Résumé
- AMS-IX indique qu’EG-IX a transporté 1,22 EB entre janvier et septembre 2026, contre 480 PB sur l’ensemble de 2025, avec un pic de 945 Gb/s, 37 ports actifs et 3,2 Tb/s de capacité de ports.
- Ces données décrivent l’extension et l’utilisation de l’échange ; elles ne quantifient ni les flux entre réseaux égyptiens, ni les gains de latence, ni les économies nettes pour un membre ou un utilisateur.
La comparaison qui frappe est aussi celle qui demande le plus de précautions : neuf mois de trafic déclarés en 2026 dépassent déjà le total de l’année 2025. Pour AMS-IX, EG-IX a échangé 1,22 exaoctet de janvier à septembre, après 480 pétaoctets sur douze mois l’année précédente. À la fin du troisième trimestre, le pic atteignait 945 Gb/s, tandis que 37 ports actifs représentaient 3,2 Tb/s de capacité. L’échelle s’accroît nettement. Mais un volume agrégé ne constitue pas à lui seul une preuve de valeur locale.
Un acheteur réseau ne cherche pas seulement à savoir si le trafic augmente. Il veut connaître les routes qui ont changé, les destinations qui passent désormais par l’échange et le coût total de cette décision. Un opérateur public voudra plutôt savoir si les abonnés bénéficient d’un service plus rapide ou plus stable. Les mêmes chiffres de plateforme ne répondent pas automatiquement à ces deux questions.
Ce que montrent les indicateurs publiés
La mise à jour d’octobre 2026 attribue à EG-IX 19 réseaux connectés, comptés par numéro de système autonome, contre quatre au lancement en avril 2022. Elle compare aussi neuf ports actifs en 2023 à 37 au troisième trimestre 2026, et 0,7 Tb/s de capacité à 3,2 Tb/s. Le pic est passé, selon AMS-IX, de 89 Gb/s en 2023 et 338 Gb/s en 2025 à 945 Gb/s au troisième trimestre 2026. La fiche « Facts & Figures » de 2025 donne pour Le Caire 18 parties connectées, 30 ports, 2,56 Tb/s de capacité et un pic de 337,9 Gb/s.
Elle parle de « parties », tandis que la publication de 2026 précise des réseaux mesurés en AS ; les deux libellés ne doivent pas être confondus pour calculer une progression exacte.
La comparaison de volume est encore moins une série homogène. Les 1,22 EB couvrent janvier à septembre 2026 ; les 480 PB couvrent toute l’année 2025. On peut dire que le total publié pour neuf mois dépasse deux fois et demie celui de l’année précédente. On ne peut pas en déduire un taux annuel de croissance comparable sans les mêmes fenêtres, une méthode de comptage et les valeurs mensuelles. La publication ne donne pas non plus de ventilation par réseau, sens de circulation ou destination. Le chiffre peut refléter plusieurs facteurs combinés ; les sources publiques examinées ne permettent pas de les séparer.
Les ports et la capacité répondent à une autre question : combien d’accès et de capacité sont installés ou actifs. La page des membres d’EG-IX présente des lignes de ports, des débits, des AS et des politiques « Open » ou « Selective » ; plusieurs AS apparaissent sur plusieurs ports. Sa page technique décrit un routeur par port client et des protections de couche 2. Un port supplémentaire peut fournir de la capacité ou de la redondance à un membre déjà présent. Il ne représente pas nécessairement un nouvel opérateur, un itinéraire distinct ou un second site physique.
Le Caire est le lieu d’échange ; la route reste une décision réseau
Un point d’échange fournit un commutateur et un lieu où les réseaux peuvent s’interconnecter. Les opérateurs décident ensuite des préfixes qu’ils annoncent, des routes qu’ils acceptent et de la politique appliquée à chaque relation. Le RFC 7947 de l’IETF explique qu’un serveur de routes distribue des informations de joignabilité aux participants ; il ne transmet pas lui-même les paquets. La présence d’une route sur une session BGP et le volume de paquets réellement acheminés sont donc deux formes de preuve différentes.
Le terme « local » peut désigner plusieurs réalités. Deux routeurs peuvent se connecter dans le même échange au Caire ; leur trafic peut alors éviter un détour par un opérateur de transit. La destination peut néanmoins se trouver hors d’Égypte. Un fournisseur de contenu peut être présent à l’échange sans y annoncer le préfixe demandé par un membre donné. Et une route plus directe n’est pas nécessairement une amélioration perceptible pour l’utilisateur final. Avant de calculer une « part locale », il faut préciser si l’on mesure le lieu d’interconnexion, le trajet entre réseaux, la localisation du service ou la performance vécue.
Telecom Egypt et AMS-IX ont lancé EG-IX en 2022 comme plateforme ouverte, hébergée au Regional Data Hub de Smart Village, à l’ouest du Caire, et reposant sur le modèle IXaaS d’AMS-IX. Le communiqué de lancement présentait cette architecture comme un moyen d’améliorer l’expérience numérique et de renforcer le rôle régional de l’Égypte. En octobre 2026, AMS-IX voit dans l’expansion du groupe de participants davantage d’occasions d’échanges directs et la possibilité de faire du Caire un carrefour régional. L’ambition est plausible ; les chiffres disponibles n’isolent pas encore les bénéfices réalisés.
Cela ne signifie pas que les membres ne détiennent pas de données plus précises. Un opérateur peut examiner ses propres flux, tables de routage et factures. Mais la preuve utile doit comparer les mêmes destinations, le même trafic et des fenêtres comparables : qu’aurait coûté et pris le trajet sans la relation locale ? Une annonce agrégée ne fournit pas ce contrefactuel.
Construire une mesure que le client peut utiliser
Pour établir la valeur d’un nouvel échange, un groupe de membres consentants pourrait publier des résultats agrégés sur des destinations définies. L’analyse identifierait les préfixes ou AS concernés, la part du trafic effectivement échangée à EG-IX et la part qui reste sur le transit ou une autre interconnexion. Il faudrait préciser les compteurs, le sens des flux et les limites de géolocalisation. Une session active ou un préfixe annoncé ne prouve pas que des paquets ont circulé.
Le même groupe pourrait suivre la latence médiane et de queue, la perte de paquets et la disponibilité vers un ensemble stable de services, depuis les mêmes réseaux d’accès et aux mêmes heures. Une comparaison avant/après est utile, mais elle doit tenir compte d’autres changements : emplacement des caches, composition de la demande, politiques des fournisseurs amont ou événements sur les câbles. Il ne faut pas attribuer au point d’échange une amélioration qui découlerait d’un changement extérieur.
Le test économique doit inclure les frais évités et les coûts ajoutés : transit, port, cross-connect, colocation, capacité, collecte, redondance et exploitation. Le prix d’un service est défini dans son ordre de service et non dans la seule statistique de trafic. Les conditions générales publiées par EG-IX décrivent un processus d’acceptation des ordres, des approbations de sécurité et de régulation — notamment auprès de la NTRA — et précisent que le prix et la durée figurent dans les documents applicables. Les conditions particulières peuvent détailler le service.
Il serait donc imprudent d’assimiler « accès ouvert » à un tarif public uniforme ou à une prestation garantie sans examiner l’accord concerné.
La distinction de la Note 73 de Heng Lu entre participation et résultat peut s’appliquer ici sans assimiler les institutions : une liste de réseaux plus longue prouve une participation plus large ; un total de trafic atteste davantage d’usage. Ni l’une ni l’autre mesure ne prouve par elle-même une baisse de facture ou un service amélioré pour l’abonné. Il faut mesurer l’effet après la connexion.
Les opérateurs peuvent déjà considérer EG-IX comme une option de route en expansion et s’appuyer sur les chiffres publiés pour planifier la capacité. Ils ne devraient toutefois pas inscrire des économies de transit ou un gain de latence supposés dans leurs prévisions sans données sur leurs destinations et leurs coûts. Un investisseur peut constater une adoption croissante tout en séparant ce constat du chiffre d’affaires par port, de la marge, du taux d’utilisation ou de la durée des contrats, absents du communiqué cité.
Les pouvoirs publics peuvent reconnaître le potentiel du réseau sans présenter le volume agrégé comme un résultat déjà démontré pour les utilisateurs.
Les 1,22 EB sont donc une donnée forte sur l’activité rapportée, mais incomplète pour certaines décisions. Le Caire peut avoir un échange en croissance et utile, alors que la valeur locale reste à mesurer publiquement. Des données sur les destinations, les routes, les performances et les coûts permettraient de démontrer où le bénéfice existe, où il se concentre et quelles relations manquent encore.
Sources : mise à jour Q3 2026 d’AMS-IX sur EG-IX ; Facts & Figures 2025 d’AMS-IX ; annonce de lancement de Telecom Egypt en 2022 ; service Internet Peering d’EG-IX ; membres et détails techniques d’EG-IX ; conditions générales d’EG-IX ; RFC 7947 de l’IETF ; Note 73 de Heng Lu. ; détails techniques d’EG-IX ; fiche PeeringDB datée, exclue des chiffres actuels
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