• AFRINIC a annulé ses élections du conseil d'administration de juin 2025 après avoir disqualifié des centaines de votes par procuration valides, suscitant une vive réaction.
  • L'ICANN est intervenu avec une ordonnance du tribunal, exigeant la transparence procédurale et une réforme urgente du processus de gouvernance d'AFRINIC.

Crise de confiance: un vote annulé suscite la controverse

Le 23 juin 2025, AFRINIC a tenté de tenir sa première élection du conseil d'administration en personne depuis sa mise sous séquestre judiciaire en 2022. Juste avant la conclusion du vote, le NomCom a soulevé des préoccupations concernant une soumission de procuration non vérifiée et a demandé aux membres de ne pas tenir compte d'environ 800 bulletins de vote par procuration. En conséquence, l'ensemble du processus électoral a été interrompu et officiellement annulé. Bien que le vote par procuration fût procéduralement valide, l'invalidation massive a suscité de vives inquiétudes parmi les membres quant à la transparence et aux abus de pouvoir, alimentant des allégations selon lesquelles les contrôles internes étaient utilisés pour écarter les voix de l'opposition.

En arrière-plan, l'ICANN faisait déjà pression sur AFRINIC pour organiser une élection juste et en temps voulu. Elle a lancé un appel formel à des réformes procédurales, y compris la reconstitution du NomCom, une divulgation appropriée des informations aux membres et des garanties contre les ingérences administratives. Malgré cela, le séquestre nommé par le tribunal, Gowtamsingh Dabee, a reporté l'élection indéfiniment, invoquant des problèmes de sécurité et de gouvernance. Ce qui aurait dû être une étape importante pour le rétablissement institutionnel a au contraire dégénéré en une impasse hautement politique.

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Contentieux et effondrement de l'autorité

Les problèmes d'AFRINIC remontent à 2021, lorsque l'organisation s'est retrouvée impliquée dans des litiges avec Cloud Innovation. Le contentieux qui en a résulté a conduit au gel de ses comptes bancaires, à la paralysie de ses opérations et à un vide de gouvernance prolongé. Plusieurs décisions de justice ont confirmé le droit légal de Cloud Innovation à ses ressources IP, sapant les arguments d'AFRINIC sur les abus d'allocation. Alors que l'organisation luttait pour rester à flot, des fonctions clés – telles que la gestion des ressources et les élections – sont tombées en stase.

Les critiques affirment que la direction actuelle d'AFRINIC, agissant sous supervision judiciaire, a transformé les processus administratifs et juridiques en armes pour maintenir le contrôle plutôt que de faciliter une gouvernance légitime. L'élection annulée n'est pas qu'un simple retard technique – elle représente une crise institutionnelle plus profonde. Pour les petits FAI et opérateurs africains qui dépendent d'AFRINIC pour leurs ressources, l'imbroglio politique signifie une perte de représentation et une voix érodée dans la gouvernance régionale de l'internet.

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Ingérence politique déguisée en procédure régulière

Bien que les bulletins de vote par procuration aient été procéduralement valides, la décision d'AFRINIC de les rejeter en masse – invoquant des préoccupations de sécurité – a été largement perçue comme motivée politiquement. Les observateurs notent que la décision manquait de justification claire et a été appliquée de manière sélective. Plutôt que de garantir l'équité, l'action a effectivement empêché une partie de participer, soulevant des signaux d'alarme quant à l'impartialité interne.

Pendant ce temps, l'ICANN a intensifié son implication. Le 6 juin, elle a publiquement exhorté AFRINIC à corriger son processus électoral, et le 19 juin, elle a obtenu une ordonnance du tribunal mauricien obligeant le séquestre à publier un communiqué aux membres, à réformer le NomCom et à s'engager à organiser des élections sans retard injustifié. Cet épisode souligne une tension plus large: lorsqu'un registre régional tombe dans la tourmente judiciaire, les garanties internes peuvent être insuffisantes pour empêcher la politisation des processus démocratiques comme les élections du conseil d'administration.

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Une défaillance institutionnelle exige une réforme structurelle

L'incapacité à organiser une élection propre a des implications plus larges que le simple retard de gouvernance. Elle signale l'affaiblissement de l'épine dorsale institutionnelle d'AFRINIC. Avec des fonctions critiques suspendues, des ingérences juridiques et politiques incontrôlées et son mandat remis en question, AFRINIC est désormais moins perçue comme un gestionnaire de l'internet africain que comme une arène de pouvoir contestée.

Pour restaurer sa crédibilité, AFRINIC doit donner la priorité à une réforme structurelle. Cela inclut la mise en place d'un comité électoral indépendant, l'application de protocoles de vote transparents et cohérents, et la réduction de la dépendance judiciaire dans les affaires internes. Plus important encore, les élections doivent redevenir des mécanismes de représentation – et non des instruments de contrôle. Ce n'est qu'en dépolitisant ses fonctions essentielles qu'AFRINIC pourra retrouver sa légitimité et reprendre son rôle dans le soutien à la croissance numérique de l'Afrique.