- La demande soudaine de l'ICANN pour la préservation des documents de l'AFRINIC suscite des inquiétudes quant à l'exposition potentielle de défaillances de gouvernance longtemps ignorées et de complicités.
- La position agressive de Lindqvist et ses revirements ultérieurs accentuent la confusion alors que l'avenir de l'internet africain est en proie à des incertitudes juridiques et politiques.
- La récupération secrète de documents en janvier par un avocat de l'ICANN soulève des questions sur les documents sensibles qui pourraient déjà être en possession de l'ICANN.
Les retombées de l'élection du conseil d'administration de l'AFRINIC en 2025, annulée, ont pris un tournant radical, passant des différends sur les votes par procuration à une bataille à enjeux élevés pour le contrôle des archives historiques du registre. Au cœur de ce conflit croissant se trouve le PDG de l'ICANN, Kurtis Lindqvist, dont la demande soudaine de préservation de documents a suscité des interrogations dans la communauté de la gouvernance de l'internet.
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Une demande au timing suspect
Le 16 juillet, le président du conseil d'administration de l'ICANN, Kurtis Lindqvist, a envoyé une lettre officielle au syndic officiel désigné par le tribunal de l'AFRINIC, Gowtamsingh Dabee. La lettre insistait sur la préservation urgente des documents de gouvernance critiques de l'AFRINIC.
Bien que présentée comme une simple surveillance de routine, le timing est tout sauf une coïncidence. La demande intervient quelques semaines seulement après la menace sans précédent de l'ICANN de retirer sa reconnaissance à l'AFRINIC, une décision rendue possible par un document de conformité controversé discrètement ratifié en décembre 2024, contournant ainsi les processus multipartites de l'ICANN.
Les critiques s'interrogent sur les raisons pour lesquelles l'ICANN n'exprime ses préoccupations concernant la tenue des registres que maintenant, alors que la crise de gouvernance de l'AFRINIC dure depuis des années. Le registre fonctionne sans conseil d'administration fonctionnel depuis 2023, a subi de multiples batailles juridiques et a fait face à des allégations de mauvaise gestion financière, le tout pendant que l'ICANN restait ostensiblement silencieuse.
Le fantôme du 11 janvier, 2025
La demande de préservation des documents prend une signification plus sombre à la lumière des reportages antérieurs de BTW Media. Le 11 janvier 2025, un avocat représentant l'ICANN s'est rendu au siège de l'AFRINIC à Maurice pour récupérer un document non divulgué alors que le syndic officiel était à l'étranger.
Les journaux de sécurité et les témoignages oculaires confirment que la visite a eu lieu, contredisant la déclaration publique de l'ICANN. La nature clandestine de la récupération, effectuée un week-end à l'insu du syndic, suggère que l'ICANN a peut-être déjà eu accès à des documents internes sensibles, y compris potentiellement des archives qui éclairent son inaction prolongée ou son implication indirecte dans le déclin de l'AFRINIC. Cela soulève une question cruciale: que peut bien craindre Lindqvist de voir enfoui dans les archives de l'AFRINIC ?
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Responsabilité sélective
Le zèle soudain de l'ICANN pour la transparence sonne creux aux oreilles des observateurs de longue date. Pendant plus d'une décennie, le dysfonctionnement de l'AFRINIC s'est déroulé sous les yeux de la communauté internet mondiale:
- L'ancienne direction générale de l'AFRINIC, Ernest Byaruhanga, a supervisé des transferts irréguliers d'adresses IP d'une valeur de dizaines de millions.
- Des membres du conseil d'administration dont le mandat avait expiré, comme Benjamin Eshun, ont tenté des prises de pouvoir illégales tandis que les litiges contre des membres comme Cloud Innovation épuisaient les ressources de l'AFRINIC.
- La Cour suprême de Maurice a gelé les comptes de l'AFRINIC après que des preuves ont révélé que des frais juridiques étaient acheminés par le biais d'une société écran.
Pendant toute cette période, l'ICANN n'a pris aucune mesure substantielle. Ce n'est que sous la direction de Lindqvist que l'ICANN a adopté une position agressivement interventionniste, coïncidant avec les efforts de l'AFRINIC mandatés par les tribunaux pour se réformer par le biais d'élections.
Une prise de pouvoir en plein jour
La lettre du 16 juillet marque la dernière escalade dans la campagne de l'ICANN visant à affirmer son contrôle sur l'AFRINIC. En tirant parti des procédures de conformité ICP-2 contestées, ratifiées sans consultation de la communauté, Lindqvist a positionné l'ICANN en juge, jury et bourreau de la légitimité des RIR.
Cette prise de pouvoir a des implications mondiales. Si l'ICANN peut unilatéralement retirer sa reconnaissance à l'AFRINIC, aucun RIR n'est à l'abri d'une ingérence politique. Cette décision ignore également les tribunaux mauriciens, qui ont à plusieurs reprises affirmé la légitimité juridique de l'AFRINIC malgré les objections de l'ICANN.
Les enjeux pour l'Afrique
Alors que l'audience de dissolution de l'AFRINIC est prévue pour le 24 juillet et que de nouvelles élections sont mandatées d'ici le 30 septembre, l'avenir de l'internet du continent est en jeu. Cloud Innovation a déposé une pétition pour la dissolution de l'AFRINIC, arguant que le registre est irréparable. Le récent revirement de Lindqvist, affirmant que l'ICANN n'a jamais soutenu cette position, ne fait qu'approfondir la confusion.
Une chose est claire: après des années de négligence, l'intervention tardive de l'ICANN pue l'intérêt personnel plutôt que la bonne intendance. Les documents qu'elle cherche maintenant à contrôler pourraient révéler pourquoi Lindqvist est si déterminé à réécrire l'histoire avant que la vérité ne le rattrape.

