Résumé

  • L’annonce de lancement réservait l’échange direct aux clients de trois réseaux : PSINet, AlterNet et CERFnet. Elle promettait l’absence de supplément pour ces clients.
  • Une analyse économique ultérieure parle d’un échange sans règlement entre membres. Cela n’éliminait ni le coût des liaisons, ni les équipements, ni les autres règles d’accès à l’Internet.

Analyse

Le contrat décrit les clients, pas le monde entier

L’annonce de General Atomics, Performance Systems International et UUNET énonçait d’abord le bénéfice client : quiconque était relié à CERFnet, PSINet ou AlterNet pouvait échanger du trafic Internet avec les clients des deux autres, sans supplément lié à cet échange. Le communiqué disait que les réseaux T1 redondants des trois entreprises porteraient ce trafic et que des clients commerciaux ayant plusieurs sites avaient demandé la connexion. On peut en tirer une proposition précise : l’accord visait des clients de fournisseurs nommés, pas l’ensemble des réseaux qui composent l’Internet.

La presse des signataires avançait aussi qu’ils représentaient « près de 100 % » des services commerciaux TCP/IP-OSI aux États-Unis. Cette estimation est à attribuer aux entreprises. Elle ne doit pas devenir une mesure indépendante ou une preuve que tout fournisseur pouvait atteindre tous les autres par CIX.

Une facture client et un règlement entre réseaux sont deux choses

Le communiqué de mars promettait « no additional cost » du point de vue du client. Dans son analyse de 1995, Padmanabhan Srinagesh décrit la relation entre fournisseurs comme sans règlement de trafic : chaque réseau facturait ses propres clients, puis acceptait le trafic des membres du CIX sans paiement calculé sur le volume reçu. Il s’agit d’une autre couche économique que le prix d’accès du client.

Le mot « gratuit » serait donc trompeur. Les réseaux devaient financer les routeurs, la capacité T1, les lignes privées, l’exploitation et l’accès de leurs propres clients. Une facture d’interconnexion absente ne signifie pas que le transport n’a pas de coût. La différence est importante : le CIX a fixé une règle de facturation entre ses membres ; il n’a pas supprimé la dépense d’infrastructure.

Srinagesh apporte également un détail matériel : le routeur du CIX se trouvait à Santa Clara et PSI le gérait, tandis que les autres membres fondateurs s’y raccordaient par des lignes privées. L’accord et l’équipement doivent être lus ensemble. Le premier définissait les participants et les conditions ; le second rendait l’échange possible. L’annonce n’établit ni l’itinéraire de chaque paquet, ni l’autonomie de toutes les liaisons, ni la portée au-delà des membres.

NSFNET gardait sa politique d’usage

L’Internet de 1991 combinait réseau commercial, backbone de recherche et réseaux intermédiaires. RFC 1192, publiée en novembre 1990, cite UUNET et PSI parmi les fournisseurs commerciaux et relève que certaines réseaux utilisaient gratuitement le backbone NSFNET, en principe pour la recherche et l’éducation. Ce contexte n’équivaut pas à une interdiction générale de tout trafic commercial dans l’Internet.

RFC 1359 reproduit la politique NSFNET diffusée en février 1992. Son principe soutenait la recherche et l’éducation ouvertes ; les unités de recherche d’entreprises lucratives pouvaient participer lorsqu’elles menaient des échanges scientifiques ouverts et de la recherche, tandis que d’autres usages étaient exclus. CIX pouvait fournir aux membres un chemin différent, sans modifier la règle attachée aux paquets qui continuaient d’emprunter NSFNET.

L’histoire comporte plusieurs jalons, pas une date unique

Le communiqué daté du 25 mars 1991 annonce que l’échange est établi. L’étude de Srinagesh situe sa formation en août 1991. RFC 1259, publiée en septembre, dit seulement qu’il s’est formé cette année-là. Les sources consultées ne disent pas si elles datent l’accord initial, l’annonce publique, la constitution de l’association ou le début du service. Il n’est pas possible de les réconcilier avec certitude.

Le communiqué envisageait d’étendre l’accord à d’autres fournisseurs. RFC 1259 présentait ensuite CIX comme un premier pas vers une association d’échange dotée de règles communes. Ce sont des ambitions et des interprétations, non la preuve que tous les fournisseurs ont adhéré ou que tous les itinéraires étaient accessibles. Association, adhésion, routeur, lignes et état du routage restent des faits distincts.

La contribution historique de CIX est donc limitée mais substantielle : des fournisseurs indépendants ont défini ensemble des conditions de trafic et de règlement pour leurs réseaux, tout en conservant leurs opérations séparées. Leurs clients ont obtenu une option supplémentaire. Cela n’a pas remplacé la structure financière, le routage ou les politiques des réseaux extérieurs. Les documents étudiés ne montrent pas non plus que CIX, à lui seul, ait provoqué la sortie ultérieure de NSFNET.

Sources et limites des preuves

Le communiqué est une annonce des parties intéressées. L’estimation de marché et les prévisions d’adoption sont donc rapportées comme leurs affirmations, non comme des mesures. RFC 1192 et RFC 1359 décrivent le contexte et la politique ; l’article de Srinagesh, publié en 1995, documente rétrospectivement les règlements et le routeur. Les sources ne résolvent pas l’écart entre mars et août.

Sources