Résumé

  • La détection d’adresse dupliquée sépare fabrication et affectation : une adresse issue d’un préfixe et d’un identifiant reste provisoire tant que le lien n’a pas été sondé.
  • Une sollicitation de voisin part de l’adresse non spécifiée. L’absence de conflit pendant une fenêtre bornée autorise l’activation locale ; elle ne prouve ni identité, ni propriété, ni unicité mondiale.
  • DAD optimiste autorisa ensuite un usage précoce très encadré. DAD amélioré ajouta un nonce pour distinguer une sonde réfléchie d’un autre candidat, sans authentifier le voisin.

Le calcul ne suffisait pas

L’autoconfiguration sans état promettait un démarrage sans serveur d’adresses. Le routeur annonçait un préfixe ; l’hôte le combinait avec un identifiant d’interface ; même sans routeur, une adresse locale au lien pouvait naître. Restait une question que l’arithmétique ne pouvait résoudre : quelqu’un utilisait-il déjà le même résultat sur ce lien ?

RFC 4862 plaça une étape entre création et usage. L’adresse devient tentative. Elle n’est pas affectée au sens ordinaire : l’interface rejette le trafic normal qui la vise et n’accepte que les messages Neighbor Discovery nécessaires au contrôle. Le logiciel possède une proposition, pas encore une identité active.

Cette précaution ne dépend pas de l’origine du candidat. Le RFC demande DAD pour une adresse obtenue par autoconfiguration, DHCPv6 ou configuration manuelle ; les routeurs doivent également réussir l’épreuve avant affectation. La provenance administrative ne remplace donc pas l’observation du lien.

Poser la question sans emprunter la réponse

Le mécanisme réemploie les messages définis par RFC 4861. Le nœud envoie une Neighbor Solicitation vers l’adresse multicast sollicitée correspondant à la cible provisoire. L’audience reste locale et limitée aux voisins susceptibles de détenir cette cible.

La source vaut ::, l’adresse non spécifiée. Le candidat ne peut pas s’auto-accréditer en servant de source avant son affectation. La sonde DAD n’emporte pas non plus l’option d’adresse de couche liaison qui accompagne une résolution ordinaire.

Un détenteur déjà actif peut répondre par Neighbor Advertisement. Deux machines démarrant ensemble peuvent se découvrir par leurs sollicitations concurrentes. L’un ou l’autre signal valide suffit à refuser le candidat. Si l’adresse locale au lien échoue, l’autoconfiguration de l’interface s’arrête : il faut changer d’identifiant ou intervenir manuellement.

Le compteur DupAddrDetectTransmits vaut un par défaut, mais le type de lien ou l’administrateur peut le modifier ; zéro supprime le contrôle. RetransTimer cadence les essais et l’attente finale. Le protocole définit une fenêtre d’observation, non une certitude éternelle.

Le silence est une permission limitée

À l’expiration sans indication de conflit, l’adresse devient affectée. Cela signifie : aucun rival n’a été observé ici, pendant cette fenêtre. Un segment isolé, un filtre multicast, une machine endormie ou un commutateur défectueux peuvent rester muets. Un voisin malveillant peut au contraire fabriquer une annonce et provoquer un déni de service.

DAD ne consulte ni registre mondial ni titre juridique. Une même adresse locale au lien peut exister ailleurs sans conflit, puisque sa portée s’arrête au lien. Le test n’authentifie pas la machine et ne garantit pas sa joignabilité. Il fournit juste assez d’éléments pour une transition opérationnelle réversible.

Aller plus vite sans évincer le voisin

Lors d’un changement de réseau, l’attente devient visible. RFC 4429 créa l’état Optimistic. L’adresse peut servir avant la fin de DAD, mais elle doit être traitée comme dépréciée : une autre source convenable reste préférable.

Cette avance est bridée là où elle pourrait déposséder l’utilisateur légitime. Le nœud optimiste efface le drapeau Override dans ses annonces, n’émet jamais une sollicitation ordinaire depuis cette adresse et évite de publier son adresse de liaison dans une Router Solicitation qui en partirait. Le trafic peut devoir transiter par le routeur jusqu’à la fin du contrôle.

L’optimisme ne transforme donc pas un candidat en adresse confirmée. Il distribue autrement le coût de l’attente tout en gardant une sortie si un doublon apparaît.

Quand la question revenait par la même porte

Les boucles de test de circuits et certaines topologies d’accès pouvaient réfléchir la propre sonde du routeur. Celui-ci croyait voir un concurrent et restait en échec même après suppression de la boucle. RFC 7527 ajouta une information de provenance : un nonce aléatoire neuf par sonde, mémorisé avec le candidat.

Si la sollicitation revient avec le même nonce, le nœud reconnaît sa réflexion, la journalise et l’abandonne. Un nonce différent désigne toujours un autre candidat. De nouveaux nonces permettent de poursuivre les essais puis de récupérer lorsque la boucle disparaît.

La limite est explicite. Un adversaire peut changer le nonce ou forger une annonce ; le RFC renvoie alors à Secure Neighbor Discovery. Le nonce répond à « est-ce ma propre sonde ? », pas à « qui possède l’adresse ? ».

Sources et limites

Les normes citées réunissent les messages de voisinage de RFC 4861, l’état provisoire de RFC 4862, l’usage anticipé de RFC 4429 et la distinction des réflexions de RFC 7527. Ces textes établissent les règles et des pannes documentées, pas les taux actuels de collision, les choix universels des fabricants ni la qualité de chaque déploiement.