Résumé

  • L'étude ASN-Only de LACNIC, datée du 16 septembre 2026, définit sa population par la détention d'un ASN sans préfixe IPv4 ni IPv6 propre. Elle recense 522 organisations, dont 216 ASN visibles dans sa vue de la DFZ, et décrit 306 cas non visibles.
  • Ses tableaux comptent 1 069 préfixes IPv4 et 64 préfixes IPv6 annoncés par cette population, alloués à l'origine par les cinq RIR. Le registre qui a alloué les adresses et l'organisation titulaire de l'ASN d'origine ne sont pas forcément les mêmes.
  • La section 3 du manuel de LACNIC prévoit une interconnexion présente ou envisagée dans les six mois et permet, sans l'imposer automatiquement, de révoquer un ASN non utilisé après cette période. L'absence d'un ASN dans une observation de routes n'est pas, à elle seule, ce constat individuel.
  • Le texte public juxtapose 215 ASN annonçant des préfixes et 216 visibles dans la DFZ ; d'autres totaux divergent aussi. On ignore si les périmètres et les dates sont identiques. Ces écarts limitent l'interprétation, sans démontrer une faute ni une utilisation irrégulière.

Le numéro et les adresses ne voyagent pas ensemble

« ASN seul » ressemble à une description technique du réseau. C'est d'abord une description de ce que détient l'organisation dans un registre : un numéro de système autonome, pas un bloc IPv4 ou IPv6 à son nom. Une entreprise peut avoir besoin d'une politique de routage propre tout en annonçant un espace d'adresses dont une autre partie est titulaire. Le tableau de LACNIC montre que ce cas n'est pas seulement théorique au niveau agrégé ; il ne révèle cependant aucun accord précis entre titulaires et exploitants.

L'étude attribue 905 des 1 133 préfixes annoncés au portefeuille de LACNIC, 158 à ARIN, 64 à RIPE NCC, cinq à AFRINIC et un à APNIC. La ventilation est celle du registre d'allocation des préfixes. Elle ne dit pas qui a signé un contrat, qui paie l'interconnexion ou qui commande les routeurs. Elle ne fait pas non plus d'un préfixe issu d'un autre RIR une anomalie. Une même annonce peut réunir des identités administratives distinctes sans que le texte public permette de juger leur relation.

La séparation est prévue par la technique. La RFC 9582 définit la ROA comme une autorisation signée par le titulaire d'un bloc d'adresses au bénéfice d'un AS désigné pour annoncer certains préfixes. Le titulaire des adresses et l'AS autorisé n'ont pas à être la même organisation. La ROA ne remplace pas pour autant un contrat ni une enquête sur l'exploitation. La RFC 6811 évalue, de son côté, une route observée par rapport aux autorisations disponibles : Valid, Invalid et NotFound sont des états de cette comparaison, pas des appréciations générales sur la légitimité de détenir un ASN.

Les 306 que la DFZ ne montre pas

La conclusion de LACNIC décrit 306 cas « invisibles » dans la zone sans route par défaut. Cette expression a un objet : une vue de routes. Elle ne donne pas accès à l'ensemble des interconnexions, des contrats, des projets encore dans leur délai initial ou des usages où l'ASN apparaît dans un chemin sans être l'origine d'un préfixe. Aucune de ces possibilités n'est attribuée ici aux 306 cas ; l'étude publiée ne fournit pas les observations individuelles nécessaires pour les départager.

Tout système de collecte a un angle. La documentation du service RIS de RIPE NCC décrit des collecteurs alimentés par leurs pairs BGP ; les fichiers MRT distinguent instantanés de table et mises à jour. Ces documents ne prouvent pas que LACNIC a employé RIS ni quel ensemble de pairs a servi à son étude. Ils montrent pourquoi la portée d'une observation devrait être datée et nommée avant qu'on déduise quelque chose de l'absence d'un réseau dans cette observation.

Le texte présente en outre plusieurs unités voisines mais non raccordées. Un passage parle de 215 ASN annonçant IPv4 ou IPv6, un autre de 216 visibles dans la DFZ. La première ventilation comporte 1 069 préfixes IPv4 ; la partie DFZ en mentionne 1 067, puis trois catégories RPKI dont la somme est 1 066. Il est également question de 138 ASN ayant au moins une ROA valide, puis de 120 ASN validant leurs préfixes. Peut-être s'agit-il de filtres, d'instants ou de tests différents. Rien dans la page ne permet de choisir. En faire un seul dénominateur serait une invention ; en faire la preuve d'une erreur de calcul le serait aussi.

La thèse principale reste plus simple : aucun de ces totaux n'établit la situation d'un titulaire nommé.

Le manuel parle d'usage, pas d'une colonne DFZ

Le manuel des politiques de LACNIC, version 2.21, demande au candidat à un ASN un besoin d'interconnexion avec des AS indépendants immédiat ou prévu dans les six mois. Il lui demande aussi de préciser politique de routage, AS pairs et adresses annoncées. Si le numéro n'a pas été utilisé après ce délai, LACNIC peut le révoquer. Ce pouvoir conditionnel n'est pas une règle disant que toute absence dans une table publique équivaut à la non-utilisation.

Le meilleur argument pour examiner les ASN non visibles est sérieux. Un registre doit pouvoir vérifier que l'identifiant sert encore la fonction pour laquelle il a été attribué. Une absence répétée de routes peut ouvrir une question ; elle peut révéler un déploiement différé ou une fiche de contact périmée. Mais l'enjeu d'une révocation est assez concret pour exiger autre chose que le seul signal agrégé : le dossier de demande, les mises à jour du titulaire, l'interconnexion réellement recherchée, des observations datées et la possibilité d'expliquer une discordance.

LACNIC ne dit pas dans cette étude qu'il va révoquer les 306 ASN, et rien ne permet d'attribuer une faute à ces organisations. L'alternative n'est donc pas entre laisser tous les numéros tranquilles et sanctionner tous les invisibles. Elle est entre utiliser un indicateur comme point de départ d'une vérification, ou lui donner par glissement la force d'un jugement qu'il ne porte pas.

La frontière qui protège aussi le registre

Le registre détient l'autorité sur l'attribution et sur l'application de sa politique. Le détenteur des adresses peut autoriser leur origine. L'exploitant porte la continuité du service. Un collecteur de routes voit ce que ses pairs lui livrent. Aucun de ces rôles ne peut se substituer aux autres sans perdre de l'information.

Le mérite de l'étude ASN-Only est de rendre cette frontière visible. Elle montre que l'absence de préfixe propre n'empêche pas, pour une partie de la population, des annonces de préfixes réels. Pour les autres, elle laisse une question ouverte. Le mot « seul » devrait rester attaché aux ressources détenues, non devenir une conclusion sur la réalité d'un réseau. C'est ainsi qu'une enquête statistique reste utile sans fournir, involontairement, une liste de présumés non-usagers.

Sources