- Les dirigeants du conseil d’AFRINIC ont tenu des réunions de haut niveau avec Smart Africa lors du Transform Africa Summit, signalant une coopération inhabituellement étroite dans le contexte de la controverse persistante autour de CAIGA.
- L’alignement croissant renforce les craintes qu’AFRINIC ne dérive vers un modèle de gouvernance centré sur l’État, susceptible de marginaliser la communauté qui a reconstruit le registre.
La direction d’AFRINIC est sous surveillance après que des figures de proue du conseil ont utilisé le mois dernier le Transform Africa Summit (TAS) en Guinée pour approfondir les liens avec Smart Africa — la même organisation qui promeut CAIGA, un modèle de gouvernance piloté par les États largement critiqué pour saper les principes fondateurs de la gouvernance de l’internet.
Un nouveau communiqué d’AFRINIC en provenance du sommet révèle que le vice-président Abdelaziz Hilali et le responsable du développement des parties prenantes Arthur N’guessan ont tenu ce que l’organisation a décrit comme « une réunion clé » avec le directeur général de Smart Africa, Lacina Koné. Le rapport présente cette rencontre comme un effort pour « ouvrir la porte à une collaboration plus approfondie » et réaffirmer Smart Africa comme « un allié » dont AFRINIC entend s’aligner sur les initiatives.
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Inquiétude en Afrique – la communauté condamne l’ICANN
Pour beaucoup au sein de la communauté technique africaine, cette formulation est alarmante.
L’Architecture continentale de gouvernance de l’internet en Afrique (CAIGA) proposée par Smart Africa placerait l’autorité de supervision d’AFRINIC entre les mains de responsables nommés par les gouvernements — une mesure qui, selon les analystes, démantèlerait la structure ascendante qui sous-tend tous les registres internet régionaux (RIR). L’initiative a été condamnée par des personnalités éminentes, notamment Alice Munyua et Milton Mueller, qui affirment que CAIGA représente une tentative de prise de contrôle politique déguisée en coordination continentale.
Jusqu’à présent, une grande partie des critiques se concentraient sur l’ICANN, qui a discrètement soutenu le travail de Smart Africa par des financements, un soutien administratif et un protocole d’accord en 2024. Mais la posture même d’AFRINIC au TAS 2025 suggère que la direction du registre pourrait être de plus en plus réceptive à la vision politique de Smart Africa.
Le résumé du sommet par AFRINIC présente à plusieurs reprises Smart Africa sous un jour positif, décrivant l’organisation comme un partenaire stratégique dans la « transformation numérique » de l’Afrique et un acteur essentiel dans la « coordination des programmes techniques avec les projets phares continentaux ». Le rapport note également que les gouvernements et les régulateurs « sont impatients de voir AFRINIC reprendre une présence plus active et structurée », et qu’AFRINIC s’aligne sur les autorités nationales désireuses de renforcement des capacités et d’orientations politiques.
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Les gouvernements au-dessus de la communauté
Pour les critiques, cela ressemble moins à un engagement neutre qu’à un positionnement actif au sein d’un écosystème de gouvernance dirigé par les États. Travailler étroitement avec Smart Africa en ce moment n’est pas anodin. Cela signale que le conseil d’AFRINIC est à l’aise pour opérer aux côtés — voire sous l’égide — d’institutions qui veulent explicitement placer les gouvernements au-dessus de la communauté.
Le moment est particulièrement sensible. AFRINIC vient tout juste de sortir de quatre années de paralysie juridique, culminant avec une élection historique dirigée par la communauté qui a reconstruit le conseil. Beaucoup ont vu cette période comme la preuve que l’autogouvernance communautaire, malgré les bouleversements, peut encore fonctionner.
Désormais, alors que Smart Africa promeut un modèle qui supplanterait cette démocratie, l’engagement chaleureux d’AFRINIC risque d’envoyer un message contradictoire: que le registre pourrait être prêt à troquer son autonomie durement acquise contre une faveur politique continentale.

