Résumé

  • En mars 1997, un journal décrivait un différend sur l’utilisation par le CNI de la station terrienne de l’ONATEL ; en août, Reuters rapportait que le CNI avait déjà mené un essai gratuit et desservait des clients à Bujumbura.
  • Le directeur du CNI situait le début du service aux clients au 1er août et le lancement public plus tard dans le mois : essai technique, disponibilité commerciale et présentation publique sont trois étapes distinctes.
  • Un rapport ultérieur de l’IANA indique que le Burundi dépendait en 1996 d’infrastructures au Zaïre pour sa connectivité Internet, sans préciser la route exacte empruntée par le service du CNI en 1997.

« Le Burundi s’est connecté à Internet » semble renvoyer à une date. Les documents conservés montrent plutôt une séquence. Un organisme informatique national évoquait un conflit autour d’une station terrienne ; son directeur disait ensuite qu’un essai gratuit fonctionnait depuis des mois ; enfin, des clients de la capitale pouvaient se connecter avant la tenue d’un lancement public. La différence compte : une annonce peut marquer la reconnaissance publique d’un service sans indiquer le jour où l’équipement a commencé à transporter du trafic ni celui où les premiers utilisateurs ont pu acheter l’accès.

Les deux organismes au cœur du dossier étaient le CNI, Centre National de l’Informatique, et l’ONATEL, Office National des Télécommunications. Dans un article du 12 mars 1997, le journal de Bujumbura Net Press rapportait que les deux voulaient exploiter le projet Internet. Selon le journal, le CNI avait besoin de la station terrienne de l’ONATEL, qui en avait refusé l’usage, et le CNI se disait prêt à louer une autre antenne si nécessaire. L’article attribuait le refus rapporté au projet de l’ONATEL d’investir lui aussi dans ce secteur.

Il s’agit du récit contemporain d’un différend, non d’une conclusion indépendante sur les motivations de l’entreprise.

Net Press rapportait aussi que le ministre des Télécommunications avait autorisé le CNI à exploiter le projet. L’organisme de supervision des entreprises publiques, le SCEP, aurait demandé à l’ONATEL d’autoriser l’usage de la station dans le cadre d’une location, appelée à prendre fin lorsque les infrastructures propres de l’ONATEL pourraient servir le projet. Le journal disait que le projet tardait alors que l’ONATEL n’avait pas répondu. Ces éléments indiquent un point de contrôle : un projet de service Internet ne donnait pas, à lui seul, au CNI l’accès à l’installation internationale qu’il comptait utiliser.

Mais l’article ne documente ni bail signé, ni configuration de l’antenne, ni route ayant finalement transporté le trafic d’août.

La chronologie suivante vient d’une dépêche Reuters datée du 1er août 1997 et reprise par d’autres médias. Barnabe Karorero, directeur du CNI, déclarait que l’organisme proposait gratuitement un essai depuis mai, puis avait commencé à fournir un accès Internet complet aux clients de Bujumbura le vendredi 1er août. Environ 80 personnes étaient connectées, disait-il. Le reportage indiquait que le lancement public était prévu plus tard en août. Il ne dit pas que cet événement s’est tenu à une date précise, ni que le service couvrait tout le pays.

Trois jalons distincts apparaissent ainsi sur une courte période. L’essai de mai indique qu’un service fonctionnait déjà, sans que l’article en précise la configuration technique ou le nombre d’utilisateurs. La déclaration du 1er août concerne la disponibilité du service aux clients de la capitale. Le lancement public correspond à un événement destiné à rendre l’offre visible. Appeler ces trois étapes « le lancement » efface la différence entre un test, un service commercial et une cérémonie. Affirmer que le 1er août fut le jour de la toute première connexion du Burundi va également au-delà de ce que Reuters établit.

Un indice plus technique, postérieur, figure dans le rapport de 2002 de l’IANA sur le domaine .bi. Il indique que .bi a été délégué pour la première fois en octobre 1996 et que son premier contact technique était lié à IZPT, un fournisseur d’accès à Kinshasa, alors au Zaïre. L’IANA précise que le Burundi dépendait à l’époque d’infrastructures situées au Zaïre pour sa connectivité. Cela aide à comprendre que les premiers arrangements techniques et de soutien du service national traversaient une frontière.

Le rapport ne prouve pas que la liaison client du CNI en 1997 empruntait la même route, et la délégation de .bi ne fournissait pas à elle seule un accès Internet.

La dépêche d’août donne un aperçu du marché initial, étroit, du service. Karorero décrivait un mélange de travailleurs étrangers d’organisations humanitaires, d’hommes d’affaires locaux et de fonctionnaires parmi les abonnés. Le CNI facturait, selon Reuters, 50 dollars pour dix heures par mois, avec les heures supplémentaires facturées séparément, ou 150 dollars pour un accès mensuel illimité. De tels montants supposaient un engagement important pour une base réduite. Reuters indiquait aussi que le CNI gardait deux groupes électrogènes prêts en raison des coupures fréquentes.

Une offre Internet fonctionnelle reposait donc sur davantage qu’une liaison internationale : installation en amont, opérateur local, moyens de paiement, continuité électrique et assistance aux clients devaient s’aligner.

Ces éléments ne mesurent ni l’accès national, ni l’adoption par les ménages, ni la qualité du trafic, ni le nombre d’établissements utilisateurs. Les quelque 80 connexions rapportées viennent d’un entretien, pas d’un recensement. L’intention du CNI de travailler avec l’Université du Burundi ne prouve pas qu’un réseau universitaire desservait déjà les étudiants. Le différend de mars et le reportage d’août ne reconstituent pas toute la chaîne opérationnelle. L’accord a pu changer, une autre installation a pu être utilisée, ou la presse a pu omettre des détails techniques.

L’histoire la plus solide n’est donc pas un anniversaire cérémoniel. C’est une succession de jalons portant des preuves différentes : en mars, un conflit sur un accès proposé à une station terrienne ; un essai gratuit annoncé à partir de mai ; une offre aux clients de Bujumbura le 1er août ; enfin, un lancement public encore prévu au moment où Reuters interrogeait le directeur du CNI. Le prisme éditorial de « Running-Code Primacy », de Heng Lu, invite à regarder ce qu’un service effectivement en marche permet plutôt qu’à confondre plans ou annonces institutionnelles avec l’exploitation.

Les preuves historiques imposent toutefois une limite : des clients auraient été desservis avant le lancement public prévu, mais la route précise et la portée nationale ne sont pas établies.

Sources