Résumé

  • La politique ripe-705 oblige le RIPE NCC à valider au moins une fois par an l'attribut obligatoire abuse-mailbox et à relancer les titulaires dont le contact est jugé incorrect.
  • La séquence écrite va jusqu'à la résiliation de l'accord de service, au retrait des ressources et à la révocation des certificats RPKI à 90 jours ; en 2017, le registre indiquait que plus de 1 000 signalements externes avaient été réglés en cinq ans sans jamais déclencher cette fermeture.
  • La sanction n'atteint pas tout le monde de la même façon : la fermeture vise les objets « organisation LIR », tandis que pour les objets « ressource LIR » et « utilisateur final », l'échec se traduit par un commentaire dans la base de données.
  • Les chiffres publiés — de 10 à 25 % d'attributs invalides estimés avant déploiement, 7 % lors de la passe complète de 2019, 6 à 8 % en régime de croisière en 2021 — mesurent la validité technique d'un attribut, jamais le traitement d'un signalement livré.

Le contact d'abus n'est pas une mention facultative dans la base du RIPE NCC. La politique ripe-705 (texte de la politique) impose au registre de vérifier au moins une fois par an l'attribut abuse-mailbox et de donner suite lorsque cet attribut est jugé incorrect. La proposition 2017-02 a atteint le consensus le 1er juin 2018 et a été consignée comme pleinement mise en œuvre le 10 octobre 2019 (dossier de la proposition).

Ce que le contrôle examine mérite d'être dit précisément. La validation automatisée porte sur des paramètres techniques — syntaxe, existence du domaine, configuration du serveur de messagerie — et non sur une réponse humaine (description du suivi des contacts invalides).

L'écart entre l'estimation et le résultat observé

Avant le déploiement, l'analyse d'impact tablait sur 10 à 25 % d'attributs abuse-mailbox incorrects ou inactifs parmi environ 70 000, sur la base d'un test préliminaire sur un lot aléatoire (dossier de la proposition). Un essai mené fin 2018 sur 900 objets « organisation LIR » a produit 187 tickets, soit environ 21 % du lot : 106 ont été réglés sans intervention du personnel et 81 ont demandé un suivi manuel (description du suivi).

La première passe complète a livré un résultat plus bas : 77 168 attributs abuse-mailbox distincts, dont 71 711 — 93 % — ont passé la validation automatisée et 5 457 — 7 % — ont échoué. Environ 8 000 attributs ont été modifiés en 2019, le travail a mobilisé trois équivalents temps plein temporaires pendant plusieurs mois, et 20 à 25 % des tickets ont exigé un suivi manuel (bilan de mise en œuvre, RIPE 79). Un point d'étape intermédiaire indiquait qu'environ 60 % des cas se réglaient sans intervention du personnel, qu'environ 9 500 contacts d'abus avaient été mis à jour sur environ 67 000 vérifiés, et qu'une cinquantaine de ressources indépendantes avaient changé de statut de parrainage (point d'étape sur les chiffres).

En novembre 2021, le processus était en régime de croisière : environ 2 000 contacts vérifiés chaque semaine, un taux d'échec de 6 à 8 %, et un périmètre annuel d'environ 19 600 objets « organisation LIR », 58 100 objets « ressource LIR » et 15 400 ressources indépendantes (point d'étape, RIPE 87).

Une échelle de sanctions entièrement écrite

ripe-858 décrit la séquence terminale : notification écrite avec un délai de trois mois, rappels à 30 et 60 jours, puis information du directeur général que l'accord de service peut être résilié à 90 jours, suivie du retrait des enregistrements de ressources et de la révocation des certificats RPKI (ripe-858).

Cette extrémité n'est pas une hypothèse abstraite dans les textes. En 2017, l'analyse d'impact de la proposition indiquait que, sur les cinq années précédentes, le registre avait examiné et réglé plus de 1 000 signalements externes portant sur des attributs abuse-mailbox incorrects sans jamais déclencher la fermeture et le retrait, qu'elle décrivait comme un dernier recours (dossier de la proposition).

Qui le registre peut réellement atteindre

L'asymétrie est documentée par le registre lui-même. Pour les objets « organisation LIR », l'absence de réponse ou le refus de coopérer peut conduire à la fermeture du membre et au retrait des ressources, un délai supplémentaire de trois mois étant laissé au LIR après le début de la procédure de fermeture pour corriger son contact. Pour les objets « ressource LIR » et « utilisateur final », le registre a indiqué qu'il ne résilierait ni l'adhésion ni le parrainage et se contenterait d'ajouter un commentaire dans la base RIPE signalant que le contact d'abus a échoué à la validation (description du suivi).

Le décompte de mi-2019 donne la mesure de cet écart : 18 200 adresses d'organisations LIR validées, 3 500 tickets, 1 400 traités manuellement ; 3 200 adresses de ressources LIR validées, 200 tickets, 40 traités manuellement et 100 commentaires ajoutés en base ; 13 500 adresses d'utilisateurs finaux en cours de validation, 1 200 tickets, 350 traités manuellement (point d'étape, RIPE 78). Le mécanisme de repli de 2021 est plus silencieux encore : lorsqu'un abuse-c d'objet ressource est invalide, il est remplacé par le contact d'abus fonctionnel du LIR responsable (RIPE 87).

Ce que la vérification ne mesure pas

La proposition 2019-04 soutient que le contrôle existant ne démontre pas qu'une boîte aux lettres d'abus fonctionne réellement, et son texte d'impact précise que l'intention de la politique n'est pas d'examiner comment les cas d'abus sont surveillés ou traités (proposition 2019-04). Le même texte projetait qu'une passe complète pourrait générer plus de 32 000 tickets, dont environ 19 200 à vérifier manuellement (présentation RIPE 80).

C'est la limite décisive de l'indicateur. Le taux d'échec est passé d'une estimation de 10 à 25 %, à environ 21 % dans l'échantillon de 2018, à 7 % lors de la passe complète de 2019, puis à 6-8 % par semaine en 2021. Ces chiffres mesurent la validité technique d'un attribut ; ils ne disent pas si un signalement livré a été traité.

Ce qu'il faudrait pour établir une réparation durable

Trois séries de données publiques rendraient la question vérifiable : le nombre d'escalades atteignant chaque échelon de la séquence de 90 jours, y compris les cas où la fermeture ou le retrait a effectivement été prononcé pour non-réponse sur un contact d'abus ; les résultats ventilés par classe d'objet, puisque la sanction ne peut atteindre que les objets « organisation LIR » ; et un indicateur de traitement, et non seulement de réception, des signalements d'abus.

Aucune de ces séries n'apparaît dans les documents examinés ici. Cela ne prouve pas qu'aucune mesure n'a été prise : une procédure de dernier recours peut n'avoir jamais été nécessaire. Cela signifie que la durabilité de la réparation repose aujourd'hui sur la conception de la règle, non sur un résultat observé. La fiche de suivi du répertoire est consultable ici : RIPE ABUSE.