Résumé

  • Pour une première allocation comprise entre /24 et /22, un FAI doit justifier au moins 25 % de besoin immédiat et prévoir 50 % d’utilisation en un an. Le bénéficiaire d’un transfert est soumis à la même logique de justification.
  • Une analyse opérationnelle publiée par LACNIC en 2025 estimait à environ 8 000 dollars le plus petit bloc disponible sur le marché. Il ne s’agit ni d’un tarif du registre ni d’un cours permanent, mais d’un seuil de capital révélateur.
  • L’enjeu n’est pas de recréer l’abondance. LACNIC peut rendre visibles les délais, les tailles de blocs et les résultats des premiers bénéficiaires, tout en clarifiant la portée de la préapprobation.

L’entrée se lit dans une suite, pas dans une clause

Vingt-cinq pour cent, cinquante pour cent, environ huit mille dollars : les trois chiffres ne viennent pas du même document, mais ils décrivent le même parcours.

Le Manuel des politiques de LACNIC demande à un FAI sollicitant un premier /24 à /22 de démontrer 25 % d’utilisation ou de besoin immédiat et de présenter un plan détaillé atteignant 50 % en douze mois. Sans bloc IPv6 LACNIC, une demande IPv6 doit être déposée en parallèle. Cette prudence limite l’accaparement et relie les ressources à une exploitation crédible.

Après épuisement, une demande approuvée ne prélève plus automatiquement un bloc dans un stock ordinaire. Pour recevoir un transfert, l’organisation de la région doit justifier son besoin comme s’il s’agissait d’une allocation initiale ou supplémentaire. Elle doit ensuite trouver un vendeur, financer l’opération, produire les documents et faire mettre à jour le registre.

L’examen détermine l’éligibilité, pas le financement. La Liste des transferts IPv4 possibles permet au bénéficiaire d’être préapprouvé. Elle ne garantit ni la disponibilité d’un /24, ni son prix, ni sa réputation technique.

La règle ne dit donc pas « priorité aux titulaires historiques ». L’inégalité naît de la séquence. Le nouvel entrant doit présenter un réseau assez réel pour être accepté, puis acheter la ressource qui l’aidera à rendre ce réseau commercialement crédible.

L’historique opérationnel est un avantage économique

Un titulaire établi possède plus qu’un stock d’adresses. Ses affectations clients, son utilisation, ses annonces de route, son DNS inverse, ses contacts d’abus et ses factures constituent un dossier. Lorsqu’il sollicite une extension ou négocie un transfert, il peut partir d’une production mesurable.

Le nouvel opérateur dispose nécessairement de moins d’archives. Un client peut attendre la preuve d’un adressage stable avant de signer. Une banque veut comprendre le coût d’accès. Un fournisseur amont peut proposer des adresses dépendantes du fournisseur, au prix d’une moindre portabilité. Le vendeur souhaite un acheteur capable de conclure. Chaque demande est raisonnable; leur combinaison crée une boucle : prouver avant de lancer, alors que le lancement produit la meilleure preuve.

Les acteurs établis restent soumis aux règles applicables. Leur avantage n’est pas une immunité, mais un actif déjà routé et l’information que cet actif a générée. Confondre égalité de formulaire et égalité d’incidence empêcherait le registre de voir cette différence.

Les /24 circulent davantage, sans preuve d’un accès abordable

Le rapport annuel 2024 de LACNIC a recensé 197 blocs transférés, soit 25 % de plus qu’en 2023. Le volume total d’adresses n’a pas augmenté, car davantage de /24 ont été concernés. Le rapport compte aussi 95 blocs IPv4, soit 77 824 adresses, et 659 attributions IPv6.

Une offre plus fragmentée peut mieux convenir aux petites entreprises. Mais le nombre de transactions ne dit pas si les nouveaux opérateurs peuvent payer, combien de préapprobations trouvent une contrepartie ni combien de dossiers sont abandonnés. Le journal public enregistre les blocs et les parties; il ne publie pas le prix.

L’estimation d’environ 8 000 dollars provient d’un article LACNIC d’août 2025. Elle doit rester datée et approximative. Les cotisations 2026 sont distinctes : 633 dollars par an pour la catégorie Nano, en dessous de /22, et 1 055 dollars pour Micro, en dessous de /20. Elles financent l’adhésion et les services; elles ne rémunèrent pas le cédant.

L’entrant supporte donc potentiellement le prix privé, les frais administratifs, le conseil et la remise en état d’un bloc déjà utilisé. L’écart entre cotisation et acquisition est précisément l’espace où l’égalité procédurale devient une contrainte de capital.

IPv6 d’abord ne signifie pas IPv4 inutile

LACNIC indiquait en 2025 compter plus de 13 000 organisations membres, dont plus de 1 600 fonctionnant exclusivement avec IPv6. Une architecture IPv6-mostly réduit rationnellement la quantité d’IPv4 nécessaire.

Il serait pourtant abusif d’assimiler chaque membre IPv6-only à un FAI empêché d’entrer. Une étude LACNIC sur les données de janvier 2023 a identifié 483 membres ayant reçu IPv6 mais pas IPv4 de LACNIC. Parmi eux, 343 avaient un ASN, 261 annonçaient tout ou partie de leur préfixe et 222 n’annonçaient pas le préfixe. Certains peuvent utiliser de l’IPv4 obtenu ailleurs ou poursuivre un autre objectif.

La catégorie montre néanmoins que participation institutionnelle et détention d’IPv4 sont désormais séparées. Un réseau peut recevoir IPv6 et participer à la communauté tout en devant résoudre la compatibilité avec des clients et destinations hérités. CGNAT, 464XLAT et l’espace fourni par un opérateur amont réduisent la quantité à acheter, mais ajoutent des journaux, des ports, du support ou une dépendance contractuelle.

Une stratégie sérieuse met IPv6 au centre et budgète honnêtement le complément IPv4, au lieu de nier son coût résiduel.

Mesurer l’incidence

LACNIC ne peut ni créer de nouvelles adresses ni garantir un vendeur bon marché. Elle peut publier des résultats agrégés : distinguer les premiers bénéficiaires des organisations déjà titulaires, mesurer le délai jusqu’à la préapprobation puis jusqu’au transfert, indiquer les tailles approuvées, les conclusions, expirations et retraits.

La préapprobation gagnerait aussi à être décrite comme un objet précis : faits vérifiés, durée de validité et limites. Un vendeur ou un financeur saurait alors ce qui a déjà été contrôlé, sans prendre le statut pour une garantie commerciale.

La neutralité post-épuisement ne consiste pas à promettre le même résultat à tous. Elle consiste à appliquer un contrôle étroit et à vérifier comment il frappe les organisations selon qu’elles arrivent avec ou sans stock historique.

Le désavantage du nouvel entrant n’est pas caché dans une interdiction. Il se situe entre les étapes : prouver, faire approuver, trouver, financer, enregistrer — puis seulement exploiter.

Sources