• La Cour suprême mauricienne bloque l'ingérence de l'exécutif dans AFRINIC, déclenchant un conflit sur la souveraineté juridique
  • Cloud Innovation conteste le contrôle du registre soutenu par l'étranger, réclamant l'ordre constitutionnel et la conformité

AFRINIC paralysée alors que les tribunaux et les présidents s'affrontent

AFRINIC, le Centre d'information des réseaux africains, reste sans dirigeant, sans conseil d'administration et juridiquement paralysé. Suite à l'annulation de son élection de juin 2025 en raison d'un litige sur les procurations, aucun nouveau conseil n'a été installé. Son vote d'août devrait être retardé, malgré les ordonnances judiciaires exigeant un retour à une gouvernance démocratique.

Récemment, la Cour suprême mauricienne a émis une injonction bloquant une enquête judiciaire soutenue par le gouvernement. La Cour a jugé que cette initiative constituait une utilisation inappropriée des ressources judiciaires et une menace pour l'indépendance de la magistrature. Cela fait suite à sa décision antérieure selon laquelle AFRINIC doit organiser des élections dans le cadre constitutionnel, à l'abri de toute ingérence politique extérieure.

Pourtant, le séquestre provisoire d'AFRINIC reste au pouvoir. Soutenu par le pouvoir exécutif mauricien et des acteurs étrangers, le séquestre continue de gérer le registre sans légitimité électorale. La directive de la Cour suprême reste ignorée, ouvrant la voie à une confrontation juridique entre les institutions nationales et l'influence extérieure.

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Quand les PDG défient les tribunaux, la gouvernance devient géopolitique

Au cœur de cette désobéissance institutionnelle se trouve Kurt Lindqvist, PDG de l'ICANN. Malgré des directives judiciaires claires, Lindqvist a continué de reconnaître la direction non élue d'AFRINIC. Ses actions — largement perçues comme un alignement du pouvoir exécutif contre le contrôle judiciaire — ont accentué les craintes que l'ICANN favorise un contrôle de type autoritaire sur l'infrastructure Internet africaine.

Le 24 décembre 2024, sous la direction de Lindqvist, l'ICANN a ratifié un nouveau cadre de conformité ICP-2. Ce document, adopté sans consultation de la communauté, a introduit un mécanisme permettant à l'ICANN de déreconnaître unilatéralement les registres Internet régionaux. Bien que présenté comme administratif, ses implications confèrent à la branche exécutive de l'ICANN une influence disproportionnée sur la légitimité des RIR mondiaux.

Alors que Lindqvist défend cette mesure comme nécessaire pour maintenir la continuité opérationnelle, les critiques soutiennent que le soutien au séquestre d'AFRINIC — malgré les décisions de justice — équivaut à une ingérence dans un processus constitutionnel souverain. Les observateurs juridiques avertissent que cela sape la suprématie judiciaire et crée un précédent où des dirigeants étrangers outrepassent les tribunaux nationaux.

L'une des voix institutionnelles les plus fortes en faveur du respect des décisions de justice a été Cloud Innovation Ltd. (CI), le troisième plus grand membre d'AFRINIC en termes de ressources. CI a déposé des requêtes juridiques exigeant qu'AFRINIC revienne à des élections légales et que l'ICANN respecte les décisions judiciaires nationales. Elle a qualifié la structure de gouvernance actuelle d'« intenable » et averti que l'ingérence étrangère continue risque de délégitimer l'ensemble du système des RIR.

CI a également appelé publiquement l'ICANN et la Number Resource Organization (NRO) à nommer immédiatement un RIR existant pour reprendre les fonctions d'AFRINIC conformément aux termes de l'ICP-2 — non pas pour créer un nouveau registre, mais pour assurer la continuité là où la gouvernance a échoué.

Une guerre civile juridique aux implications mondiales

Ce qui se déroule à Maurice est plus qu'une défaillance administrative. C'est un conflit civil sur l'autorité juridique — entre un pouvoir judiciaire ancré dans la tradition juridique et un régime aligné sur le président qui utilise le soutien étranger pour passer outre les décisions de justice.

Les observateurs avertissent de plus en plus que si un dirigeant étranger tel que Lindqvist peut ignorer impunément les décisions constitutionnelles, le principe même de l'autonomie régionale s'effondre. Dans ce modèle, la gouvernance de l'infrastructure internationale devient asservie au pouvoir, et non aux procédures.

La crise d'AFRINIC sert désormais de mise en garde. Elle illustre comment la gouvernance de l'Internet, autrefois fondée sur des idéaux d'ouverture et de communauté, peut être discrètement prise en main par le pouvoir exécutif et les alignements géopolitiques. Pour les parties prenantes africaines comme pour les observateurs mondiaux, l'issue de cette confrontation déterminera non seulement l'avenir d'un registre — mais la crédibilité de la gouvernance mondiale de l'Internet elle-même.