- AFRINIC est confronté à une crise constitutionnelle suite à une ingérence excessive du gouvernement à Maurice.
- L'élection du 29 août est entachée par des votes annulés et une ingérence politique.
L'élection d'août d'AFRINIC est compromise par des ingérences
AFRINIC, le registre Internet régional (RIR) de l'Afrique, se prépare à tenir des élections le 29 août 2025.Pourtant, ce scrutin, loin de restaurer la stabilité, est lui-même profondément entaché.Des ingérences excessives – des bulletins annulés à l'ingérence gouvernementale – ont paralysé la gouvernance d'AFRINIC et mis en doute la légalité de ses élections.
La crise couve depuis des mois. AFRINIC a tenu une élection du conseil d'administration longtemps retardée en juin 2025, destinée à mettre fin à un vide de leadership. Cependant, le processus s'est effondré lorsque les résultats ont été annulés en raison d'un vote par procuration contesté. Des centaines de bulletins valides ont été invalidés au cours du processus, suscitant de vives inquiétudes quant à la capacité de l'organisation à mener des élections justes et transparentes.
Au lieu de résoudre le vide de gouvernance d'AFRINIC, l'annulation a provoqué une rupture de confiance plus profonde.
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Le différend commercial dégénère en effondrement de la gouvernance
Au cœur de la tempête se trouve le conflit de longue date d'AFRINIC avecCloud Innovation Ltd (CI), l'un de ses plus grands membres. À l'origine un différend sur les allocations d'adresses IP, l'affaire s'est transformée en années de litiges, de pétitions devant la Cour suprême de Maurice et d'interventions répétées de fonctionnaires nommés par le tribunal.
Sous la direction du syndic officiel Gowtamsingh Dabee, des procédures clés ont été retardées ou reportées. CI a déposé des pétitions contestant ces manquements, affirmant que les membres se voient refuser une procédure régulière. Ce qui a commencé comme un désaccord commercial s'est donc transformé en un effondrement de la gouvernance.
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Le gouvernement mauricien intervient
En juillet 2025, le gouvernement mauricien a encore aggravé la situation. Invoquant l'article 230 de la loi sur les sociétés,il a déclaré AFRINIC comme une « société déclarée »– une désignation qui imposait des pouvoirs étatiques extraordinaires sur le registre. Cette mesure a eu des conséquences considérables:
- Elle a suspendu toutes les affaires judiciaires en cours impliquant AFRINIC.
- Elle a empêché le dépôt de nouvelles affaires.
- Elle a déclenché une enquête menée par le gouvernement, avec un inspecteur nommé par l'État pour examiner les affaires d'AFRINIC.
Pour une institution conçue pour être indépendante et dirigée par la communauté, une telle intervention de l'État marque une rupture dramatique avec ses principes fondateurs.
Un différend constitutionnel sur la séparation des pouvoirs
L'intervention ne s'est pas arrêtée là. Le président mauricien a nommé le juge de la Cour suprême Oh San Bellepeau comme inspecteur, invoquant les pouvoirs en vertu de l'article 77(3) de la Constitution.
Cette nomination a été immédiatement critiquée comme inconstitutionnelle. Les juges ne peuvent être nommés ou révoqués que sur recommandation de la Commission du service judiciaire et juridique, et non par décret présidentiel unilatéral. En choisissant un juge en exercice pour enquêter sur AFRINIC, le président a brouillé la séparation constitutionnelle entre l'exécutif et le judiciaire. Le juge s'est par la suite retiré complètement de ce rôle.
L'épisode a laissé AFRINIC suspendue entre un différend commercial, un effondrement de la gouvernance et une impasse constitutionnelle.
Pourquoi l'élection du 29 août est illégale
Dans ce contexte, la décision d'AFRINIC de poursuivre les élections en août est intenable. Deux facteurs rendent le processus illégal et illégitime:
- Bulletins de juin annulés– AFRINIC a déjà invalidé des centaines de votes légitimes de juin, soulevant des questions sur l'intégrité électorale.
- Excès de pouvoir constitutionnel– La nomination inconstitutionnelle d'un juge comme inspecteur a entaché la gouvernance d'AFRINIC d'ingérence politique.
En bref, AFRINIC ne peut pas organiser une élection équitable tant que le cadre juridique et constitutionnel à Maurice reste en désordre.
Ce qu'il faut faire
La voie à suivre exige de la retenue et le respect de la loi. AFRINIC doit suspendre son élection d'août. Se précipiter dans un vote maintenant ne fait qu'aggraver l'illégitimité.
Enfin, Maurice elle-même doit veiller à ce que ses normes constitutionnelles soient respectées. L'ingérence indue de l'exécutif dans les affaires judiciaires non seulement sape AFRINIC, mais nuit également à la crédibilité des institutions du pays.
L'élection d'août d'AFRINIC n'est pas une voie vers la stabilité mais un symptôme d'un échec plus profond. Des bulletins annulés, des affaires suspendues et une ingérence étatique inconstitutionnelle se sont combinés pour rendre le processus illégal. Ce qui a commencé comme un différend commercial avec Cloud Innovation s'est transformé en une crise de gouvernance et constitutionnelle, laissant l'avenir d'AFRINIC incertain.
La solution ne réside pas dans des élections précipitées mais dans le rétablissement de l'État de droit, le respect de l'indépendance judiciaire et l'application de cadres mondialement reconnus pour sauvegarder la gouvernance de l'Internet en Afrique.

