Résumé

  • Web Intents voulait confier au navigateur l’aiguillage entre services en ligne. Un site demandait de retoucher ou partager une photo; le navigateur présentait les services capables de le faire, et l’utilisateur choisissait.
  • Chrome a testé cette idée dans sa version stable en 2012, tout en réservant l’inscription des services aux manifestes du Chrome Web Store. L’expérience a été désactivée à partir de Chrome 24. En 2013, le W3C a rangé le texte parmi les notes de groupe de travail.

Faire retoucher une photo sans signer de partenariat

En août 2011, l’équipe de Chromium imaginait un petit hébergeur de photos incapable de financer son propre éditeur. Son choix habituel consistait à construire l’outil ou à négocier une connexion avec un prestataire précis. Web Intents proposait de demander simplement une action « modifier », avec une image, puis de laisser le navigateur trouver un service. La promesse était séduisante pour les jeunes sites : ajouter une fonction sans laisser un accord commercial décider de chaque bouton.

La spécification du W3C décrivait trois acteurs. La page cliente formulait la tâche et transmettait des données. La page de service annonçait les actions et les types de données qu’elle savait traiter. Le navigateur effectuait l’appariement, présentait le choix et ramenait éventuellement le résultat. Le document opposait ce mécanisme au lien ordinaire : le lien donne une adresse, l’intention donne un travail à accomplir. La destination pouvait ainsi cesser d’appartenir au site d’origine.

Qui apparaît dans la liste ?

Un aiguillage ouvert n’existe que si les services peuvent entrer et si l’utilisateur comprend où part son image. Le projet demandait une inscription du service sur sa propre origine et une correspondance entre l’action et le type de données. Le navigateur ne pouvait remettre la tâche à un service découvert sans geste spécifique de l’utilisateur. Il ne devait pas non plus permettre à une page de dresser silencieusement l’inventaire des services enregistrés par cette personne. Les choix répétés pouvaient devenir plus rapides grâce à des préférences, mais la configuration restait sous contrôle de l’utilisateur.

Le navigateur gagnait donc un rôle nouveau : tenir le carnet d’adresses, afficher les candidats et décider du moment où les données franchissaient la frontière entre deux sites. L’entreprise qui fabrique cet écran tient aussi une partie de la concurrence entre prestataires.

Une expérience dans un navigateur stable

Le 15 mai 2012, Chromium annonçait une version expérimentale dans la version stable de Chrome. Le code de l’API portait encore un préfixe et pouvait changer sans compatibilité. Surtout, les services ne pouvaient alors s’inscrire qu’au moyen du manifeste d’une application du Chrome Web Store. L’équipe espérait retirer cette restriction une fois l’API stabilisée. Le navigateur distribuait une démonstration d’aiguillage ouvert avec une porte d’entrée qui passait par sa propre boutique.

Cette limite permettait de tester, mais elle bornait aussi ce que le test pouvait apprendre. Une page quelconque ne pouvait pas simplement publier son annonce de service et rejoindre le sélecteur. Le filtre expérimental décidait d’abord qui avait le droit de figurer sur la liste.

Le 1er novembre 2012, Greg Billock écrivait à la liste du W3C que la prise en charge expérimentale était désactivée à partir de Chrome 24. L’équipe avait identifié des difficultés dans l’API et dans l’expérience précise proposée par Chrome. Le message ne donnait ni taux d’utilisation ni faute unique à corriger. Il fermait pourtant l’essai public lancé quelques mois plus tôt.

Un texte conservé, un sélecteur abandonné

La note du W3C du 23 mai 2013 a conservé la mécanique tout en constatant l’arrêt du parcours vers une recommandation. Les groupes n’avaient effectué aucun test d’interopérabilité. Le bilan du W3C de juin 2013 désignait les problèmes non résolus d’intégration dans les interactions avec l’utilisateur. Il fallait encore rendre crédible le moment où une personne choisit le service qui recevra ses données. Le problème d’aiguillage était aussi un problème de confiance.