La déclaration de l’AF* révèle pour la première fois l’existence d’un « Comité ad hoc sur les réformes de l’AFRINIC », une information jusqu’alors inconnue de nombreuses parties prenantes. Malgré une rhétorique sur la gouvernance ascendante et multipartite, l’histoire et les manœuvres actuelles de l’AFRINIC montrent un schéma persistant de contrôle en coulisses par le Dr Nii Quaynor et ses associés. L’avenir de la gouvernance de l’internet en Afrique a été plongé dans une nouvelle tourmente avec la publication d’une déclaration du 5 août d’AF*, une coalition d’organisations africaines de l’internet fondée en 1998 par le Dr Nii Quaynor. Alors que la déclaration vante le « modèle multipartite ascendant et fondé sur le consensus » de l’AFRINIC, elle lâche discrètement une bombe: l’existence d’un « Comité ad hoc sur les réformes de l’AFRINIC » qui se réunit à huis clos. Pendant des années, l’AFRINIC (African Network Information Centre) a été confrontée à des crises de gouvernance, des batailles juridiques et des vides de leadership. Elle est restée sans PDG ni conseil fonctionnel depuis 2022. Mais jusqu’à cette semaine, même les parties prenantes chevronnées ignoraient qu’un groupe restreint, soutenu par « un conseiller technique et deux experts juridiques », avait été chargé de remodeler la structure et les politiques de l’organisation. Lire aussi: Un juge mauricien empêché d’enquêter sur l’AFRINIC en pleine tourmente pré-électorale Des questions sans réponses publiques La déclaration d’AF* indique que le comité a été formé pour mener des réformes, mais ne révèle pas quand il a été créé, qui l’a exactement nommé, ni sur quelle autorité. Elle ne divulgue pas non plus la charte, le champ d’action ou les pouvoirs décisionnels du comité. Même la direction d’AF* a admis dans ses propres remarques qu’il y avait « une absence d’informations publiquement accessibles concernant l’énoncé du problème et la charte du Comité ad hoc ». Cela soulève des questions troublantes: Qui a initié la formation de ce comité ? Quelles réformes spécifiques poursuit-il ? Le processus est-il réellement ouvert aux contributions de la communauté, ou s’agit-il simplement d’une façade procédurale ? Sans réponses, le comité risque d’être perçu non pas comme un mécanisme de réforme légitime, mais comme un autre instrument opaque dans une longue histoire de manipulation de la gouvernance de l’AFRINIC. Lire aussi: Élection de l’AFRINIC: la deuxième tentative de report du vote échoue Un schéma de contrôle, pas de communauté La description par AF* de l’AFRINIC comme un modèle de gouvernance dirigée par la communauté contraste fortement avec la réalité. Au cours des deux dernières décennies, l’AFRINIC a été dominée par un petit cercle de personnalités influentes, notamment le Dr Nii Quaynor, souvent qualifié de « père de l’internet en Afrique », et ses associés. Ces mêmes personnes ont supervisé l’AFRINIC pendant des périodes de graves dysfonctionnements internes, y compris des scandales de corruption, des allégations de mauvais traitements envers le personnel et une mauvaise gestion financière. La révélation actuelle d’un comité de réformes non divulgué correspond à un schéma: au lieu d’une gouvernance ouverte, transparente et démocratiquement responsable, les décisions sont façonnées dans des salles privées, souvent par ceux qui détiennent déjà une influence disproportionnée sur le sort de l’AFRINIC. De nombreux membres de la communauté y voient une continuation de la même culture descendante et personnalisée qui a régulièrement miné la stabilité de l’AFRINIC. En convoquant des comités non rendus publics, la clique dirigeante contourne la communauté plus large que la charte fondatrice de l’AFRINIC était censée autonomiser. Lire aussi: Lu Heng, PDG de LARUS, sur les élections de l’AFRINIC: Le contrôle par une clique doit cesser, la décentralisation garantira la démocratie Rhétorique publique contre réalité privée La déclaration d’AF* est parsemée de déclarations sur le respect du modèle multipartite, un principe de gouvernance où les politiques sont élaborées ouvertement, avec une voix égale pour toutes les parties prenantes. Mais l’existence d’un comité secret sans liste de membres divulguée, sans calendrier de réunions ni processus décisionnel sape fondamentalement ces principes. La contradiction est flagrante: une organisation ne peut pas prétendre de manière crédible fonctionner sur une base « ascendante » tout en cachant les structures mêmes qui façonneront son avenir. De plus, les crises de l’AFRINIC au cours de la dernière décennie ont souvent été liées à des manquements à la transparence. Qu’il s’agisse de la mauvaise gestion des allocations de ressources IPv4, des pratiques douteuses de gestion du personnel ou du traitement opaque des réformes politiques, l’absence de lumière a régulièrement permis une mauvaise gestion. Lire aussi: Alors que l’ICANN menace de « réviser » l’AFRINIC, un conseil élu est son seul espoir de survie Vraie démocratie ou déclin continu La crédibilité de l’AFRINIC en tant que registre internet régional de l’Afrique dépend de la restauration d’une véritable supervision communautaire et d’une gouvernance ouverte. Cela signifie: Dissoudre ou ouvrir le Comité ad hoc à un examen public complet, avec des procès-verbaux publiés, des détails sur les membres et des propositions de réforme. Codifier des garanties pour empêcher tout petit groupe, aussi illustres que soient leurs contributions passées, d’exercer un contrôle démesuré sur la politique et l’administration. Rétablir un conseil élu fonctionnel qui représente la diversité des membres de l’AFRINIC, et pas seulement ses courtiers de pouvoir historiques. L’alternative est sombre. Si l’AFRINIC continue d’être dirigée par des comités cachés et des réseaux informels, elle risque de s’aliéner davantage ses membres, de perdre la confiance des partenaires mondiaux de la gouvernance de l’internet, et même de compromettre son statut de registre internet régional (RIR) reconnu. Un tournant critique Le Sommet africain de l’internet plus tard cette année offrira à la communauté une plateforme rare pour exiger des clarifications et reprendre le contrôle. Mais cette opportunité n’aura d’importance que si les questions difficiles sur le Comité ad hoc reçoivent des réponses et ne sont pas éludées. L’AFRINIC a été fondée sur les principes d’ouverture, de consensus communautaire et d’autonomisation régionale. Ces principes ne peuvent pas être maintenus par le secret. L’avenir de l’internet en Afrique ne devrait pas être décidé par une poignée de gardiens à huis clos. Si l’AFRINIC veut survivre et prospérer, elle doit revenir à une véritable gouvernance démocratique, où les décisions sont prises au grand jour et par la communauté qu’elle sert.