• Un seul vote par procuration contesté a conduit le NomCom d’AFRINIC à suspendre et annuler l’ensemble de l’élection du conseil d’administration le 26 juin, privant de nombreux membres de leur droit de vote.
  • L’ICANN a officiellement réprimandé AFRINIC, avertissant de possibles mesures réglementaires, et la Cour suprême de Maurice a fixé une nouvelle date limite pour l’élection au 30 septembre.

Une procuration, des centaines de votes perdus

Le 23 juin 2025, AFRINIC a tenu son élection tant attendue du conseil d’administration, permettant le vote en ligne et en personne. Pour permettre la participation des zones moins connectées, de nombreux membres – en particulier les petits FAI – ont eu recours au vote par procuration via des sociétés comme Number Resource Limited (NRL). Mais quelques minutes avant la clôture du scrutin, le Comité de nomination d’AFRINIC (NomCom) a brusquement interrompu le processus après que le personnel a signalé un seul bulletin de procuration contesté – rapidement qualifié de « procuration fantôme ».

Malgré l’absence de preuve évidente de fraude coordonnée, le NomCom a invalidé l’ensemble de l’élection le 26 juin, invoquant des irrégularités potentielles.

Cette décision a immédiatement suscité une vive réaction. NRL a confirmé que moins de 20 % de ses procurations soumises avaient été comptabilisées lorsque le vote a été arrêté (procurations NRL). Les critiques ont averti que l’interruption de l’élection sur la base d’une seule procuration contestée privait injustement de leurs droits des centaines de membres, dont la plupart s’étaient conformés aux règles et normes documentaires établies par AFRINIC. Le vote par procuration, selon eux, était depuis longtemps un mécanisme nécessaire – et accepté – pour inclure la communauté technique dispersée de l’Afrique.

Ce n’est pas la première fois que le système électoral d’AFRINIC fait l’objet de critiques.

Les gens étaient déjà frustrés bien avant le désastre de cette année. En 2023, la transition du conseil d’administration a échoué après des différends sur la manière dont les votes par procuration ont été traités et qui décidait des règles. Il y a eu une enquête interne, mais elle n’a abouti à rien. Ce qui a aggravé les choses, c’est que le NomCom – censé rester neutre – est désigné par le conseil même qu’il est censé superviser. C’est une pomme de discorde depuis des années. Après tout cela, les gens se sont mis à dire tout haut ce qu’ils murmuraient auparavant: peut-être que le NomCom doit disparaître.

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Intervention de l’ICANN, mais la confiance peut-elle être rétablie ?

Quelques jours plus tard, l’ICANN, l’organisme mondial de coordination de l’Internet, est officiellement intervenu. Il a publié des déclarations appelant à la transparence et a averti AFRINIC d’éventuelles sanctions. Début juillet, la Cour suprême de Maurice s’est rangée du côté de l’ICANN et a ordonné que l’élection soit reprise sous contrôle judiciaire, fixant une nouvelle date limite au 30 septembre 2025. Un administrateur judiciaire, Gowtamsingh Dabee, a été nommé pour superviser le processus et assurer la conformité.

Pourtant, les atteintes à la confiance de la communauté pourraient être plus difficiles à réparer. Les préoccupations concernant la prise de décision interne d’AFRINIC n’ont pas commencé cette année. Les membres ont déjà remis en question le poids réel de la communauté élargie, surtout lorsque des décisions clés sont prises sans procédures claires. Ce qui s’est passé en 2025 n’a fait qu’amplifier ces inquiétudes. Un seul différend sur une procuration a conduit à une annulation totale – sans preuve publique et sans appel formel. Pour beaucoup, cela a confirmé avec quelle facilité le processus peut être interrompu de l’intérieur.

Le fait qu’une seule procuration ait pu faire dérailler un vote à l’échelle régionale a suscité des critiques internationales.

Plusieurs experts en gouvernance ont proposé des réformes: la création d’une commission électorale indépendante, l’autorisation d’audits externes sur la gestion des votes et la publication de journaux de votes anonymisés. D’autres suggèrent l’instauration d’un rôle de médiateur pour intervenir dans les futurs différends. Bien que le NomCom ait affirmé que ses actions étaient nécessaires pour préserver l’intégrité de l’élection, l’absence de préavis et de voie d’appel a causé un préjudice durable à sa réputation.

De nombreux membres de la communauté soulignent néanmoins que le vote par procuration en soi n’est pas le problème. Dans un continent où l’accès à Internet et les déplacements restent inégaux, les procurations sont essentielles à une gouvernance inclusive. Le problème plus profond, disent-ils, est l’application incohérente par AFRINIC de ses propres règles et la réticence du conseil à décentraliser le contrôle.

Si AFRINIC veut restaurer sa légitimité, l’élection recommencée devra faire plus que compter les votes. Elle devra démontrer une équité visible et exécutoire. Cela signifie respecter chaque bulletin documenté, publier des pistes de contrôle claires et revoir entièrement le rôle du NomCom. Sans cette transparence, beaucoup craignent que l’élection de septembre n’échoue non seulement techniquement, mais moralement.