Résumé

  • Le contrat du registre .kids impose des contenus adaptés aux mineurs et traite le nom de domaine lui-même comme un contenu. Il prévoit la suspension ou l'annulation, mais confie le départ de la procédure à un portail de plaintes.
  • Des chercheurs de l'université de Twente ont suivi 1 427 relevés quotidiens jusqu'en mars 2026. Leur présentation à RIPE 93 mesure un jour médian avant le premier signal externe, puis 34 jours médians de persistance des domaines signalés. La pièce absente est le récépissé qui relie l'alerte à la décision du registre.

Une promesse sur la porte, un dossier sur le bureau

Le suffixe .kids ressemble à une poignée de porte peinte en couleurs vives. Le contrat signé avec l'ICANN décrit pourtant un travail beaucoup moins décoratif. La spécification 12 de l'accord du registre exige des services et des contenus convenant aux moins de 18 ans. Elle vise expressément les jeux d'argent, les drogues illégales, la pornographie, la violence, l'alcool, le tabac et les activités criminelles. Même la suite de caractères placée avant « .kids » entre dans le champ de cette obligation. Une infraction peut justifier une suspension ou une annulation.

La même pièce raconte la méthode. Le registre doit mettre en place un portail de plaintes; le dépôt enclenche un processus d'examen et de retrait appelé « Protection Scheme ». Le texte écarte le filtrage préalable et la censure inutile, au nom notamment de la liberté d'expression et d'information des enfants. Cette architecture n'est pas un accident de rédaction. Elle place le jugement après l'entrée, au moment où un signal devient un dossier. La crédibilité du quartier dépend alors des gens qui ouvrent la boîte aux lettres.

À RIPE 93, le 27 octobre, l'étude originale présentée par l'université de Twente a regardé ce que l'on voit depuis la rue. Ses diapositives publiées par la conférence décrivent 1 427 relevés quotidiens entre mai 2022 et mars 2026, rapprochés des rapports de transactions de l'ICANN et de signaux de détection externes. Plus de 30 % des domaines se trouvaient inactifs, parqués ou réduits à une page d'attente dans la mesure présentée. Plus de 85 % des enregistrements choisissaient la durée minimale d'un an. Les ventes remplissent un tableau; elles ne remplissent pas forcément une bibliothèque pour enfants.

La chronologie de l'abus est plus décisive. Les auteurs donnent une médiane d'un jour jusqu'au premier signal externe, puis une médiane de 34 jours de persistance du signal. Dans leur cadre de mesure, 66 % des domaines signalés restent actifs. Ces nombres parlent de détection et de présence dans la zone. Le contrat, lui, parle d'une plainte reçue et d'une décision prise. Entre les deux, les documents publics examinés ne livrent ni date de réception par le registre, ni classement de la plainte, ni date de décision, ni issue du recours.

Appeler les 34 jours « délai de réponse du registre » détruirait précisément la question utile.

Un détecteur peut indiquer une adresse suspecte. Il ne qualifie pas automatiquement une violation de la spécification 12. Un site parqué, un nom équivoque et une fraude active ne réclament pas le même geste. Inversement, l'absence d'un dossier public permet de brandir la promesse contractuelle comme si elle était déjà une action. L'étude et son résumé en ligne donnent même deux nombres différents pour les violations apparentes du contrat. Ce détail invite à regarder la chaîne de traitement plutôt qu'à faire une compétition de chiffres.

Le registre pourrait publier un relevé agrégé des plaintes: date de réception, famille de griefs, résultat du tri, décision, mesure et clôture. Les données personnelles des enfants et des plaignants n'ont pas à y figurer. L'ICANN pourrait alors comparer ce registre opérationnel à l'engagement qu'elle a signé. Les chercheurs pourraient distinguer l'alerte restée hors du portail de celle examinée puis rejetée. Le public aurait enfin autre chose qu'une jolie étiquette et une liste noire pour juger la même porte.

La spécification 12 donne au registre une vraie marge de décision, avec le droit des enfants à s'exprimer d'un côté et la protection contre des contenus déterminés de l'autre. Cette marge appelle des motifs et des dates. Le panneau à l'entrée est déjà imprimé. Le prochain document intéressant sera le journal du bureau.