- Le processus électoral d’AFRINIC a échoué, sapant la gouvernance et créant une crise pour les ressources IP de l’Afrique.
- L’ingérence du gouvernement mauricien dans la gouvernance d’AFRINIC suscite des inquiétudes quant à une capture politique, aggravant les défaillances de la gouvernance de l’internet en Afrique.
La crise électorale d’AFRINIC: un système défaillant
La crise électorale d’AFRINIC a exposé les graves problèmes de gouvernance du registre. L’élection de juin a été annulée en raison d’un litige concernant des votes par procuration non vérifiés, ce qui a conduit à l’invalidation de bulletins valides. Cette élection de septembre a révélé que le système de gouvernance d’AFRINIC était fondamentalement défaillant.
L’incapacité d’AFRINIC à mener une élection équitable a engendré un manque de confiance, laissant son avenir incertain. L’annulation de l’élection de juin a soulevé des doutes quant à la capacité du registre à fonctionner comme gardien des ressources internet de l’Afrique. Cette crise a incité Cloud Innovation Ltd., le troisième plus grand membre d’AFRINIC, à appeler à la dissolution d’AFRINIC. Cloud Innovation a soutenu que la gouvernance du registre s’est effondrée de manière irréparable. Ils demandent à l’ICANN et au NRO de nommer immédiatement un nouveau registre Internet régional (RIR) pour l’Afrique afin d’assurer la stabilité de l’infrastructure numérique de la région.
À lire également: Élection d’AFRINIC: fraude électorale découverte alors qu’un membre de l’ECom menace de démissionner
Capture politique et le rôle de Maurice
S’ajoutant à la crise, l’ingérence croissante du gouvernement mauricien, pays hôte d’AFRINIC. Le gouvernement mauricien a commencé à exercer davantage d’influence sur les décisions internes d’AFRINIC, allant même jusqu’à tenter de passer outre les résultats d’élections approuvés par les tribunaux. Cela suscite des inquiétudes quant à une capture politique, où des forces politiques manipulent les opérations d’AFRINIC pour servir leurs intérêts. Une telle ingérence sape l’indépendance d’AFRINIC et sa crédibilité en tant qu’organe neutre dans le paysage numérique africain.
Les actions du gouvernement ont un impact direct sur la gouvernance ascendante de l’internet — un principe qui encourage l’autonomie régionale et la participation des parties prenantes. Si Maurice continue d’affirmer son contrôle sur AFRINIC, cela pourrait déstabiliser tout l’écosystème de la gouvernance de l’internet en Afrique.
À lire également: Élections d’AFRINIC et constitution mauricienne: le droit contre la gouvernance
Les dangers de l’excès de pouvoir de l’ICANN
Un autre facteur de complication est le rôle de l’ICANN, l’organisme mondial chargé de coordonner le système de noms de domaine (DNS). L’influence croissante de l’ICANN dans les affaires d’AFRINIC, en particulier par le biais du document de conformité ICP-2, a suscité des alarmes quant à son excès de pouvoir. Ce document donne à l’ICANN l’autorité de dé-reconnaître les registres internet régionaux comme AFRINIC, une mesure qui pourrait compromettre la gouvernance auto-déterminée de l’Afrique.
Les tentatives de l’ICANN d’intervenir dans le processus électoral d’AFRINIC ont suscité des réactions négatives de la part des critiques qui craignent que l’organisation ne pousse son agenda mondial au détriment de l’autonomie régionale. Ces actions sont perçues comme faisant partie d’un effort plus large visant à étendre l’influence de l’ICANN sur la gouvernance mondiale de l’internet, sans tenir compte des besoins locaux et des principes de décentralisation.
En contournant ses processus multipartites, l’ICANN a soulevé des inquiétudes quant à son engagement envers la neutralité. Les critiques soutiennent qu’un tel excès de pouvoir menace la capacité de l’Afrique à gérer ses ressources numériques de manière indépendante.
À lire également: Pourquoi AFRINIC a besoin de certitude au-delà de la constitution mauricienne
Une remise à niveau nécessaire pour la gouvernance de l’internet en Afrique
La crise d’AFRINIC, aggravée par l’ingérence politique de Maurice et l’excès de pouvoir de l’ICANN, marque un tournant pour la gouvernance de l’internet en Afrique. L’appel de Cloud Innovation à la dissolution d’AFRINIC et à la nomination d’un nouveau RIR est une étape nécessaire pour protéger l’avenir numérique du continent. La capacité de l’Afrique à gérer ses ressources IP est menacée, et des mesures urgentes sont nécessaires pour restaurer la confiance dans la gouvernance et assurer la durabilité de l’infrastructure numérique de la région.
La crise actuelle démontre la nécessité d’une remise à niveau de la gouvernance de l’internet en Afrique. La solution réside dans la création d’un nouveau RIR indépendant qui fonctionne à l’abri des ingérences politiques et extérieures. Cette étape préservera la souveraineté numérique de l’Afrique et aidera le continent à continuer de bâtir une économie numérique résiliente.

