Résumé
- TEAMS n’a pas remplacé EASSy : le Kenya a ajouté une liaison Mombasa–Fujaïrah pendant que les négociations régionales se poursuivaient.
- Le changement le plus durable fut un modèle à deux niveaux qui associait les parts du consortium à la capacité qu’il pouvait commercialiser. Les sources ne démontrent ni un accès ouvert garanti aux non-investisseurs ni une baisse mesurée des tarifs de détail.
Pour comprendre TEAMS, il faut revenir à la question qu’EASSy n’arrivait pas encore à trancher : qui aurait accès à la capacité d’un câble régional, et à quel prix ? Le système avait été proposé en 2002 pour relier la côte est-africaine à l’international sur près de 9 900 kilomètres. Un premier calendrier visait juin 2005. Dans son analyse de 2007, l’UIT décrit ensuite des négociations entre opérateurs historiques, bailleurs de fonds et gouvernements, compliquées par les débats sur le financement, la gouvernance et le modèle d’accès. Les gouvernements et les institutions de développement défendaient un accès ouvert à des conditions comparables à celles des investisseurs ; les membres du consortium voulaient conserver la maîtrise du câble. Le document de l’UIT décrit ces positions comme un facteur du retard, pas comme un simple désaccord technique.
TEAMS a donné au Kenya une autre option. Le câble devait relier Mombasa à Fujaïrah, aux Émirats arabes unis. Ce trajet court-circuitait le besoin d’attendre un accord unique à l’échelle régionale, mais il ne signifiait pas que Nairobi abandonnait EASSy. Le retour d’expérience de la Banque mondiale présente TEAMS comme un projet destiné à accélérer l’arrivée de bande passante, puis à ajouter de la diversité de routes, de la concurrence et de la redondance à mesure que d’autres câbles arriveraient.
Le choix institutionnel est devenu plus précis au moment où le projet a évolué. La synthèse de l’UIT publiée en 2013 décrit une première étape où l’État kenyan détenait 85 % du projet et Etisalat 15 %. Le gouvernement a ensuite cédé une partie de sa participation à des investisseurs locaux et régionaux, en conservant 20 % de TEAMS Limited, le consortium kenyan. Etisalat a conservé 15 % du système global. Il faut distinguer ces deux niveaux : les 20 % de l’État concernaient TEAMS Limited, pas l’ensemble du câble. La synthèse de l’UIT ajoute que la part d’un membre dans TEAMS Limited correspondait à sa part de capacité vendable ; les membres licenciés pouvaient revendre de la capacité en gros et au détail.
Ce lien entre capital et capacité change la nature du débat. Dans la discussion sur EASSy, l’accès ouvert signifiait que les non-investisseurs devaient pouvoir obtenir de la capacité à des conditions comparables à celles des investisseurs. Avec TEAMS, les sources décrivent clairement les droits commerciaux des membres du consortium, mais ne précisent pas les tarifs ou les conditions offertes aux autres opérateurs. La participation de plusieurs entreprises pouvait élargir le nombre de vendeurs ; elle ne prouve pas, à elle seule, que toute entreprise pouvait acheter au même prix.
Les dates montrent aussi pourquoi TEAMS ne peut pas se résumer à une promesse de vitesse. Un rapport de la Banque mondiale de juillet 2008 indiquait qu’un contrat de fabrication avec Alcatel-Lucent avait été signé en 2007 et que le câble était alors attendu pour la fin de 2009. Le rapport de la Banque mondiale conserve cette prévision. Le même rapport donnait également à EASSy un objectif pour 2009. Une analyse antérieure de l’UIT annonçait un calendrier beaucoup plus rapide pour TEAMS : les échéances ont donc évolué. Le 16 avril 2009, Capital FM rapportait le lancement de la pose sous-marine à Fujaïrah et une arrivée attendue à Mombasa en juin. Le site de Kenya Vision 2030 situe le débarquement à Mombasa en 2009. Des sources ultérieures parlent d’un câble achevé en septembre ou prêt au service en octobre : ce ne sont pas nécessairement les mêmes jalons. L’étude de l’UIT et de la Banque mondiale et la fiche de TeleGeography distinguent ces étapes et donnent des longueurs différentes.
TEAMS n’a pas été le premier câble à entrer en service au Kenya. Un article contemporain de Capital Business indique que SEACOM a été mis en service en juillet 2009. TEAMS ajoutait une route. Il fallait encore relier le point d’atterrissement au réseau terrestre : Capital FM mentionnait la connexion prévue avec le National Optic Fibre Backbone Infrastructure. Une fibre sous-marine fournit de la capacité internationale, mais ne la livre pas d’elle-même aux réseaux nationaux et aux abonnés.
Les prévisions de prix doivent être lues avec la même prudence. Le rapport annuel 2009 de Safaricom annonçait une baisse attendue des coûts d’accès pouvant atteindre 33 % sur cinq ans. Ce chiffre est une prévision de l’entreprise, pas une mesure après mise en service. Les sources disponibles établissent la route, le lien entre parts et capacité, et la connexion envisagée avec la fibre terrestre. Elles ne donnent pas une série complète des prix de gros, des tarifs accordés aux non-investisseurs ou de la baisse effectivement répercutée aux clients.
Même la participation initiale de l’État n’est pas décrite de façon uniforme : le document de l’UIT de 2007 évoquait 40 %, tandis que les récits ultérieurs exposent un premier montage à 85/15 suivi d’une cession. Il peut s’agir de projets successifs ou de photographies différentes du montage ; les documents publics utilisés ici ne permettent pas de reconstituer chaque étape. La conclusion la plus solide reste limitée : le Kenya a financé une route parallèle et réparti le droit de vendre sa capacité entre davantage d’opérateurs.
Cela a changé les options de transport et de commercialisation, sans trancher la question plus large de l’accès ouvert.
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