Résumé
- Le RFC 1049 propose un champ
Content-Typepour les corps de message structurés, notamment PostScript, TeX et TROFF. Les caractères restent compatibles avec les contraintes ASCII du courrier de l'époque ; le logiciel de lecture peut choisir un outil de présentation. - La proposition prévoit aussi une version et une référence à des ressources nécessaires au rendu. En l'absence d'échange automatique des capacités, l'expéditeur garde sa propre liste de destinataires équipés ; le RFC 2045 généralisera ensuite ce champ dans MIME.
Un message peut être livré sans accroc et demeurer illisible. Ouvrez, en 1988, un document PostScript dans un lecteur de courrier ordinaire : les caractères sont bien là, mais l'écran montre les instructions adressées à un interpréteur. L'auteur voulait une formule élégante ; son correspondant reçoit les coulisses de l'imprimerie. Dans le RFC 1049, publié en mars 1988, Martin Sirbu donne au message une manière de dire quel traitement réclame son contenu.
Le courrier défini par le RFC 822 dispose déjà de champs d'en-tête et d'un corps en caractères ASCII. Les usagers y glissent pourtant du TROFF, du TeX, du Scribe, du SGML, du DVI et du PostScript. Ces documents franchissent le trajet sous une forme textuelle autorisée ; leur mise en page exige un programme supplémentaire. Le champ proposé, Content-Type, permet au lecteur de courrier d'identifier la technique et de confier le corps au bon outil. Le transport garde sa charge habituelle, tandis que la présentation devient une décision du logiciel de lecture.
Sirbu dessine une étiquette assez précise. La première valeur désigne le type, parmi des noms tels que POSTSCRIPT ou TROFF, avec une place pour les types privés X-. Viennent éventuellement un numéro de version, une référence à des ressources d'interprétation et un commentaire. Les exemples sont parlants : une version de LaserPrep pour PostScript ; eqn, tbl ou me pour TROFF. Reconnaître la recette évite une erreur, mais encore faut-il disposer des ustensiles. Ce troisième emplacement rend visible une dépendance que le seul nom du format laisserait dans l'ombre.
L'étiquette résout une devinette chez le destinataire et en laisse une autre à l'expéditeur. Le lecteur dépourvu d'interpréteur reçoit le message ASCII, puis risque d'afficher du code brut. Comment l'expéditeur apprend-il à qui envoyer du PostScript ? Le RFC examine trois possibilités : une base locale des capacités des systèmes éloignés, une négociation et conversion pendant l'acheminement SMTP, ou une extension du service d'annuaire.
La base vieillit vite ; la négociation réclame des modifications des logiciels de transport et couvre mal les chemins entre réseaux ; l'annuaire oblige à modifier encore d'autres composants.
Pour commencer à expérimenter, Sirbu choisit une solution délicieusement artisanale : chacun gardera sa liste privée de correspondants et de formats qu'ils savent lire. Le nouveau champ standardise le nom sur l'enveloppe ; le carnet d'adresses humain conserve le tableau de compatibilité. Le RFC laisse par ailleurs au logiciel de lecture le choix de la réaction à un champ valide. Reconnaissance, interprétation et affichage forment trois tâches distinctes, assumées sur les machines qui reçoivent le courrier.
Le lien avec MIME est explicite dans le RFC 2045 : son Content-Type généralise celui du RFC 1049. La version ultérieure décrit un type et un sous-type de média, des paramètres, puis d'autres champs comme MIME-Version et Content-Transfer-Encoding. Elle juge l'ancienne syntaxe plus simple et largement compatible. L'intérêt de l'épisode de 1988 se trouve dans son partage des responsabilités : nommer correctement un document était devenu possible avant de savoir automatiquement si l'autre bout pouvait le lire.
L'étiquette fait gagner au destinataire une question : quel programme lancer ? Elle en fait apparaître une autre, plus coûteuse : qui possède ce programme, sa bonne version et ses ressources ? En attendant que les systèmes se renseignent entre eux, la base de données la plus utile tient parfois dans la mémoire de la personne qui appuie sur « Envoyer ».
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