base plausible de clients, mais le coût et la fiabilité du service interactif dépendaient encore du financement du circuit, de la capacité de payer et de l’aptitude de l’exploitation locale à suivre la demande.

Sources

L’analyse s’appuie comme grille éditoriale sur la Note 64 de Heng Lu, consacrée à l’adoption volontaire, et sa Note 65 sur la primauté du code en fonctionnement. Ces textes ne sont pas des preuves historiques sur la Zambie : https://heng.lu/minimum-initial-specification-localized-future-decision-voluntary-adoption-internet-coordination-system/ et https://heng.lu/running-code-primary-the-patch-needed-to-preserve-the-internet-original-design/.