Résumé

  • L’export par pays d’AFRINIC contient à la fois des lignes de préfixes IPv4 et un champ slash_24. Compter les lignes et additionner ce champ ne répond pas à la même question.
  • L’Afrique du Sud compte 2 118 lignes et 106 145 unités /24 répertoriées ; l’Égypte, 187 lignes et 94 343 unités. L’export ne précise pas quel membre détient chaque préfixe.

Une ligne n’est pas une unité

La page de statistiques par pays d’AFRINIC présente plusieurs vues distinctes : les IPv4 en unités /24, les IPv6 en unités /32, les ASN et les membres enregistrés. Le fichier ZIP téléchargeable contient un CSV séparé pour chacune. Cette organisation rend une distinction essentielle visible, mais favorise aussi un raccourci tentant : compter les lignes de ressources comme si elles mesuraient l’espace d’adresses, ou diviser ces lignes par celles des membres pour obtenir une capacité moyenne par opérateur.

L’export ne permet pas ces calculs. Dans ipv4Data.csv, chaque ligne comporte un pays, une plage de préfixes et une valeur slash_24. Un préfixe peut correspondre à plusieurs unités /24. Le CSV ne contient ni nom d’organisation, ni identifiant de membre, ni autre clé stable de détenteur. memberData.csv indique des noms d’organisation et des pays, mais aucun identifiant de préfixe permettant de relier un membre à une ligne de ressource. Le pays est un libellé commun, pas une clé de relation.

La différence change l’image. Dans la copie consultée le 20 octobre 2026, l’Afrique du Sud apparaît dans 2 118 lignes IPv4. La somme des valeurs slash_24 correspondantes atteint 106 145 unités. L’Égypte apparaît dans 187 lignes, mais la somme du même champ atteint 94 343 unités. L’Afrique du Sud compte donc environ 11,3 fois plus de lignes, mais seulement 1,12 fois le total /24 indiqué. Ces valeurs décrivent les lignes et les champs de l’export. Elles ne prouvent pas que les plages sont uniques et sans chevauchement ; il faudrait vérifier séparément les règles de statut et les recouvrements.

Le fichier des membres comporte 2 629 lignes, contre 5 542 pour le fichier IPv4. Leur quotient ne donnerait pas un indicateur défendable des ressources par opérateur. Il manque la clé reliant chaque ligne de ressource à un membre ; une jointure par pays pourrait associer plusieurs membres à plusieurs entrées. Même une jointure correcte décrirait des inscriptions au registre, pas le nombre de réseaux exploités, de clients, de routes actives ou une capacité effectivement déployée.

Ce que les chiffres permettent de dire

L’export autorise des constats limités : le nombre de lignes IPv4 par pays, la somme des valeurs /24 répertoriées et l’écart entre ces deux mesures. La page d’AFRINIC nomme son indicateur « issued /24s » ; ses directives de gestion des ressources précisent que celles attribuées aux membres figurent dans WHOIS. Il s’agit d’une vue du registre, pas d’un recensement des fournisseurs de services ni d’une carte du trafic.

Le périmètre compte aussi. AFRINIC distingue les statistiques déléguées, qui couvrent les ressources allouées ou assignées, des statistiques étendues, qui incluent également les ressources disponibles, réservées et héritées. Il ne faut pas substituer silencieusement le total de l’export pays à l’inventaire étendu, à un contrôle de sécurité du routage ou à une mesure d’utilisation. Chaque vue répond à une question différente.

Le risque pratique tient au dénominateur. Un décideur peut prendre davantage de lignes pour davantage de capacité d’adressage. Un chercheur peut diviser les lignes par le fichier des membres et créer un ratio sans signification au niveau des opérateurs. Un planificateur réseau peut interpréter le pays inscrit comme la preuve d’une infrastructure déployée sur place. Ces erreurs ne supposent aucune donnée erronée : elles surviennent lorsqu’un champ valide sert à répondre à une autre question.

AFRINIC pourrait faciliter l’usage de ces données avec un dictionnaire versionné et daté : définition d’une ligne, états de ressources inclus, calcul des valeurs /24 et /32, et traitement des plages qui se chevauchent. Un tableau agrégé distinct pourrait présenter, par pays, les unités de ressources et les membres sans laisser entendre qu’ils se joignent au niveau des opérateurs. Si une analyse par opérateur répond à un besoin public légitime, elle exige une méthode documentée et respectueuse de la vie privée, ainsi qu’une explication claire de ce qu’elle mesure et de ce qu’elle ne mesure pas.

La conclusion est utile parce qu’elle reste circonscrite. L’export par pays présente des lignes de registre, des valeurs d’unités de ressources et un fichier distinct sur les membres. Il ne révèle pas la relation entre un membre et ses préfixes. Tant que le lien et le périmètre ne sont pas explicités, le nombre de lignes peut décrire la forme du fichier AFRINIC ; il ne peut ni compter les opérateurs ni mesurer la capacité disponible pour les usagers d’un pays.

Sources