- Après quatre ans de paralysie liée à des litiges et une élection de juin 2025 annulée en raison d'un différend sur les procurations, l'AFRINIC a élu un nouveau conseil en septembre 2025, mais les candidats soutenus par Smart Africa ont dominé, alimentant les craintes d'une influence extérieure.
- Présentée comme un outil d'harmonisation des politiques, l'Architecture continentale de gouvernance de l'Internet en Afrique (CAIGA) risque de superposer une coordination dirigée par les États aux modèles communautaires, écartant potentiellement les gardiens des ressources IP africaines.
Un registre au bord du gouffre
L'African Network Information Centre (AFRINIC) est devenu un cas d'école d'échec institutionnel. Des années de mauvaise gestion, d'allégations de corruption et un conflit juridique acrimonieux avec Cloud Innovation, son troisième plus grand membre, ont abouti à l'annulation dramatique de l'élection du conseil d'administration de juin 2025 suite à un seul différend sur une procuration non vérifiée. Les votes valides ont été rejetés, la confiance s'est évaporée et l'incapacité du registre à mener des processus démocratiques a été mise en évidence comme étant impraticable.
L'entrée en scène du CAIGA: coordination ou captation ?
C'est dans ce vide qu'est intervenue l'Architecture continentale de gouvernance de l'Internet en Afrique (CAIGA), lancée en 2025 par l'Alliance Smart Africa suite à un protocole d'accord de 2024 avec l'ICANN. Officiellement présentée comme un mécanisme de coordination pour restaurer la stabilité, la CAIGA instaure des adhésions payantes, un secrétariat permanent et des dispositions permettant aux chefs d'État d'approuver des réformes en cas de blocage du consensus communautaire. Ses partisans affirment qu'elle accélérera le déploiement de l'IPv6 et l'alignement des politiques transfrontalières. Les critiques, dont le spécialiste de l'Internet Milton Mueller, avertissent qu'elle remplace simplement la paralysie judiciaire par un « football gouvernemental », menaçant les principes ascendants qui ont défini les RIR dans le monde entier.
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La voie à suivre: remise à zéro ou re-centralisation ?
L'élection du conseil d'administration de l'AFRINIC de septembre 2025, la première complète en quatre ans, a offert une lueur d'espoir de reprise, mais la forte présence de candidats soutenus par Smart Africa a intensifié les inquiétudes. Alors que Cloud Innovation appelle ouvertement à la dissolution du registre défaillant et à la nomination immédiate d'un RIR successeur, l'Afrique est confrontée à un choix difficile: un véritable renouveau multipartite ou une dérive vers une tutelle politique continentale.
À mesure que l'infrastructure à large bande et le cloud se développent sur le continent, le modèle de gouvernance choisi aujourd'hui déterminera si l'Internet africain reste autonome ou devient un autre terrain d'influence extérieure et étatique.

