- AFRINIC a averti ses membres de ne pas répondre à une simple question factuelle de NRS, invoquant les tribunaux, l’outrage et les lois anti-spam au lieu d’aborder le fond.
- NRS affirme que les membres ont parfaitement le droit de confirmer s’ils ont voté, et que l’intimidation sape la confiance et la responsabilité.
La transparence n’est pas un luxe pour une organisation chargée de superviser les ressources de numéros Internet de l’Afrique. Mais le dernier échange public entre AFRINIC et la Number Resource Society (NRS) suggère qu’AFRINIC est un registre qui répond aux questions factuelles élémentaires non pas avec transparence, mais avec des avertissements, des postures juridiques et des menaces à peine voilées.
La controverse tourne autour de quelques blogs publiés à quelques jours d’intervalle en décembre 2025. La lettre d’AFRINIC, publiée « par ordre du Conseil d’administration et du Receveur », vise NRS, qui a envoyé un courriel à certains membres d’AFRINIC avec une simple demande: si vous ne vous êtes pas inscrit pour voter à l’élection du conseil d’administration de septembre 2025, mais pensez qu’un vote a été émis en votre nom, veuillez en informer NRS.
AFRINIC qualifie cette démarche de spam, suggère qu’elle pourrait être illégale et avertit les membres que répondre pourrait interférer avec les procédures judiciaires.
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Deux déclarations, deux mondes
La réponse de NRS est calme, précise et cinglante. Elle réfute complètement les insinuations, en racontant l’histoire en termes absolus: demander simplement aux membres s’ils ont trouvé un vote émis en leur nom alors qu’ils ne s’étaient pas inscrits, n’est ni illégal ni méprisant. Et l’effort pour dissuader les membres de répondre à de telles questions, soutient NRS, est injustifiable.
La différence entre ces deux déclarations est claire: AFRINIC s’appuie fortement sur l’autorité (tribunaux, juges, receveurs et le concept de sub judice) sans aborder le fond de la préoccupation. NRS, en revanche, se préoccupe des droits des membres, de l’exactitude des faits et de l’effet dissuasif de l’intimidation institutionnelle.
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Une question à laquelle AFRINIC ne répondra pas
Ce que NRS a demandé aux membres d’AFRINIC ici est remarquablement modeste. Cela n’a sollicité aucun commentaire sur les litiges en cours. Cela n’a pas cherché d’avis sur la validité de l’élection. Cela n’appelait pas les membres à dénoncer AFRINIC ou son conseil nouvellement formé. Cela posait deux questions par oui ou par non: 1. Vous êtes-vous inscrit pour voter ? 2. Avez-vous voté ?
Ces détails ne sont connus que du membre lui-même. Ils ne sont pas secrets, privilégiés ou susceptibles d’interprétation judiciaire. Ils n’empiètent pas sur le fond d’une affaire en cours devant un tribunal. Ils déterminent simplement si la liste électorale et les relevés de vote reflètent les activités des membres.
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L’usage abusif du sub judice
La réponse d’AFRINIC n’aborde pas cette distinction. Au lieu de cela, elle ajoute le langage du sub judice, notant que de tels « commentaires ou actions publiques » pourraient être interprétés comme un outrage au tribunal.
C’est une accusation dangereuse à lancer auprès d’une base de membres comprenant des dizaines de juridictions africaines avec de petits opérateurs, des organisations à but non lucratif, des entreprises, etc. — dont la plupart ont un accès limité à des conseils juridiques.
Mais le sub judice n’est pas une formule magique qui sacralise toute discussion. Les tribunaux limitent les commentaires qui pourraient nuire aux procédures, pas le partage d’informations impartiales et factuelles entre personnes privées sur leurs propres actions. NRS le dit clairement: dire si l’on a voté ou non ne constitue pas un commentaire sur la légalité d’un litige électoral.
Si AFRINIC n’est pas d’accord, elle doit à ses membres une explication juridique claire venant du plus haut niveau, et non une vague alerte selon laquelle quelque chose « pourrait être interprété » comme un outrage.
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Des élections sous une longue ombre
Cet échange ne se produit pas dans le vide. AFRINIC, pour sa part, est aux prises avec des litiges, des crises de gouvernance et des luttes intestines depuis des années. L’élection du conseil d’administration de septembre 2025 a eu lieu après une ordonnance judiciaire faisant suite à des différends de longue date ayant conduit à la nomination d’un administrateur judiciaire. Cloud Innovation Ltd fait face à des litiges en cours et des appels seraient en instance.
La déclaration d’AFRINIC souligne que l’élection s’est déroulée sous la supervision judiciaire du Commissaire électoral de la République de Maurice, en vertu d’une ordonnance d’un juge. NRS ne nie pas que cette supervision ait existé dans la forme, mais pose de sérieuses questions quant à l’existence de cette supervision sur le fond.
Plus important encore, NRS souligne que certaines parties du processus sont encore sujettes à contestation et à révision. Il est au mieux prématuré de déclarer l’affaire réglée, comme le ton d’AFRINIC le laisse entendre.
Il est compréhensible — mais non excusable — qu’AFRINIC soit si sensible à un examen indépendant dans ce contexte. Ceux qui sont en pleine crise de gouvernance ne rétablissent pas la confiance en évitant les questions. Ils la rétablissent en y répondant.
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Qui est vraiment menacé ?
L’un des aspects les plus troublants de la déclaration d’AFRINIC est sa menace implicite. Elle évoque l’outrage au tribunal, l’illégalité et les violations de la protection des données pour insinuer que les personnes qui répondent à NRS s’exposent à des poursuites judiciaires.
NRS ajoute que des personnes qui n’ont pas encore été établies en tant qu’administrateurs approuvent et émettent de tels avertissements.
Les procédures d’outrage ne sont pas des mesures informelles. Ce sont des sanctions sévères destinées à sauvegarder l’administration de la justice, et non à éviter la gêne des organisations.
Il est remarquable de suggérer que les membres d’AFRINIC pourraient être considérés comme coupables d’outrage au tribunal simplement en déclarant s’ils ont voté.
L’effet probable de tels messages est dissuasif. Les membres pourraient penser qu’il est plus sûr de garder le silence, même s’ils savaient que quelque chose n’allait pas. Le silence profite très probablement à ceux qui préfèrent que les questions inconfortables restent sans réponse.
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La transparence n’exige pas de mandat
AFRINIC répète que NRS n’a pas de mandat, n’est pas membre et n’a pas été autorisé à mener un exercice de vérification. Et c’est vrai — et presque totalement hors de propos.
La transparence ne dépend pas de l’obtention du consentement de l’institution surveillée. Sans mandat officiel, les groupes de la société civile, les associations informelles et les parties prenantes posent régulièrement des questions, recueillent des témoignages et publient des résultats. C’est ainsi que la responsabilité se traduit en pratique dans les contextes de gouvernance multipartite de l’internet.
NRS prend soin de ne pas assumer un contrôle qu’il n’a pas. Il ne prétend pas certifier les résultats des élections ni supplanter le processus judiciaire. Il exhorte les membres à partager des informations qui, en cas d’irrégularités, pourraient être signalées « par les voies légales appropriées ». C’est un exemple d’engagement responsable.
La question qu’AFRINIC refuse d’affronter
Au-delà du jargon juridique, de la défensive institutionnelle et des accusations de spam, une question est claire: pourquoi AFRINIC a-t-elle si peur que les membres répondent à une simple requête factuelle ?
Si le registre électoral est exact, si les bulletins n’ont été déposés que par ceux qui se sont inscrits, et si le processus a été aussi rigoureux que le prétend AFRINIC, alors l’exercice de NRS ne devrait présenter aucune menace immédiate. Une confirmation indépendante des membres renforcerait la confiance, et non l’inverse.
La réaction d’AFRINIC indique le contraire. Elle indique une organisation plus soucieuse de contrôler le récit que d’établir les faits.
En réponse, NRS appelle à la désescalade, au respect des procédures régulières et à un espace transparent pour les membres. C’est le langage d’un groupe qui souhaite élargir l’espace de la responsabilité, et non le réduire.
AFRINIC, en revanche, semble déterminée à réduire cet espace, avertissant ses membres qu’il y a une distance entre elle et les formes d’engagement les plus innocentes.
La communauté Internet africaine mérite mieux. Elle mérite un registre qui considère les questions comme une marque d’engagement, et non d’insubordination, et qui comprend ce principe essentiel de gouvernance: s’il n’y a rien à cacher, on ne craint pas les faits !

