Résumé
- La page actuelle d’AFRINIC donne la présidence du comité des finances à Carla Sofia Fernandes Sanderson, aux côtés d’Emmanuel Adewale Adedokun et de Laurent Kayemba Ntumba.
- La charte confie au comité l’examen du projet de budget, le suivi trimestriel, l’étude des tarifs, la politique d’investissement et la consignation des décisions d’investissement.
- Le budget 2026 prévoit 6 635 936 dollars de recettes, 6 609 595 dollars de charges d’exploitation et seulement 26 341 dollars d’excédent.
- Au 31 mars, AFRINIC déclarait 5 314 653 dollars de recettes, 851 155 dollars de charges et 6 586 940 dollars de réserve stratégique en espèces.
- Le paquet fixe de 18 sources ne contient ni recommandation budgétaire actuelle du comité, ni rapport trimestriel d’investissement, ni revue tarifaire, ni résolution 2025–2026 d’approbation du budget. Il ne permet pas d’affirmer qu’aucun travail interne n’a eu lieu.
Une réserve n’est pas encore une politique d’investissement
AFRINIC sépare correctement plusieurs données dans son rapport non audité du premier trimestre. Les avoirs en dollars atteignent 21 065 891 dollars, dont 6 586 940 dollars qualifiés de réserve stratégique. Les montants en roupies mauriciennes et en euros apparaissent à part ; ils ne doivent pas être additionnés au total en dollars sans conversion.
La réserve stratégique équivaut presque à une année entière de charges d’exploitation prévues pour 2026. Cette comparaison ne dit pas quel objectif officiel AFRINIC lui assigne. Elle montre simplement que l’enjeu est matériel. Une telle somme implique des choix de liquidité, d’échéance, de rendement, de contrepartie et de concentration.
Or la charte ne réduit pas le comité des finances à la réception d’un tableau. Elle lui demande de proposer puis d’appliquer une politique d’investissement, de rendre compte au conseil chaque trimestre, d’évaluer les placements, d’autoriser ceux qui restent dans ses limites, d’en recommander d’autres et de revoir régulièrement le portefeuille. Pour les réunions consacrées aux investissements, toutes les actions doivent être consignées. Le conseil reste l’unique organe autorisé à décider des investissements.
Le rapport Q1 signale aussi 106 475 dollars d’intérêts à recevoir comptabilisés dans les états audités de 2025. Mais il ne fournit ni politique en vigueur, ni ventilation agrégée du portefeuille, ni procès-verbal, ni décision du conseil, ni analyse trimestrielle signée par le comité. Un solde bancaire prouve l’existence de fonds. Il ne prouve pas que la chaîne de contrôle prévue par la charte a fonctionné.
Les trois noms publics ne suffisent pas à documenter l’action
La page des comités identifie Sanderson comme présidente, Adedokun et Ntumba comme membres. La charte prévoit au moins trois membres issus des administrateurs, avec le directeur général comme membre de droit, le directeur des finances comme interlocuteur consultatif, la présidence du comité d’audit comme observatrice et le conseil juridique sur demande. Elle exige aussi un examen annuel de la charte et de la performance du comité.
Ce dispositif est précis. Il permettrait de vérifier les présences, les conflits, les demandes adressées à la direction et les recommandations transmises au conseil. Le dossier public fixe ne contient toutefois aucun compte rendu actuel de performance, aucune date de réunion, aucun relevé de présence, aucune déclaration de récusation et aucune recommandation identifiable.
Il faut distinguer absence de publication et absence de travail. Des documents peuvent exister en interne. Certains détails bancaires ou commerciaux peuvent être confidentiels. La critique factuelle est plus étroite : le lecteur ne dispose d’aucune trace publique suffisante pour reproduire le passage du mandat aux décisions.
Le budget publié est un progrès, pas une autorisation
Le budget approuvé pour 2026 prévoit 6 635 936 dollars de recettes et 6 609 595 dollars de dépenses d’exploitation. L’excédent de 26 341 dollars représente environ 0,4 % des recettes. Cette marge est si mince qu’un écart limité sur les honoraires juridiques, les achats, les déplacements ou les infrastructures peut l’absorber.
Le document reconnaît le risque. AFRINIC promet des contrôles stricts, un suivi trimestriel, une hiérarchie entre dépenses essentielles et discrétionnaires, une politique d’utilisation des réserves, une surveillance renforcée des achats, une renégociation avec les fournisseurs et une révision à mi-année. Il réserve 290 000 dollars aux frais juridiques, dont 250 000 dollars aux conseils externes. Il programme 1 265 875 dollars d’investissement, principalement pour MyAFRINIC V2 et l’infrastructure.
Ces éléments vont au-delà d’un slogan. Mais le mot « approuvé » placé sur la couverture n’indique pas la date, l’auteur ou l’instrument d’approbation. Les statuts d’AFRINIC confient au conseil la détermination du budget et des plafonds de dépense. L’index public des réunions et résolutions visible dans le paquet s’arrête aux pages annuelles de 2022. Aucune résolution budgétaire 2025 ou 2026 n’y est identifiable.
La charte du comité demande en outre l’examen des projets budgétaires. Le document public ne joint ni avis du comité, ni réserves, ni conditions, ni réponse du conseil. Présenter le budget à l’AGMM, rôle attribué à la présidence du comité dans l’ordre du jour 2026, est utile. Présenter n’est pas autoriser.
Le premier trimestre contient précisément les écarts à expliquer
AFRINIC a comptabilisé 5 314 653 dollars de recettes au 31 mars, soit 83 % du budget annuel des recettes de redevances. Ce chiffre ne signifie pas automatiquement que 83 % des encaissements annuels ont déjà été reçus. Les charges d’exploitation, elles, atteignent 851 155 dollars, soit 13 % du budget. Les charges administratives sont à 16 %, les dépenses de distribution à 6 %.
Les investissements matériels n’atteignent que 3 127 dollars sur 1 265 875 dollars autorisés. MyAFRINIC V2 est à zéro sur 650 000 dollars ; l’infrastructure est à 3 127 dollars sur 573 200 dollars. Les frais juridiques sont de 36 405 dollars, soit 13 % de leur enveloppe annuelle.
Ces rythmes ne constituent pas en eux-mêmes une défaillance. La facturation des adhésions peut être concentrée au début de l’année ; un appel d’offres important peut produire des paiements plus tard. Mais cette asymétrie rend le contrôle trimestriel indispensable. Il devrait dire quels écarts sont calendaires, quels projets sont en retard, quels marchés ont été engagés, quels risques menacent la livraison et quelles corrections ont été recommandées.
Le rapport financier donne les chiffres de départ. Il ne donne pas l’analyse du comité. En l’absence de cette seconde couche, le public doit deviner si le faible niveau d’investissement est normal ou problématique.
Les redevances doivent suivre les fonctions
Les recettes de redevances représentent environ 96,1 % des recettes prévues. Elles financent à la fois l’exploitation du registre, l’infrastructure, les réunions, les voyages, la formation, l’engagement, les contributions institutionnelles et les activités juridiques.
La doctrine de Heng Lu impose ici une question plus rigoureuse que « la dépense est-elle utile ? » : quelle dépense est causée par la fonction minimale de registre, et quelle dépense relève d’une ambition institutionnelle distincte ? Les redevances nécessaires à la tenue des registres, à la sécurité, à l’audit, à la continuité, aux transferts et au soutien peuvent être calculées. Plaidoyer, représentation, événements, stratégie contentieuse et action discrétionnaire doivent être identifiés séparément, faute de quoi l’opérateur finance un ensemble indivisible sans pouvoir juger le prix de la continuité.
La charte charge justement le comité d’examiner périodiquement les changements de tarifs. Pourtant, aucune revue tarifaire actuelle ni carte « redevance-fonction » n’est identifiable dans les 18 sources. Le budget présente des rubriques ; il n’explique pas quelle redevance paie quelle fonction ni quelle option le membre pourrait refuser sans risquer la reconnaissance du registre.
Une autorité contestée a besoin de davantage de pièces
AFRINIC présente les membres du comité comme des administrateurs actuels. Un communiqué commun d’octobre 2025 avec le Receiver annonçait la constitution des comités après l’élection de septembre. En sens contraire, la propre mise à jour d’AFRINIC reconnaissait que la décharge formelle du Receiver restait pendante à la date indiquée et que des procédures contestaient les nominations postélectorales.
NRS parle de « Purported Board », rejette l’idée qu’une annonce électorale ou une inscription au registre des sociétés suffise et réclame résolutions, délégations, budgets, plafonds de dépense, instructions du Receiver et chaîne bancaire. Il s’agit de la position juridique et militante de NRS, non d’une conclusion judiciaire établie par ce dossier.
Cette attribution n’affaiblit pas la question financière. Elle la précise. Quand l’autorité est contestée, la résolution, la recommandation, le mandat et le procès-verbal sont les meilleurs moyens de montrer qui pouvait décider. Le vocabulaire de la stabilité ou de la communauté ne remplace aucun de ces instruments.
Le dossier qui permettrait de conclure
AFRINIC pourrait publier une note d’activité du comité pour 2025–2026 : dates, présences, récusations, recommandation budgétaire et réponse du conseil. Elle pourrait donner la référence de la résolution approuvant le budget et les plafonds, puis un tableau trimestriel expliquant les écarts et l’état des grands projets.
Pour les réserves, une synthèse peut divulguer classes d’actifs, échéances, rendement agrégé, limites de contrepartie, liquidité, exceptions et autorisations sans livrer les numéros de compte. Pour les redevances, une carte des coûts peut séparer la fonction de registre des activités institutionnelles. Pour chaque champ retenu, AFRINIC peut indiquer le motif et la date de réexamen.
Le constat final reste borné. AFRINIC a publié un budget et un rapport Q1 qui apportent des informations substantielles. Le paquet public ne montre pas comment le comité des finances actuel a exercé les responsabilités plus larges prévues par sa charte. C’est une lacune de responsabilité publique, pas la preuve qu’aucun travail interne n’a été réalisé ni qu’un administrateur, le Receiver, un salarié, un conseil, un avocat ou un soutien a commis un acte illégal.
L’enquête longue de BTW sur les honoraires juridiques figure plus bas comme lecture complémentaire. Elle ne remplace pas cette actualité datée sur la trace publique du comité des finances.
Sources
- Page actuelle des comités du conseil d’AFRINIC
- Charte du comité des finances d’AFRINIC
- Résumé financier 2025 d’AFRINIC
- Archives des états financiers d’AFRINIC
- Budget approuvé 2026 d’AFRINIC
- Performance financière non auditée du premier trimestre 2026
- États financiers audités 2025 d’AFRINIC
- Index des réunions et résolutions d’AFRINIC
- Page actuelle du conseil d’AFRINIC
- Statuts d’AFRINIC
- Mise à jour d’AFRINIC sur le conseil, le Receiver et les contentieux
- Déclaration d’action de NRS et demandes de pièces d’autorité
- Heng Lu : The Policy Mirror et la séparation redevance-fonction
- Heng Lu : le problème d’agence au cœur de la gouvernance de l’Internet
- LARUS : comment la gouvernance des RIR peut toucher l’infrastructure
- Lecture complémentaire BTW : l’affaire des honoraires juridiques d’AFRINIC
- Ordre du jour de l’AGMM 2026 d’AFRINIC
- Communiqué commun d’octobre 2025 constituant les comités


