Résumé

  • Le service Netlib décrit par ses créateurs en 1987 répondait automatiquement aux demandes de logiciels envoyées par courriel. Il pouvait joindre les routines appelées par celle que l’utilisateur avait choisie.
  • Cette collecte reposait sur des descriptions, des relations entre fichiers et un travail éditorial. Le bilan de septembre 1995 montre que certaines options du courrier restaient plus précises que celles de l’interface Web.

Un programme informatique peut avoir beaucoup d’amis. On en récupère un pour résoudre un problème ; il en appelle trois autres, qui ont eux-mêmes besoin de quelques connaissances. Le chercheur venu faire des mathématiques se retrouve à réunir une troupe de fichiers. Netlib proposait de se charger de l’invitation.

Dans leur article de mai 1987, Jack J. Dongarra et Eric Grosse décrivaient un service auquel on écrivait pour recevoir du code. Le demandeur indiquait la routine et la bibliothèque souhaitées. La réponse contenait la routine ainsi que celles qu’elle appelait. Un petit outil numérique pouvait ainsi arriver avec ses pièces utiles.

Le dispositif répondait à une difficulté banale dans la recherche. Les logiciels mathématiques circulaient souvent en grandes collections, sur bande magnétique. Pour obtenir une petite partie de l’ensemble, il fallait contacter les auteurs, recevoir le support et parfois déchiffrer un format de bande conçu pour un autre ordinateur. La taille du besoin et celle de la démarche étaient assez mal assorties.

Netlib permettait de demander moins. Ses deux serveurs, situés à Argonne National Laboratory et à AT&T Bell Labs, recevaient des requêtes par courrier électronique. Des passerelles pouvaient acheminer le courrier depuis d’autres réseaux. On demandait un catalogue, l’index d’une bibliothèque, des routines précises ou une recherche par mot-clé. Les réponses rapportaient les éléments choisis.

Le rassemblement des dépendances donnait à ce courrier son intérêt particulier. Une routine est un morceau de programme chargé d’un travail déterminé ; elle peut en appeler d’autres pour l’accomplir. Il faut alors retrouver ces morceaux supplémentaires. Le serveur interprétait les noms de bibliothèques comme une liste de recherche, utilisait le chargeur du système pour résoudre les noms des routines, puis transformait le résultat en liste de fichiers à expédier.

Les utilisateurs avertis pouvaient affiner la commande. Demander seulement la routine nommée. Exclure une branche de routines auxiliaires. Recevoir uniquement les noms des fichiers, sans leur contenu. Celui qui possédait déjà une partie du code pouvait donc éviter de la commander à nouveau. Le courrier exprimait une demande d’assemblage, avec des choix sur son périmètre.

Certains expéditeurs avaient cependant une idée plus humaine de leur interlocuteur. Les auteurs racontaient avoir reçu des demandes polies de personnes qui ignoraient écrire à un programme. Le système acceptait de petites variantes de syntaxe, une requête placée dans l’objet du message et même le chiffre 4 à la place de certains mots anglais. Un peu de courtoisie passait ; une conversation libre dépassait ses compétences. Le serveur n’avait pas besoin de remerciements, mais il savait en supporter l’approche.

L’introduction aux services Netlib d’août 1994 décrivait toujours l’envoi des routines et de leurs auxiliaires, accompagné des documents ou programmes de test demandés et fournis par les auteurs. Des interfaces graphiques et des navigateurs offraient désormais d’autres accès. Les portes changeaient plus vite que le travail nécessaire pour tenir la collection.

Il fallait notamment rendre le code trouvable. Les directives d’indexation commencées en 1992 demandaient une description du problème résolu, intelligible hors de son contexte. Une recherche pouvait montrer cette description seule. Le nom du fichier ne pouvait pas porter à lui seul toute l’explication que son auteur avait en tête.

Les éditeurs sélectionnaient aussi les contributions. Dans la présentation de septembre 1995, ils examinaient leur domaine, leur nouveauté et leur qualité. L’automate qui répondait aux demandes s’appuyait sur une collection préparée, décrite et organisée par des personnes.

Cette présentation réservait une petite revanche au vieux courrier. L’interface Web du site du Tennessee proposait un lien vers un fichier seul et un autre vers ce fichier avec son arbre de dépendances. Elle n’offrait pourtant pas encore toutes les possibilités du courriel, notamment l’exclusion d’une branche et le choix des répertoires à explorer. L’interface la plus récente facilitait l’approche ; la plus austère savait recevoir des consignes plus fines.

Le résultat utile tenait dans le contenu de la réponse. Le chercheur obtenait la routine demandée et les morceaux qu’elle appelait, prêts pour le travail sur sa propre machine. Netlib avait placé une part de l’organisation dans le service de distribution. Le destinataire pouvait enfin s’occuper du problème qui l’avait amené à écrire.