- Une injonction d'urgence suspend l'enquête du juge Ohsan-Bellepeau sur l'AFRINIC, invoquant des violations du droit des sociétés.
- La décision judiciaire est perçue comme une défense de l'indépendance judiciaire face aux excès de l'exécutif.
Les critiques dénoncent une ingérence politique
À Maurice, le pouvoir judiciaire a tracé une ligne rouge, mettant un coup d'arrêt à une enquête soutenue politiquement sur le Centre d'Information du Réseau Africain (AFRINIC) quelques semaines seulement avant l'élection cruciale de son conseil d'administration.
La Cour suprême a émis une injonction d'urgence empêchant le juge puîné Nicolas Ohsan-Bellepeau de poursuivre son rôle d'Inspecteur Spécial, une fonction créée par une proclamation du Registraire des sociétés à la mi-juillet — une décision soutenue par le bureau du Premier ministre.
La cour a statué sur une demande urgente de parties prenantes qui soutenaient que l'étendue de l'enquête violait la Partie XV de la Loi mauricienne sur les sociétés, qui régit les inspections d'entreprises. La décision interdit également au Registraire de nommer ou de mandater tout inspecteur pour mener une enquête au-delà de ces limites légales.
La suspension intervient à un moment politiquement sensible. L'AFRINIC, le registre chargé de l'attribution des adresses IP en Afrique, doit tenir l'élection de son conseil d'administration le 29 août — un scrutin déjà critiqué par certains comme étant vicié sur le plan procédural. La nomination du juge Ohsan-Bellepeau le 25 juillet par le président Dharambeer Gokhool a suscité des inquiétudes en raison de son mandat large et indéfini, sans limites temporelles ni frontières statutaires claires.
La Cour suprême a fixé une audience au 13 août pour décider si l'injonction doit être prolongée.
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Pourquoi c'est important
L'AFRINIC joue un rôle central dans l'infrastructure Internet de l'Afrique en tant que l'un des cinq registres Internet régionaux au monde. Ses décisions affectent directement la souveraineté numérique de plus de 50 pays africains.
Depuis près de trois ans, l'organisation est paralysée par des conflits de gouvernance, des élections contestées et des litiges — y compris un conflit très médiatisé. En juin, l'AFRINIC a organisé une élection partielle du conseil d'administration dans le but de rétablir l'ordre, mais les allégations d'irrégularités et de règles opaques ont encore entamé la confiance.
L'intervention de la cour est saluée par les observateurs juridiques comme une défense vitale de l'indépendance judiciaire face aux abus de l'exécutif. Les critiques estiment que permettre au bureau du Premier ministre d'influencer la gouvernance de l'AFRINIC par le biais d'une enquête au cadre trop large aurait pu compromettre le rétablissement fragile de l'organisation et créer un précédent dangereux d'ingérence politique dans la gouvernance de l'Internet.
La décision souligne que même dans l'environnement conflictuel et à enjeux élevés de la gouvernance numérique en Afrique, l'État de droit reste un contrepoids au pouvoir politique — et, pour l'instant, les tribunaux sont disposés à le faire respecter.

