• Le syndic nommé par le tribunal d'AFRINIC a reporté les élections au 30 septembre 2025, mais l'autorité légale de cette prolongation reste floue.
  • Les modifications proposées aux procédures de vote semblent violer les statuts d'AFRINIC et le droit des sociétés mauricien.

Que s'est-il passé: l'AFRINIC peut-elle tenir ses élections en septembre ?

Suite aux élections contestées du 23 juin 2025, Gowtamsingh Dabee, le syndic nommé par le tribunal pour superviser la gouvernance d'AFRINIC (African Network Information Centre), a annulé les résultats en raison d'irrégularités alléguées, notamment concernant l'utilisation de procurations (POA).

Dans un e-mail largement diffusé, DABEE a annoncé qu'il avait demandé et obtenu une prolongation de son mandat de la Cour suprême de Maurice pour organiser de nouvelles élections d'ici le 30 septembre 2025. L'annonce incluait des changements radicaux dans le processus électoral d'AFRINIC: interdiction des procurations et des POA, vote en ligne uniquement, et création d'un nouveau Comité de nominations (NomCom) avec des représentants régionaux.

Cependant, la légalité et la faisabilité de la tenue de telles élections sous ces règles révisées sont désormais sérieusement remises en question. Les observateurs et les parties prenantes ont soulevé de multiples préoccupations quant à la possibilité même de ce processus dans le cadre de la constitution d'AFRINIC et du droit des sociétés mauricien.

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Pourquoi c'est important

1. Incertitude juridique autour de la prolongation des élections

Lorsque DABEE a été initialement nommé syndic, le tribunal a ordonné que l'élection des administrateurs d'AFRINIC soit achevée au plus tard le 30 juin 2025 et strictement « conformément à la constitution d'AFRINIC ». La prolongation du délai jusqu'au 30 septembre, en particulier sans large consultation ni documentation judiciaire transparente, a soulevé des questions quant à savoir si cela dépasse l'autorité légale du syndic.

Les parties prenantes ne savent pas si le mandat de DABEE reste valide au-delà de juin. Sans base juridique solide, tout processus électoral qu'il supervise pourrait être vulnérable à une contestation judiciaire, voire à une annulation.

2. Les restrictions de vote violent les documents fondateurs d'AFRINIC

Les statuts d'AFRINIC autorisent explicitement les membres à voter en personne ou par l'intermédiaire d'un représentant désigné – une pratique courante dans les cadres de gouvernance d'entreprise. La suppression pure et simple des options de procuration et de POA, en particulier sans l'approbation des membres, représente une dérogation majeure à ces normes.

Les observateurs notent que ce changement pourrait contredire directement les dispositions de la loi mauricienne sur les sociétés, qui protège le droit d'un membre de nommer un fondé de pouvoir pour voter en son nom. Le modèle de vote en ligne uniquement risque également de priver de leurs droits les entités qui n'ont pas un accès Internet fiable ou une culture numérique suffisante, en particulier dans les régions reculées d'Afrique.

Aucune modification des documents constitutifs d'AFRINIC n'a été apportée pour soutenir ces changements, ce qui accroît le risque que le processus électoral soit jugé inconstitutionnel et invalide sur le plan procédural.

3. La structure du NomCom semble contredire les statuts

Le nouveau Comité de nominations proposé, composé d'une personne de chaque sous-région africaine, a également soulevé des problèmes de procédure. Selon la constitution d'AFRINIC, les membres du NomCom ne peuvent pas provenir d'une région qui brigue actuellement un siège au conseil d'administration. Comme tous les sièges régionaux du conseil sont en jeu lors de ce cycle, il est sans doute impossible de former un NomCom conforme à cette règle.

Cette contradiction structurelle pose un grave problème de gouvernance. Sans un NomCom valide, il n'existe aucun mécanisme légitime pour la sélection des candidats, ce qui rend improbable que les élections puissent se dérouler de manière conforme.

4. Un processus profondément vicié, manquant de transparence

Au-delà des questions juridiques, les critiques affirment que le processus électoral tel qu'il est envisagé manque de transparence élémentaire. Le syndic n'a pas publié de rapport étayant les irrégularités alléguées de l'élection de juin. Il n'a pas non plus expliqué pourquoi les changements drastiques de vote sont nécessaires ni comment ils sont conformes aux documents fondateurs d'AFRINIC.

De plus, aucun vote ou consultation de l'ensemble des membres ne semble avoir eu lieu concernant ces modifications électorales fondamentales. Le passage à un processus fermé, en ligne uniquement – surtout en supprimant les mécanismes de vote de longue date – semble incompatible à la fois avec les règles internes d'AFRINIC et avec les principes plus larges de gouvernance inclusive.

Une élection de pure forme ?

Bien qu'une élection ait été annoncée pour le 30 septembre 2025, les doutes juridiques croissants, les incohérences procédurales et les défaillances de gouvernance indiquent un processus qui pourrait bien ne jamais se concrétiser. L'incapacité de constituer légalement un Comité de nominations, l'exclusion des droits de vote légitimes et les questions sur le mandat du syndic suggèrent que la voie vers des élections légitimes reste bloquée