Résumé

  • Le projet ReuNION vise une mise en service en 2028. Son financement et la répartition de ses seize paires de fibres ne constituent pas encore une offre livrée aux clients.
  • Des tarifs terrestres sont publiés, notamment sur GAZELLE. Ils ne décrivent pas à eux seuls le prix ni les conditions d'une liaison complète empruntant ReuNION.

Une baie, un kilowatt, un raccordement : le câble sous-marin se transforme en service à travers des achats très terrestres. Le catalogue que publie La Réunion Connectée en donne une illustration concrète. L'emplacement de 600 sur 600 millimètres y coûte 7 500 euros hors taxes par an, auxquels s'ajoutent 750 euros d'accès. La puissance incluse est de 1 kW. Encore faut-il qu'une étude confirme la place disponible.

Ce document non contractuel concerne des services existants, pas le futur câble ReuNION. Mais il corrige une lecture trop rapide du dossier : des conditions d'accès sont bel et bien publiques à La Réunion. L'enjeu n'est pas de découvrir un vide réglementaire ou commercial. Il est de savoir comment les différents morceaux d'une liaison pourront être achetés ensemble.

Le catalogue ne s'arrête pas à une armoire

La Réunion Connectée présente sur GAZELLE de la fibre noire, des liaisons Ethernet jusqu'à 10 Gbit/s, de l'hébergement et de la location de fourreaux. Les opérateurs et les groupes fermés d'utilisateurs peuvent accéder au réseau ; les entreprises peuvent passer par un opérateur. La même page renvoie à des contrats FTTH distincts.

Il serait tout aussi trompeur de transformer ces offres en tarif ReuNION. L'hébergement d'un équipement, le transport jusqu'à une station et la capacité sous la mer ne rendent pas le même service. Le catalogue porte d'ailleurs plusieurs dates d'application : août 2025 pour certains services, janvier 2026 pour la fibre noire et son offre IRU. Son intitulé « 2025 » ne suffit pas à dater toutes ses lignes.

Chez Orange aussi, l'offre générale de capacité sous-marine sépare le transport entre stations et l'option de prolongement terrestre vers un point de présence ou un site client. Cette séparation donne une bonne idée des questions à poser au futur vendeur. Elle ne vaut pas contrat propre à ReuNION.

Une enveloppe financière, pas encore une liaison livrée

Annoncé par Orange le 2 septembre 2026, ReuNION doit relier l'île à l'Afrique du Sud. Le dimensionnement annoncé est de seize paires de fibres à 20 Tbit/s chacune. Orange assurera sur l'île les fonctions de partenaire d'atterrissement, des autorisations à la station sécurisée et à l'interconnexion terrestre. L'entreprise annonce une infrastructure accessible à tous les opérateurs.

Le promoteur du projet prévoit douze paires pour La Réunion Connectée, deux pour Orange, une pour Telco OI et une pour Reunicable. Cette répartition ne démontre ni une fermeture aux opérateurs extérieurs, ni les modalités auxquelles ils pourront acheter de la capacité.

Le budget annoncé atteint 93,1 millions d'euros : 30 millions de FEDER, 20 millions du mécanisme européen pour l'interconnexion, 6,5 millions de l'État et 36,6 millions du consortium. Le calendrier du promoteur prévoit les études en 2026, la fabrication et les travaux en 2027, puis l'exploitation en 2028. Orange Marine doit poser le câble, conçu et fabriqué par Alcatel Submarine Networks. Ces étapes restent à accomplir ; le débit annoncé n'est pas du trafic déjà transporté.

L'achat intéressant sera celui que l'on pourra suivre d'un bout à l'autre. Où la responsabilité du fournisseur s'arrête-t-elle ? Quelle liaison terrestre prend le relais ? Deux offres supposées indépendantes partagent-elles un passage ou une alimentation ? Les annonces examinées ne répondent pas à l'ensemble de ces questions pour ReuNION. Cela ne prouve pas qu'aucun accord n'existe. Cela indique ce qu'il faudra connaître pour passer d'un câble financé à une véritable alternative commerciale.

Mise à jour du 25 octobre 2026 : ajout des offres publiques GAZELLE et clarification de leur portée. Elles ne sont pas assimilées aux conditions d'une liaison ReuNION complète ; la répartition des fibres ne prouve pas une exclusion.