Résumé

  • Dans son billet du 26 août 2026, César Díaz décrit la téléphonie IP et précise que le débit audio doit être augmenté des en-têtes et du trafic de contrôle.
  • Un modèle de parole continue, dans un seul sens et avec un paquet toutes les 20 ms, donne 24 kbit/s en IPv4 pour G.729 à 8 kbit/s ; avec IPv6, il donne 32 kbit/s.
  • Les économies de codage ne déterminent ni le nombre de paquets à traiter ni la qualité obtenue. L’intervalle de mise en paquets reste un choix d’exploitation.

Un coût fixe qui revient cinquante fois par seconde

Un petit paquet n’est pas un paquet gratuit. Il emporte des informations permettant de l’acheminer et d’interpréter son contenu, même lorsque celui-ci ne contient que quelques octets de parole. Plus le codec réduit cette parole, plus ces informations pèsent dans le total.

Le billet publié par LACNIC le 26 août n’ignore pas ce coût. César Díaz évoque le passage du canal G.711 à 64 kbit/s vers des codecs moins gourmands, tout en mentionnant expressément les en-têtes IP et les données de contrôle. Il ne publie ni une nouvelle règle de dimensionnement ni une mesure des réseaux de la région. Son explication permet en revanche de poser une question concrète : à quel endroit compte-t-on les bits ?

Prenons G.729. Le RFC 3551 décrit des trames de 10 octets pour 10 ms de parole et, par défaut, deux trames par paquet de 20 ms. Pendant une émission continue, cela représente 20 octets utiles et 50 paquets par seconde.

Il faut ajouter les 12 octets de base de RTP, les huit octets d’UDP et au moins 20 octets d’IPv4. Le paquet IP contient alors 60 octets. Le calcul 60 × 50 × 8 donne 24 000 bits par seconde, soit 24 kbit/s.

Les 8 kbit/s du codec restent exacts. Les 24 kbit/s du paquet aussi. Ils décrivent deux périmètres différents.

La comparaison doit garder les mêmes conditions

Voici un calcul, pas une observation en production. Il suppose une voix mono continue dans un seul sens, un intervalle de 20 ms, des en-têtes non compressés et aucune option ni extension. Le passage à l’en-tête de base IPv6 porte la part IP à 40 octets.

Codec Audio seul Paquets/s Paquets IPv4 complets Paquets IPv6 complets
G.711 64 kbit/s 50 80 kbit/s 88 kbit/s
G.729 8 kbit/s 50 24 kbit/s 32 kbit/s

L’audio est huit fois moins volumineux. Dans cette configuration IPv4, le débit total des paquets est divisé par environ 3,33, non par huit. Le nombre de paquets ne change pas. On ne peut donc pas déduire du seul gain en octets une baisse proportionnelle du travail effectué à chaque paquet.

Les 8 kbit/s supplémentaires d’IPv6 correspondent ici à vingt octets de plus envoyés cinquante fois par seconde. Ce résultat limité ne tranche aucune comparaison globale entre IPv4 et IPv6.

Il manque encore, volontairement, la signalisation, RTCP, les ajouts de sécurité, les tunnels, les trames de liaison et la marge nécessaire au service. La suppression des silences modifierait le rythme effectif. Une conversation comporte deux sens : le tableau n’en chiffre qu’un. Présenter ces valeurs comme la consommation complète et universelle d’un appel ferait disparaître les hypothèses qui les rendent vérifiables.

Le délai est l’autre monnaie

On peut réduire la fréquence de paiement des en-têtes en regroupant davantage de parole. Avec G.729 et les mêmes en-têtes IPv4, un paquet toutes les 10 ms représente 40 kbit/s ; toutes les 20 ms, 24 ; toutes les 40 ms, 16. Le débit du codage n’a pas bougé.

Mais il faut attendre davantage de parole avant de l’expédier. Un paquet perdu emporte aussi un morceau plus long de conversation. Le RFC 3551 expose précisément cet arbitrage entre surcharge, délai et effet des pertes. Allonger l’intervalle n’est donc pas une optimisation à appliquer sans condition.

RTP fournit des repères de séquence et de temps, sans garantir que la livraison sera ponctuelle. Le choix doit être évalué dans le service visé. Aucun de ces calculs ne prouve qu’un opérateur utilise G.729, qu’une liaison est saturée ou qu’un utilisateur entend une dégradation.

L’intérêt du billet de LACNIC est ainsi de relier la transition IP à une décision d’ingénierie. Sa réserve sur les en-têtes mérite de rester visible jusqu’au devis de capacité, et non de disparaître une fois le codec choisi.