• Smart Africa utilise le pouvoir des États et la coordination continentale pour influencer les réformes d'AFRINIC et la politique internet.
  • AFRINIC reste un registre Internet régional (RIR) régi par ses membres, utilisant des processus ascendants (bottom-up) pour l'attribution des ressources de numérotation.

Qu'est-ce que Smart Africa et pourquoi CAIGA est important

Smart Africa est une alliance panafricaine de 40 gouvernements et partenaires du secteur privé axée sur l'accélération de la transformation numérique et le renforcement de l'infrastructure continentale. Via un protocole d'accord signé en 2024 avec l'ICANN, elle a développé l'Architecture continentale de gouvernance de l'Internet en Afrique (CAIGA), une proposition qui donne aux États un rôle plus formel et institutionnalisé dans les réformes d'AFRINIC. Smart Africa soutient que la crise d'AFRINIC, y compris les élections contestées et l'instabilité institutionnelle, menace la « souveraineté numérique » de l'Afrique et nécessite une réponse continentale coordonnée. Dans une déclaration, Smart Africa a cité des années de turbulences juridiques et de gouvernance comme étant au cœur de sa volonté de renforcer la surveillance et la stabilité.

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Qu'est-ce qu'AFRINIC: un registre construit par la communauté

À l'inverse, AFRINIC (le Centre d'information du réseau africain) est l'un des cinq registres Internet régionaux (RIR) qui gèrent les adresses IP, les numéros de systèmes autonomes et d'autres ressources de numérotation Internet. La gouvernance d'AFRINIC est conçue pour être ascendante (bottom-up): les membres, y compris les FAI, les opérateurs et la société civile, participent à l'élaboration des politiques et à la prise de décision. Cette structure met l'accent sur l'indépendance technique et limite l'influence politique directe sur les opérations du registre.

Le modèle d'AFRINIC a historiquement permis aux communautés d'auto-gérer l'attribution des ressources de numérotation sans ingérence de l'État.

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Principales différences structurelles: gouvernance CAIGA contre AFRINIC

La proposition CAIGA diffère nettement des mécanismes de gouvernance établis d'AFRINIC. Par le biais de CAIGA, Smart Africa envisage un Conseil des autorités africaines de gouvernance de l'Internet et un secrétariat permanent, potentiellement supervisés par les gouvernements plutôt que par les seuls membres d'AFRINIC. Les critiques estiment que cela introduit une couche d'approbation politique descendante, permettant effectivement aux États de passer outre ou d'influencer des décisions qui nécessitent normalement des votes communautaires. Selon le chercheur en gouvernance de l'Internet Milton Mueller, « le soutien de l'ICANN à Smart Africa...

risque de saper le modèle multipartite », car CAIGA pourrait placer le pouvoir politique au-dessus de la gouvernance communautaire.

Parallèlement, des membres de la communauté technique comme Amin Dayekh soutiennent que CAIGA établit une « structure d'autorité parallèle » qui court-circuite les canaux existants d'AFRINIC. Dans son analyse, Dayekh prévient que les fonctions politiques et techniques pourraient se confondre sous CAIGA, érodant la clarté et la responsabilité que les processus multipartites d'AFRINIC garantissent actuellement.

Risques, confiance et gouvernance des données

Les préoccupations concernant CAIGA vont au-delà de la structure. Smart Africa a été critiquée en 2025 pour une fuite de données: elle aurait envoyé une invitation aux membres d'AFRINIC par courriel, mais en plaçant toutes les adresses dans le champ « À » (au lieu de la copie cachée), exposant ainsi des informations de contact privées. Cet incident a soulevé de sérieuses questions sur la manière dont Smart Africa a obtenu et traité les données non publiques des membres d'AFRINIC, renforçant les soupçons quant à son influence et ses méthodes.

Pourquoi la différence compte pour l'Afrique

Au cœur du débat Smart Africa contre AFRINIC se trouve une tension entre légitimité politique et neutralité technique. Smart Africa considère CAIGA comme un moyen d'unifier les États africains, d'assurer les réformes et de protéger les ressources Internet sous une direction continentale. Les défenseurs d'AFRINIC affirment que transformer la gouvernance en un processus plus politique risque de compromettre sa fonction technique, de menacer la confiance dans l'attribution des adresses et de fragmenter potentiellement la gestion des ressources.

Si le modèle de CAIGA prévaut, il pourrait remodeler la manière dont l'Afrique, et peut-être d'autres régions, gèrent leur infrastructure Internet.

Smart Africa et AFRINIC représentent deux visions très différentes pour l'Internet en Afrique: l'une ancrée dans la coordination politique, l'autre dans la souveraineté technique dirigée par les membres. L'avenir de la gouvernance de l'Internet en Afrique dépend de la capacité de ces approches divergentes à coexister, et des principes de légitimité qui guideront finalement la réforme.