• L'AFRINIC a suspendu l'élection de son conseil d'administration en raison d'un seul vote par procuration contesté, révélant des failles de procédure qui ont ébranlé la confiance des membres.
  • L'incident a intensifié l'examen de la gouvernance du leasing et du courtage d'adresses IP d'AFRINIC, dans un contexte de craintes de mauvaise allocation des ressources.

Un processus fragile mis au jour

L'élection du conseil d'administration d'AFRINIC du 23 juin 2025 à Maurice a été suspendue juste avant la clôture du scrutin, après que le comité de nomination a soulevé une préoccupation procédurale concernant une procuration. Au lieu de résoudre le problème après le vote, AFRINIC a interrompu toute l'élection, annulant ainsi plus de 800 votes par procuration. La charte de l'organisation autorise le vote par procuration avec des règles claires, mais la décision a révélé comment un seul litige procédural peut paralyser un mécanisme de gouvernance fondamental.

La réaction a suscité une vive controverse. L'Association des fournisseurs de services Internet d'Afrique du Sud (ISPA) a déposé une plainte à la police à Maurice, exigeant une transparence totale sur les procurations. L'ICANN a suivi avec une lettre exhortant AFRINIC à autoriser une enquête indépendante. Les critiques ont décrit la suspension non pas comme une défense de l'intégrité, mais comme un signe de fragilité systémique, où les procédures manquent de résilience pour gérer des litiges mineurs sans effondrement institutionnel.

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La gouvernance du leasing d'adresses IP sous le feu des critiques

La débâcle électorale est survenue dans le contexte de difficultés plus profondes d'AFRINIC concernant la gestion des ressources IP. Depuis 2020, AFRINIC est en litige avec Cloud Innovation Ltd au sujet de la récupération de 6,9 millions d'adresses IPv4, d'une valeur de plus de 87 millions USD. Le procès a entraîné une mise sous séquestre ordonnée par le tribunal, le gel des comptes bancaires et la suspension des nouvelles allocations IP. De nombreux opérateurs de réseaux africains se sont retrouvés dans l'incapacité d'accéder aux ressources indispensables.

Des audits internes ont révélé que 4,1 millions d'adresses supplémentaires avaient été mal classées ou louées de manière informelle sans documentation complète. Les enquêtes ont mis en évidence un manque de surveillance et l'essor du courtage non officiel par d'anciens employés. Bien que pas formellement illégales, ces pratiques opéraient dans des angles morts réglementaires et ont miné la crédibilité d'AFRINIC.

L'accumulation de problèmes non résolus – de l'opacité du leasing aux effondrements procéduraux – a plongé AFRINIC dans une crise de gouvernance à grande échelle. Les membres et les observateurs se demandent désormais si l'organisation, telle qu'elle est, peut continuer à fonctionner comme registre Internet régional pour l'Afrique sans une profonde réforme structurelle.

Des réformes systémiques urgentes nécessaires

Suite aux deux crises, les parties prenantes ont exigé des réformes significatives. L'ISPA a demandé la création d'un audit indépendant des protocoles de procuration d'AFRINIC. L'ICANN a envisagé d'imposer des exigences de conformité. Les membres de la communauté ont appelé à une séparation claire entre les pratiques de courtage d'adresses IP et les canaux d'allocation formels, ainsi qu'à un contrôle renforcé de la vérification des procurations.

Même certains membres du conseil d'administration ont admis en privé que les crises signalaient des défauts de gouvernance profonds qui doivent être corrigés. Ils ont proposé des mesures telles que la validation par un tiers des votes par procuration, le traçage par blockchain des transactions IP et un conseil de surveillance des membres.

Mais la mise en œuvre reste incertaine. AFRINIC fait déjà face à des frais juridiques et à des dommages à sa réputation, ce qui limite sa capacité à se réformer rapidement. Pendant ce temps, son rôle de registre Internet régional pour l'Afrique est sous surveillance: les membres avertissent que sans une gouvernance transparente et résiliente, l'organisation risque de perdre sa légitimité.