• Les adresses IPv4 fonctionnent désormais comme des Real Estate numériques—les prix ont corrigé à des plus bas de 10 ans en 2025, créant des opportunités d'acquisition pour les opérateurs qui pensent comme des investisseurs immobiliers, et non comme des gestionnaires techniques.
  • Le leasing est le nouveau modèle de revenus locatifs—en hausse de 24 % d'une année sur l'autre, les opérateurs traitant les blocs d'adresses comme des biens locatifs, générant des revenus récurrents tout en conservant la propriété d'actifs qui prennent de la valeur.

Dans un centre d'information réseau d'une université américaine, un bloc /16 d'adresses IPv4 reste inutilisé. L'institution a reçu cet espace dans les années 1980, ainsi qu'un bloc /8 qui couvre aujourd'hui plusieurs bâtiments. Aux taux actuels du marché, ce /16 inactif pourrait valoir à lui seul plus de 1,2 million de dollars. Pourtant, il est comptabilisé comme une infrastructure technique, et non comme l'actif en appréciation qu'il est devenu.

Ce scénario n'est pas unique. Des centaines d'universités, d'institutions de recherche et de premiers adoptants d'Internet ont reçu des allocations IPv4 généreuses lorsque l'espace d'adressage était distribué gratuitement. Aujourd'hui, beaucoup fonctionnent avec des taux d'utilisation inférieurs à 50 % — détenant une valeur comptable qu'ils ne reconnaissent peut-être même pas.

Nous avons d'abord identifié ce décalage en examinant les audits d'adresses de plusieurs détenteurs historiques. Leurs rapports montraient un taux de vacance de 40 à 60 % sur les blocs historiques — pourtant leurs documents de planification du capital ne mentionnaient pas la valeur potentielle enfermée dans cet espace. Cet angle mort devient de plus en plus coûteux à mesure que le marché IPv4 mûrit.

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La correction des prix de 2025

Les adresses IPv4 qui s'échangeaient à moins de 15 $ au milieu des années 2010 ont culminé à 45–50 $ par adresse en 2023–2024. À la mi-2025, les prix des gros blocs (/16+) étaient tombés à des plus bas de 10 ans, certaines transactions étant inférieures à 20 $ par adresse.

Notre analyse suggère que cette correction reflète une offre accrue provenant de stocks inutilisés entrant sur le marché, et non une demande diminuée. Lors de conversations avec des courtiers, un thème émerge: les adresses IPv4 possèdent désormais des caractéristiques semblables à celles de la propriété. Rareté. Transférabilité. Potentiel de revenus par le leasing ou la revente.

Selon l'analyse d'APNIC Labs, environ 3,9 millions d'adresses restent dans les pools RIR disponibles au début de 2026, concentrées dans APNIC (3,1 millions) et AFRINIC (773 000). Cette concentration continue de façonner les prix régionaux — et les décisions stratégiques que nous observons de la part des opérateurs.

Le virage vers le leasing

Le changement le plus significatif que nous ayons suivi est peut-être la montée du leasing par rapport à la propriété. Les analystes du marché prévoient une croissance de 24 % d'une année sur l'autre des volumes de leasing jusqu'en 2025, tirée par la demande de ressources à court terme et rentables.

Dans nos recherches, les tarifs de location varient généralement de quelques cents à plusieurs dollars par adresse et par mois, selon la réputation et la taille du bloc. Ce modèle génère des revenus récurrents tout en conservant la propriété — à l'image des stratégies de location immobilière. Un directeur financier d'un FAI a partagé: « Nous ne nous demandons plus “avons-nous assez d'adresses?” Nous nous demandons “comment optimisons-nous ce que nous détenons?” »

La réalité de l'IPv6

Aucune discussion sur la stratégie IPv4 n'est complète sans aborder l'IPv6. Alors que le trafic IPv6 approche les 50 % au niveau mondial, l'IPv4 fonctionne aux côtés de technologies de traduction comme le CG-NAT. Les données régionales montrent une adoption variée: le trafic dual-stack de Hong Kong a enregistré environ 3 % d'utilisation d'IPv6 en 2025.

Cette coexistence est importante. Cela signifie que l'IPv4 conserve une importance critique pour la compatibilité des infrastructures et les réseaux d'entreprise, même si le déploiement de l'IPv6 se poursuit. Les opérateurs à qui nous parlons comprennent cela: l'IPv4 ne disparaît pas. Elle devient une infrastructure premium.

Notre point de vue: l'ère des actifs

Comme la terre, les adresses IP représentent des droits d'accès à des ressources limitées. Elles déterminent qui peut héberger des services, faire fonctionner des réseaux ou faire évoluer des plateformes. Les actifs permettant des services générateurs de revenus sont évalués en fonction de l'activité économique qu'ils débloquent, et non de leur coût technique.

Ce qui nous frappe, c'est la manière dont les structures de gouvernance autour de l'allocation des adresses IP ont été conçues pour la coordination, et non pour la gestion patrimoniale. À mesure que la rareté s'intensifie, la tension entre l'allocation administrative et la valeur marchande devient plus visible.

Nos reportages mènent à une conclusion: l'ère technique des adresses IP est révolue. L'ère des actifs a commencé. La question pour les opérateurs de réseau est de savoir s'ils sont prêts à gérer l'IPv4 comme le Real Estate qu'elle est devenue.