Résumé

  • Le Last Call de draft-ietf-jose-deprecate-none-rsa15-06 se termine le 9 octobre 2026 ; le texte reste un projet et n’a pas encore modifié le registre IANA.
  • Les experts JOSE devraient examiner les signatures et MAC au regard d’EUF-CMA, la gestion de clés au regard d’IND-CCA2 appliqué au processus JWE complet, et le chiffrement de contenu au regard d’AEAD.
  • Ces objectifs rendent le mandat d’examen plus précis, mais ne prouvent ni la qualité d’une bibliothèque ni la sûreté d’une configuration ou d’un échange réel.

Le changement tourné vers l’avenir

L’IESG a ouvert le Last Call le 25 septembre, avec des commentaires attendus avant le 9 octobre. Le document vise le statut Proposed Standard, mais le Datatracker le classe encore comme Internet-Draft en cours d’examen et indique qu’une revue IANA reste nécessaire.

La dépréciation proposée de none et de RSA1_5 attire naturellement l’attention. Pourtant, la partie qui organisera peut-être le plus longtemps l’avenir de JOSE se trouve dans les instructions données aux Designated Experts. RFC 7518 leur demande déjà d’éviter les doublons inutiles, d’évaluer l’utilité générale et la clarté, puis d’exercer une diligence raisonnable sur la crédibilité cryptographique. Le projet ajoute un vocabulaire de sécurité précis à cette appréciation.

Pour les signatures et les MAC de JWS, le repère serait EUF-CMA : même après avoir obtenu des authentificateurs pour des messages choisis, un adversaire ne doit pas pouvoir en fabriquer un valide pour un nouveau message. Pour les méthodes de chiffrement de contenu JWE, le repère serait AEAD : le contenu reste confidentiel et les données associées, visibles mais sensibles à l’altération, restent authentifiées.

Le critère le plus important concerne la gestion de clés. Le texte ne demande pas seulement si l’algorithme de transport ou d’accord de clé paraît solide. Il demande si le processus de chiffrement JWE dans son ensemble est raisonnablement considéré comme IND-CCA2. Paramètres, chiffrement de contenu, liaison des champs, erreurs et composition entrent donc dans le périmètre. Une bonne pièce ne suffit pas à déclarer bonne la machine.

Une norme de jugement, pas une machine à certifier

L’expression « raisonnablement considéré » maintient une part de jugement. Le projet n’impose ni format de preuve unique, ni laboratoire, ni liste mécanique. C’est cohérent avec le travail cryptographique : une réduction formelle, une analyse publique mûre et l’étude d’une composition ne produisent pas toujours le même dossier.

Nommer les objectifs améliore néanmoins la contestabilité. Demandeur et expert peuvent discuter d’une propriété précise, du bon périmètre ou de l’absence d’une analyse de composition. La décision devient plus facile à expliquer qu’une simple affirmation de solidité.

L’exception confirme aussi la limite du registre : les nouveaux critères ne s’appliqueraient pas aux algorithmes inscrits comme Deprecated ou Prohibited. Un registre doit pouvoir identifier une technique déconseillée ou interdite sans lui donner un label de qualité. L’existence d’une ligne n’est donc jamais, à elle seule, une recommandation.

Entre la ligne IANA et le service

Au moment de la collecte, le registre public conservait ses états actuels. Le Last Call n’avait pas, par sa seule ouverture, changé les entrées. Une piste d’audit sérieuse doit conserver la révision du projet, l’annonce, l’éventuel RFC, l’action IANA et l’instantané consulté par le logiciel.

Après une inscription, la séparation continue. La ligne IANA peut attester un identifiant, un usage, un niveau d’exigence, un contrôleur de changement et des références. Elle ne dit pas quelle version d’une bibliothèque implémente la construction, si les paramètres sont sûrs, si les clés ont été correctement créées, si la négociation résiste au downgrade ou si une transaction donnée a obtenu la propriété attendue.

La Minimum Initial Specification de Heng Lu fournit ici une grille éditoriale déclarée. Un socle commun peut légitimement contenir des invariants de sécurité nécessaires à l’interopérabilité. Mais le document publié et la ligne enregistrée ne doivent pas emprunter l’autorité du code en fonctionnement. Les objectifs proposés resserrent utilement la couche commune ; ils ne suppriment pas la décision locale.

Sources