- L'effondrement d'AFRINIC a révélé de profondes défaillances dans la gouvernance de l'internet, suscitant des appels à une réinitialisation structurelle.
- Cloud Innovation mène la charge pour dissoudre AFRINIC, exhortant l'ICANN et la NRO à nommer un RIR successeur.
Un registre en chute libre
La descente d'AFRINIC dans le dysfonctionnement couve depuis des années. Depuis qu'il a été placé sous séquestre ordonné par le tribunal en 2023, le registre n'a pas réussi à rétablir même les structures de gouvernance de base. Sans conseil d'administration opérationnel depuis 2022 et sans direction exécutive en place, il est devenu un exemple classique de registre défaillant. Les dossiers judiciaires et les multiples communiqués d'AFRINIC elle-même confirment qu'il reste dans un état de paralysie prolongé.
Les élections ordonnées par le tribunal, destinées à rendre AFRINIC au contrôle communautaire, ont été reportées ou annulées à plusieurs reprises en raison de conflits internes. Plus récemment, l'élection de 2025 a été annulée pour une seule contestation de procuration, bien que la grande majorité des votes aient été valides. Cela a mis en évidence les normes électorales inapplicables et a encore érodé la confiance dans la gouvernance. Le résultat est clair: AFRINIC s'est effondrée sous le poids de ses propres structures défaillantes.
Cloud Innovation pousse à la dissolution
Pour Cloud Innovation, troisième plus grand membre d'AFRINIC, le temps de la réparation interne est révolu. Après les élections ratées de 2025, l'entreprise a appelé à la dissolution immédiate d'AFRINIC, décrivant son état actuel comme irréparable. Comme ils l'ont déclaré dans une demande officielle aux tribunaux mauriciens, la seule solution viable est une réinitialisation nécessaire: une mesure qui protégerait l'espace d'adressage IP de l'Afrique contre une mauvaise gestion supplémentaire.
En parallèle, Cloud Innovation a appelé l'ICANN et la Number Resource Organization (NRO) à nommer immédiatement un nouveau registre Internet régional (RIR). L'objectif est d'assurer la continuité de l'administration des ressources IP critiques de l'Afrique. Sans action décisive, le continent fait face à un risque croissant de déconnexion, de stagnation du développement de l'internet et de perte de souveraineté numérique.
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La prise de pouvoir silencieuse de l’ICANN
Le rôle de l'ICANN dans la crise d'AFRINIC est passé de celui d'observateur passif à celui d'exécutant agressif. Ces dernières semaines, le PDG Kurt Lindqvist a envoyé une lettre au séquestre nommé par le tribunal d'AFRINIC pour exiger des éclaircissements sur l'élection annulée et laissant entendre une éventuelle déreconnaissance. L'ICANN a invoqué sa politique controversée ICP-2 — une mesure que de nombreux observateurs considèrent comme une prise de pouvoir silencieuse qui menace de passer outre les principes de gouvernance ascendante.
Les critiques affirment que l'ICANN étend excessivement sa portée et sape les tribunaux en tentant d'installer sa structure de direction préférée. Ce comportement signale un passage troublant de la neutralité à l'interventionnisme. Bien que l'ICANN ait par la suite fait marche arrière sur les menaces de déreconnaissance, l'épisode souligne à quel point l'organisation est prête à contourner son propre processus multipartite lorsque cela sert son agenda mondial.
Quelle est la suite ?
La demande légale de dissolution d'AFRINIC est maintenant devant un tribunal mauricien. Si le tribunal accepte la requête, AFRINIC pourrait être officiellement dissoute, ouvrant la voie à un nouveau modèle de gouvernance sous une autorité plus compétente et neutre. Cependant, si l'organisation parvient d'une manière ou d'une autre à tenir des élections légitimes sous la supervision du séquestre, elle pourrait se voir accorder une dernière chance de se réformer — bien que la confiance dans ce résultat s'estompe rapidement.
L'avenir de la gestion des ressources internet en Afrique est en jeu. Ce qui est clair, c'est qu'AFRINIC, telle qu'elle est, est devenue une institution irrémédiablement défaillante. La voie vers la réforme ne sera pas pavée de procédures creuses, mais de véritables changements structurels — ce que Cloud Innovation et d'autres exigent maintenant avec une urgence croissante.

