Résumé

  • En 2015, le premier projet public du W3C proposait document.keepScreenAwake dans un exemple de recette. La page formulait une préférence ; le navigateur rapprochait les demandes pertinentes de la politique d’alimentation de l’appareil.
  • La recommandation candidate de 2017 distinguait veille de l’écran et veille du système. À partir de 2020, le projet consacré à l’écran emploie une requête et une sentinelle révocable, toujours soumises à la visibilité et à l’état de l’appareil.

La minuterie d’extinction rend service presque toute la journée. En cuisine, elle choisit parfois un moment comique : la pâte colle aux doigts, le four chauffe, la tablette cache la quantité de levure. Une page de recette a alors une bonne raison de demander quelques minutes de lumière. Elle n’a pourtant pas acheté la batterie. Entre la requête du site et la décision de l’appareil, quelqu’un doit tenir les comptes.

Le premier projet Wake Lock publié par le W3C le 12 février 2015 prenait précisément la recette pour exemple. Il suffisait, dans cet état du texte, de mettre document.keepScreenAwake à true, puis à false une fois le besoin passé. Sous cette écriture familière, chaque document possédait un indicateur de demande. Le navigateur jugeait quels documents étaient au premier plan et traduisait leurs demandes en une tentative auprès du système d’exploitation. La page exprimait un souhait ; elle ne tenait pas l’interrupteur principal.

Le projet de 2015 liait l’utilité de cette demande à la présence du document devant la personne. En changeant d’onglet ou en quittant le navigateur, on retirait la raison de garder l’écran éveillé pour cette page. La règle épargnait au lecteur une drôle de surprise : une recette abandonnée le matin qui maintiendrait encore l’écran allumé à midi. Le navigateur faisait la médiation entre plusieurs pages et la même réserve d’énergie.

La recommandation candidate de décembre 2017 montrait une ambition plus large. Elle distinguait le verrou de veille de l’écran, qui garde l’affichage visible, de celui du système, qui concerne le travail du processeur. Ses objets de demande et ses règles d’activation suivaient la visibilité et les conditions de l’appareil. Garder les instructions à l’écran pendant que l’on pétrit n’est pas la même requête que prolonger un calcul une fois l’écran éteint. Les deux besoins étaient alors rangés sous la même enseigne.

Le projet Screen Wake Lock de septembre 2020 resserra la conversation autour de l’affichage. Un document visible pouvait demander un verrou d’écran ; une WakeLockSentinel lui permettait de connaître la libération et de relâcher lui-même la demande. Faible batterie, économie d’énergie ou disparition de la page pouvaient interrompre l’arrangement. Voilà un ticket de vestiaire, avec possibilité de le rendre, plutôt qu’un titre de propriété sur la lampe.

L’historique de publication du W3C relie le premier projet de 2015, la candidature de 2017, le texte spécialisé de 2020 et les révisions suivantes. Ces dates racontent l’évolution d’un cahier des charges. Elles montrent surtout le rétrécissement d’une promesse : « empêcher la veille » est devenu « demander, temporairement, que cet écran reste visible ».

Dans le projet daté de septembre 2026, la page doit être visible ; autorisation, politique d’accès, navigateur et système d’exploitation restent dans la chaîne de décision. Un appareil à court d’énergie peut libérer le verrou, et l’arrêt manuel de l’écran garde tout son poids. La demande adressée au système est traitée comme consultative. Une recette peut expliquer son besoin, pas commander à l’appareil de vider sa batterie.

Reste le comportement du site. Il peut demander de la lumière pendant l’étape où l’on cuisine, écouter la libération de la sentinelle et proposer de retrouver facilement l’instruction. Il peut aussi conserver la demande pendant que le lecteur a quitté la pièce. L’API ne choisit pas sa politesse. Cette décision appartient à l’éditeur de la page, celui qui sait pourquoi il a demandé au lecteur de rester.

La pâte attend toujours. Si la batterie refuse de jouer les veilleuses, il faudra peut-être essuyer un doigt et réveiller l’écran. Même une bonne recette doit composer avec la cuisine réelle.