Résumé

  • Selon le document de consultation d’Ofgem, la demande sous offre de raccordement est passée de 41GW en novembre 2024 à 125GW en juin 2025. Environ 73GW, répartis entre quelque 315 projets, concernent des centres de données; la pointe britannique de 2025 était de 45GW.
  • La règle n’est pas adoptée. La consultation ouverte le 29 juillet 2026 propose, pour les projets concernés d’au moins 40MW, une garantie de 237 500 à 712 500 £ par MW entre l’acceptation de l’offre et la mise sous tension.
  • Pour 100MW, il faudrait garantir 23,8 à 71,3 millions de livres. Le dépôt en espèces n’est qu’une possibilité; lettre de crédit et garanties qualifiées sont également envisagées.
  • Trois jalons propres aux centres de données vérifieraient successivement la voie commerciale et un client informatique non contraignant, l’achat d’équipements électriques à long délai, puis la capacité financière et technique ainsi que, pour les projets destinés à la location ou à la vente, un engagement client contraignant.
  • Le filtre peut assainir la file tout en favorisant les acteurs capables de mobiliser crédit, clients et équipements très tôt. Une place ne devient un actif que lorsque toutes ces preuves convergent vers le même site, la même puissance et la même date.

La «demande sous offres contractées» est ici la catégorie d’Ofgem pour des offres ou accords de raccordement. Elle ne prouve ni un contrat ferme de capacité informatique, ni une consommation électrique réelle.

Une file de raccordement peut être longue pour deux raisons: le réseau manque réellement de capacité, ou les demandes surestiment ce qui sera construit. La Grande-Bretagne semble avoir généreusement réuni les deux.

Le diagnostic quantitatif d’Ofgem mérite d’être posé sans enjolivement. Entre novembre 2024 et juin 2025, la demande sous offres contractées a bondi de 41 à 125GW. Le régulateur identifie environ 73GW de centres de données dans cette file, soit près de 315 projets allant de 1 à 1 500MW. La pointe de consommation du pays en 2025 n’était que de 45GW.

Ces chiffres ne démontrent pas que les demandes sont fausses. Ils ne permettent pas non plus d’accuser un promoteur précis de spéculation: les données publiques ne révèlent ni l’ensemble des propriétaires, ni les clients, ni les financements, ni les doublons éventuels. Ils montrent une chose plus simple: additionner les MW demandés ne produit pas une prévision de charge exploitable.

Une garantie remboursable a tout de même un prix

Le paquet «Curate» présenté le 29 juillet vise d’abord les centres de données d’au moins 40MW raccordés au transport ou ayant un impact sur celui-ci. Ce seuil couvrirait 99% des 73GW recensés. La consultation prend fin le 16 septembre; la valeur définitive, le calendrier et même les détails du dispositif restent ouverts.

La formule envisagée part d’un coût moyen de projet de 9,5 millions de livres par MW. Ofgem propose d’en retenir entre 2,5% et 7,5%, soit 237 500 à 712 500 £ par MW demandé. Le montant évolue linéairement avec la puissance. À 100MW, la sûreté atteint 23,8 à 71,3 millions de livres dès l’acceptation de l’offre de raccordement.

Le mot «frais» peut induire en erreur. Si le projet respecte les conditions et atteint la mise sous tension, la sûreté est restituée. S’il abandonne, réduit sa puissance ou manque les obligations applicables, elle peut être acquise. Ofgem propose d’accepter les instruments déjà utilisés par le CUSC: lettre de crédit ou performance bond d’une banque qualifiée, dépôt bancaire en espèces, ou garantie d’une société qualifiée.

Une lettre de crédit évite d’immobiliser tout le numéraire, mais elle utilise une ligne bancaire et porte une commission. Une garantie de maison mère consomme de la capacité de crédit. «Remboursable» ne signifie donc pas «gratuit»; cela signifie que le coût principal est le portage, sauf échec.

Le scénario d’Ofgem illustre ce portage. Pour un centre hypothétique de 100MW, le régulateur suppose 9,5 millions de livres de capex par MW, un WACC de 10,95%, deux ans de construction et un TRI non endetté avant impôt de 14,7% avant la garantie. À 2,5% avec un raccordement en 2029, le TRI tombe de 20 points de base. À 7,5% conservés en espèces jusqu’en 2035, il perd 170 points de base et atteint 13,0%.

Ce modèle n’est pas une observation du marché. Ofgem ne connaît pas le taux de rendement exigé de chaque projet, son levier ni le prix de sa banque. Il révèle cependant la variable centrale: plus la mise sous tension est éloignée, plus une option pourtant remboursable érode le rendement.

Les preuves commerciales arrivent sur trois horloges

Le second volet propose trois jalons supplémentaires. À M0.5.Dc, le promoteur choisirait entre exploitation propre et location/vente, puis montrerait une intention non contraignante d’un utilisateur de calcul. À M2.Dc, il présenterait un engagement matériel pour des équipements électriques à long délai, par exemple transformateurs ou appareillage. À M6.Dc, il démontrerait sa solidité financière et une conception certifiée; le parcours location/vente exigerait aussi une relation client contraignante.

Ofgem envisage comme option privilégiée un contrat portant sur au moins 20% de la capacité informatique pendant au moins un an. C’est assez pour révéler un client. Ce n’est pas nécessairement assez pour financer les 80% restants.

Le problème le plus intéressant est circulaire. Un client sérieux souhaite une date de raccordement fiable avant de signer. Le gestionnaire veut un client sérieux pour croire au projet avant de lui laisser la capacité. Les hyperscalers qui disposent de leur propre demande et les promoteurs récurrents franchissent plus facilement cette boucle qu’un nouvel entrant.

Les certificats techniques ont également une limite. Le projet pourrait présenter une certification EN 50600, TIA-942 ou Uptime Institute portant sur ses plans. Cela atteste qu’une conception mûre a été examinée. Cela ne produit ni électricité, ni bâtiment terminé, ni réception client, ni marge.

La bonne discipline consiste donc à traiter chaque pièce comme la preuve d’un état, non comme une autorisation générale de croire au suivant.

«Curate», «Plan» et «Connect» ne distribuent pas le même pouvoir

La réforme distingue trois fonctions. Curate décide quels projets présentent assez d’éléments pour rester. Connect cherche des arrangements capables d’accélérer le raccordement physique sans compromettre le système. Plan, piloté par le gouvernement, peut prioriser une demande jugée stratégique.

Le programme des AI Growth Zones prévoit de retirer des demandes spéculatives, de réallouer la capacité libérée et d’en réserver aux projets stratégiques. Cette politique peut corriger un ordre chronologique absurde. Elle peut aussi remplacer une file faible par un choix administratif opaque.

L’autorité publique a le droit de définir des priorités par la loi et une politique responsable. Elle doit alors publier les critères, la capacité réservée, les coûts transférés et les résultats. L’expression «importance nationale» ouvre le dossier; elle ne le clôt pas.

Le projet d’investissement tient dans une chaîne, pas dans un MW annoncé

Pour décider, le comité d’investissement doit distinguer au moins six états: demande déposée; offre Gate 2 acceptée et sûreté disponible; travaux réseau chiffrés et datés; équipements commandés; clients et financement résistants aux retards; installation sous tension, réceptionnée et facturable.

À chaque passage, l’option devient moins réversible. Le terrain est local. Les transformateurs ne se réaffectent pas toujours proprement. Le contrat client peut expirer ou excuser un retard. Une promesse d’emplois crée une pression politique. La dette garde une mémoire remarquable des dates que la communication préfère oublier.

La comparaison pertinente n’est pas entre une place gratuite et une place garantie. Elle oppose le coût complet de l’attente à une capacité réellement alimentée: site existant, autre zone de réseau, première phase modulaire, raccordement flexible compatible avec la charge, ou abandon.

Par inférence éditoriale, la leçon vaut aussi pour les titulaires de ressources de numérotation et les opérateurs. Un ASN, un préfixe ou un enregistrement exact reste nécessaire pour exploiter le réseau; aucun ne compense l’absence d’énergie. Les institutions de gouvernance de l’Internet devraient décrire cette dépendance matérielle plutôt que convertir inscriptions, membres ou plans publics en continuité opérationnelle. C’est une analogie sur la preuve, pas une assimilation entre gouvernance des numéros et droit électrique.

Sources