• En juin 2025, l’élection du conseil d’administration de l’AFRINIC a été annulée, sapant la gouvernance et déclenchant des litiges juridiques.
  • Cloud Innovation a exigé la dissolution de l’AFRINIC, tandis qu’un nouveau document de Kurt Lindqvist intensifie le débat.

Élection annulée et effondrement de la gouvernance

En juin 2025, le Centre d’information des réseaux africains (AFRINIC), le registre Internet régional de l’Afrique chargé de la gestion des ressources d’adresses IP, a brusquement annoncé la suspension et l’annulation de son élection du conseil d’administration. Bien que l’explication officielle ait présenté cela comme une mesure de protection procédurale, les membres l’ont perçu comme une grave violation de confiance. L’élection était censée restaurer la crédibilité après des années de paralysie de la gouvernance, mais son annulation a au contraire confirmé la perception d’un registre en effondrement. Pour beaucoup, il ne s’agissait pas simplement d’un ajustement technique, mais d’un rejet direct des droits démocratiques des membres.

L’annulation est également survenue dans un contexte de difficultés financières et d’intervention judiciaire. Des administrateurs nommés par le tribunal s’étaient déjà immiscés dans les opérations de l’AFRINIC, soulevant des inquiétudes quant au fait qu’une institution dirigée par ses membres ait été réduite à une entité dictée par la politique et les querelles juridiques. Pour une organisation accréditée selon les normes mondiales de la Number Resource Organization (NRO), de tels développements ont mis en évidence un effondrement de la gouvernance que beaucoup considèrent comme irréparable.

Réponse et demandes de Cloud Innovation

En tant que troisième plus grand membre de l’AFRINIC, Cloud Innovation Ltd. a rapidement réagi à la crise électorale par un appel public à la dissolution. En juillet, la société a déposé une demande officielle de liquidation de l’AFRINIC, arguant que le dysfonctionnement du registre avait atteint un point tel qu’on ne pouvait plus lui confier la gestion des ressources IP de l’Afrique. Leur position soulignait qu’il ne s’agissait pas de différends privés, mais de préserver la stabilité de l’Internet régional des conséquences d’une gouvernance défaillante.

Parallèlement à sa pétition, Cloud Innovation a exhorté l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) et la NRO à reconnaître ou à créer immédiatement un registre régional successeur. La société a insisté sur le fait que la continuité de l’allocation des adresses IP est cruciale pour les opérateurs, les entreprises et les gouvernements à travers le continent. En se présentant à la fois comme une victime des défaillances de l’AFRINIC et comme un défenseur de la réforme, Cloud Innovation a positionné son intervention comme une remise à zéro nécessaire pour protéger l’avenir de l’Internet en Afrique.

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Lindqvist et le nouveau document de gouvernance

Au milieu des retombées, le directeur général de l’ICANN, Kurt Lindqvist — une figure de longue date de la gouvernance mondiale de l’Internet — est devenu un paratonnerre de controverse. Il a adressé des lettres aux administrateurs judiciaires de l’AFRINIC, soulevant des préoccupations de conformité et pointant la possibilité que l’AFRINIC perde sa reconnaissance selon les critères ICP-2. De nombreux membres de la communauté ont vu cela comme une intervention extraordinaire, se demandant si une personnalité extérieure devait exercer une telle influence alors que les parties prenantes africaines restaient profondément divisées.

La controverse s’est intensifiée lorsque Lindqvist a présenté un nouveau document lié à l’ICP-2 qui donnait effectivement à l’ICANN des pouvoirs plus étendus pour retirer la reconnaissance aux registres Internet régionaux. Les critiques ont fait valoir qu’un tel changement allait bien au-delà du rôle neutre traditionnel de l’ICANN, lui conférant l’autorité de passer outre l’autonomie régionale. Pour la gouvernance de l’Internet en Afrique, le moment de cette initiative était particulièrement sensible, alimentant les craintes que la prise de décision locale soit progressivement érodée par des agendas extérieurs.

La gouvernance africaine à la croisée des chemins

Avec l’élection annulée, la pétition pour la dissolution et l’intervention de Lindqvist, l’avenir de l’AFRINIC est plongé dans l’incertitude. Les partisans de Cloud Innovation insistent sur le fait que le registre est irréparable et doit être liquidé pour préserver l’intégrité. D’autres soutiennent que la dissolution créerait un précédent dangereux, et que seule une stricte adhésion à la loi et aux décisions des membres peut empêcher le chaos. La communauté est désormais confrontée à une profonde division interne qui menace de paralyser la gouvernance régionale.

Les procédures judiciaires à Maurice sont en cours, les tribunaux devant se prononcer sur le sort de l’AFRINIC dans les mois à venir. Pourtant, même avec une clarification judiciaire, le dilemme plus large reste non résolu: comment garantir la gestion légale des ressources IP de l’Afrique sans compromettre la souveraineté et la confiance. Les enjeux sont vastes, touchant non seulement l’infrastructure et la connectivité, mais aussi le principe de gouvernance ascendante qui sous-tend le modèle mondial de l’Internet. Quelle que soit l’issue, l’écosystème Internet africain portera les cicatrices durables de cette crise.