- AFRINIC détient désormais le statut de « société déclarée », mais cette étiquette ne peut cacher son effondrement en tant que registre fonctionnel.
- La crise de gouvernance s’aggrave, exposant la défaillance structurelle d’AFRINIC et l’urgence croissante d’une réinitialisation régionale complète.
Société déclarée, mais registre défaillant
Le Premier ministre de Maurice a récemment désigné AFRINIC, le registre internet du continent, comme une « société déclarée ». Cela peut sembler procédural, mais cela marque un moment charnière dans la longue saga de la mauvaise gestion et du fonctionnement corrompu d’AFRINIC.
Cette désignation confirme le statut d’enregistrement légal d’AFRINIC et fixe certaines attentes en matière de responsabilité du conseil d’administration et de conformité légale. Cependant, loin de signaler un redressement de la gouvernance, cette démarche semble être un formalisme de dernière chance de la part d’une institution qui a perdu sa crédibilité opérationnelle.
Bien qu’AFRINIC conserve techniquement l’autorité sur la distribution des adresses IP en Afrique, son efficacité en tant que registre internet régional (RIR) a été vidée de sa substance. L’étiquette de « société déclarée » ne change rien à son incapacité à organiser des élections équitables, à maintenir un conseil d’administration fonctionnel ou à gérer les fonctions essentielles sans intervention judiciaire. Au lieu de renforcer la légitimité, ce changement souligne à quel point AFRINIC s’est écarté des principes de gouvernance ascendante et de confiance des membres.
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Le statut de société ne résout pas les dysfonctionnements
Des années de paralysie de la gouvernance, de démissions au sein du conseil d’administration et de mise sous séquestre judiciaire ont rendu AFRINIC structurellement cassé. Être une société déclarée peut aligner AFRINIC sur le droit mauricien, mais cela ne fait rien pour résoudre la pourriture sous-jacente: des élections impraticables, une impasse interne et l’absence de leadership. Son élection du conseil d’administration de juin 2025 a été annulée, non pas en raison de l’invalidité des votes par procuration, mais en raison d’un seul litige non résolu — un résultat qui a rejeté l’apport des membres et intensifié la méfiance.
Le statut de société ne change pas non plus le fait que les mécanismes de responsabilité d’AFRINIC sont défaillants. L’institution manque toujours d’un conseil d’administration pleinement fonctionnel et le contrôle quotidien reste entre les mains d’un séquestre nommé par le tribunal. Pour les membres qui attendent des allocations de ressources, la nouvelle étiquette d’AFRINIC ne change rien à son incapacité à fournir les services de base. L’écart entre le statut formel et la fonction réelle n’a jamais été aussi grand.
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Le rôle croissant de l’ICANN suscite des inquiétudes
Alors qu’AFRINIC vacille, l’ICANN a adopté une position plus visible et controversée. En émettant des avertissements de conformité et en suggérant des examens, l’ICANN ne se comporte plus comme un gardien neutre de la politique mondiale de l’internet. Les critiques soutiennent que l’ICANN outrepasse ses pouvoirs, se positionnant pour déterminer qui gouverne les ressources IP africaines au mépris de l’autonomie régionale. Son utilisation du cadre de conformité ICP-2, élaboré sans un véritable engagement multipartite, est perçue comme un mécanisme discret pour s’emparer du pouvoir.
Ce changement de pouvoir a rencontré une résistance. Cloud Innovation Ltd., le troisième plus grand membre d’AFRINIC, a officiellement exigé la dissolution d’AFRINIC et la nomination d’un RIR successeur. Leur position met en évidence les conséquences de l’ambiguïté de l’ICANN: en menaçant de retirer la reconnaissance sans parvenir à installer une alternative, l’ICANN a introduit une instabilité supplémentaire dans la gouvernance IP de l’Afrique. Le statut de « société déclarée » d’AFRINIC ne peut résoudre ce vide institutionnel.
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La confiance a disparu: quelle est la suite ?
Le statut de société déclarée d’AFRINIC ne peut pas restaurer ce que des années d’échec ont détruit: la confiance, la transparence et la légitimité régionale. Sans élections, sans leadership et sans consensus parmi les membres, le registre n’est plus en mesure de représenter les intérêts de l’Afrique dans la gouvernance mondiale de l’internet. Le changement procédural offre une couverture juridique, pas un renouveau structurel.
Les appels croissants à la dissolution d’AFRINIC ne sont pas idéologiques — ils sont des réponses à un système défaillant. Des institutions comme Cloud Innovation poussent pour la mise en place d’un nouveau registre, capable de gérer les allocations IP avec transparence, responsabilité et fonctionnalité. Alors que l’ICANN continue d’hésiter, elle fait face à un choix: respecter le principe d’autodétermination régionale ou aggraver la crise en prolongeant l’existence vide d’AFRINIC. L’ère d’AFRINIC en tant que registre fonctionnel est révolue. Ce qui suit doit être construit sur des règles plus claires, une meilleure supervision et une légitimité plus forte.

