• Les élections suspendues de l’AFRINIC, la mise sous séquestre prolongée et les enquêtes étatiques ont transformé un organisme technique en un test de résistance constitutionnelle.

• Les nouvelles règles mondiales sur la reconnaissance et la déreconnaissance des RIR soulèvent de nouvelles questions quant à savoir qui gouverne en dernier ressort les ressources de numéros IP de l’Afrique.


Un registre où la gouvernance a échoué

Les faits de base sont difficiles à ignorer: le séquestre désigné par le tribunal a annulé l’élection du conseil d’administration de l’AFRINIC en 2025 après une semaine de vote en ligne et un scrutin en présentiel le 23 juin, invoquant des problèmes d’intégrité et promettant un redémarrage sous une vérification plus stricte. Cette décision est intervenue après des mois de plaintes concernant les listes électorales, les procurations et des irrégularités présumées, l’ICANN avertissant que la conduite du scrutin pourrait déclencher un examen de conformité. Pendant ce temps, la presse technique a relaté le manque d’explication de l’annulation et ses vastes implications pour un registre qui est sans conseil d’administration et sans direction depuis des années. Pour de nombreux observateurs, ce bilan a fait passer l’AFRINIC de « en difficulté » à clairement non fonctionnel.

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Tests de résistance constitutionnelle à Port-Louis

La rupture de gouvernance s’est étendue au droit public. En juillet, Maurice a désigné l'AFRINIC comme une « entreprise déclarée », déclenchant une enquête dirigée par un inspecteur en vertu de la loi sur les sociétés; le journal officiel rapporte que les nouvelles allocations d’adresses IP sont bloquées depuis novembre 2024, ternissant la réputation de la juridiction. La nomination d’un juge de la Cour suprême en tant qu’inspecteur spécial – et son retrait ultérieur – ont suscité des commentaires juridiques selon lesquels l’exécutif aurait outrepassé les normes constitutionnelles relatives à l’indépendance judiciaire. Cloud Innovation, un membre majeur de l'AFRINIC, a déposé une plainte constitutionnelle contestant les actions du gouvernement, accentuant l’examen des garanties de séparation des pouvoirs. Pour les observateurs internationaux, le dossier AFRINIC est devenu un prisme pour évaluer comment Maurice gère les frictions institutionnelles sous pression.

Le plan de gouvernance de l’ICANN soulève de nouveaux enjeux

Un développement parallèle qui façonne les perceptions externes est la volonté de remplacer les critères ICP-2 de 2001 par un nouveau « Document de gouvernance des RIR » qui, s'il est adopté, codifierait la reconnaissance, les obligations opérationnelles et – surtout – la déreconnaissance des registres régionaux. Ses partisans le présentent comme une remise en ordre attendue; d'autres craignent qu'un déclencheur d'audit élargi ne fasse pencher l'autorité en faveur de l'ICANN et au détriment des communautés RIR.

La consultation publique est active, avec des projets publiés par l'ICANN et les RIR, et un calendrier de consultation s'étendant jusqu'à fin 2025. Quelle que soit l'intention, le moment – arrivant alors que la crédibilité de l'AFRINIC s'effondre – suscite des inquiétudes en Afrique quant au fait que des règles destinées à stabiliser le système pourraient, dans la pratique, centraliser la mainmise sur les ressources de numéros du continent.

Ce à quoi une remise à zéro pourrait ressembler – et qui devrait la piloter

Avec les allocations gelées et la confiance érodée, certaines parties prenantes estiment qu'une remise à zéro est inévitable. Cloud Innovation a publiquement demandé une dissolution de l'AFRINIC sous supervision judiciaire et des mesures immédiates de l'ICANN et de la NRO pour mettre en place un registre successeur afin que les réseaux africains puissent recevoir des ressources de numéros sans interruption supplémentaire. L'ICANN, pour sa part, a déclaré ne pas chercher à dissoudre l'AFRINIC, mais ses lettres soulignent que la reconnaissance dépend d'une gouvernance crédible et d'élections légales. Les observateurs internationaux posent donc des questions pragmatiques: peut-on organiser une nouvelle élection qui satisfasse à la fois le droit mauricien et la confiance mondiale ? Dans le cas contraire, une transition – temporaire ou permanente – protégerait-elle mieux les opérateurs qu'un nouveau cycle de litiges ? Sans solution durable, le mélange de scrutins annulés, d'escarmouches constitutionnelles et de règles mondiales en évolution laisse la gestion des adresses IP de l'Afrique dans les limbes.