• Cloud Innovation affirme que la gouvernance de l'AFRINIC s'est effondrée au-delà de toute réforme
  • Propose que le RIPE NCC ou l'ARIN prenne le relais selon les procédures ICP-2

Ce qui s'est passé: Cloud Innovation appelle à la liquidation du registre défaillant

Cloud Innovation Ltd a lancé un appel officiel à la dissolution du Centre africain d'information sur les réseaux (AFRINIC). L'AFRINIC est le registre Internet régional (RIR) chargé de gérer les ressources d'adresses IP dans 54 pays africains. Cloud Innovation détient plus de six millions d'adresses IPv4, ce qui en fait l'un des plus grands membres de l'AFRINIC en termes d'allocation d'adresses.

Dans une déclaration publique, Cloud Innovation affirme que l'AFRINIC est devenu irréparable, citant des années d'échec institutionnel, de dysfonctionnement du conseil d'administration et d'irrégularités électorales. L'entreprise déclare que, bien qu'elle ait investi des ressources juridiques, financières et organisationnelles pour soutenir les efforts de réforme depuis 2019, « toutes les tentatives ont échoué ».

L'AFRINIC n'a pas eu de conseil d'administration légitime depuis 2022. En juin 2025, sous la supervision d'un tribunal, l'AFRINIC a tenu sa première élection en trois ans, mais les résultats ont été annulés en raison de litiges concernant le vote par procuration et des violations procédurales présumées. Cloud Innovation, un partisan clé de la tenue de cette élection, a décrit l'annulation comme « dévastatrice » pour la gouvernance, car elle a prouvé qu'« aucune élection future ne peut être considérée comme définitive ».

Peu après, l'ICANN a publié une lettre ouverte avertissant que le dysfonctionnement continu de l'AFRINIC pourrait entraîner la perte de sa reconnaissance en tant que RIR. Le PDG de l'ICANN, Kurt Lindqvist, a exprimé sa « profonde inquiétude » quant à la capacité de l'AFRINIC à fonctionner de manière neutre et transparente, citant les abus de vote par procuration, l'utilisation abusive de la marque et l'accès non autorisé aux données des membres. La Number Resource Organization (NRO) a fait écho à cette position, déclarant que l'AFRINIC doit remplir ses obligations envers la communauté Internet mondiale sous peine de perdre sa reconnaissance.

Lire aussi: Cloud Innovation appelle à la dissolution de l'AFRINIC
Lire aussi: Cloud Innovation appelle à la dissolution de l'AFRINIC après des normes électorales « impossibles »

Pourquoi c'est important

L'effondrement de l'AFRINIC menace l'ensemble de l'infrastructure Internet de l'Afrique. En tant qu'organisme chargé de l'attribution des adresses IP et des numéros ASN, l'AFRINIC joue un rôle essentiel dans le développement du haut débit, le fonctionnement des FAI et la gouvernance des réseaux. Sans un registre fonctionnel, les nouvelles attributions pourraient être gelées, les transferts interrompus et les déploiements d'infrastructure retardés.

Cloud Innovation souligne que la question n'est plus une question de réforme, mais de remplacement. Elle préconise désormais une dissolution de l'AFRINIC sous contrôle judiciaire, avec le transfert de ses responsabilités opérationnelles à un autre RIR existant par le biais du processus ICP-2 de l'ICANN. Le cadre ICP-2 décrit comment un nouveau RIR ou un RIR de remplacement doit être sélectionné et reconnu. Selon Cloud Innovation, c'est la seule voie qui permettrait d'éviter un effondrement chaotique et non coordonné de la gestion des ressources Internet sur le continent.

L'entreprise propose que l'ICANN et la NRO désignent un RIR compétent et neutre, tel que le RIPE NCC ou l'ARIN, pour gérer temporairement ou définitivement les ressources africaines. Cela garantirait la continuité du service, protégerait les acteurs africains et donnerait du temps à la communauté pour explorer un éventuel « AFRINIC 2.0 » avec des garanties plus solides et une supervision internationale.

Alors que les critiques ont exprimé leur inquiétude quant à la gestion des adresses africaines par un registre non africain, Cloud Innovation rétorque que l'AFRINIC a lui-même été créé par l'ICP-2 à partir de parties des régions du RIPE NCC et de l'ARIN, et qu'un retour à une telle supervision ne serait pas sans précédent. Elle note également qu'un RIR de remplacement devrait garantir la représentation africaine dans ses processus politiques et ses services techniques.

Cloud Innovation a déjà soumis une requête juridique aux tribunaux mauriciens pour entamer le processus de liquidation. Elle s'engage à coopérer pleinement avec l'ICANN, la NRO et le registre intérimaire pour garantir qu'aucun opérateur africain ne soit laissé pour compte. L'entreprise présente son action non pas comme perturbatrice, mais comme protectrice, une étape nécessaire pour garantir la confiance, la stabilité et la croissance future.

Alors que la communauté Internet mondiale examine la proposition, cette affaire souligne une réalité inconfortable: lorsque la responsabilité fait défaut, même des institutions fondamentales comme les RIR peuvent, et parfois doivent, être remplacées.