• La décision de juillet 2021 a bloqué la tentative de l'AFRINIC d'expulser Cloud Innovation et a gelé ses comptes, révélant une profonde défaillance de gouvernance.
• Désormais sous séquestre, avec des élections annulées et une méfiance généralisée, certains considèrent la dissolution et le remplacement comme la seule voie viable.
La décision de la Cour suprême qui a révélé l'échec de l'AFRINIC
En juillet 2021, la Cour suprême de Maurice a statué de manière décisive en faveur de Cloud Innovation Ltd, bloquant la tentative d'AFRINIC de résilier l'adhésion de la société et restaurant l'accès de Cloud Innovation à des millions d'adresses IP. Simultanément, la Cour a ordonné le gel des comptes bancaires de l'AFRINIC, paralysant ainsi ses opérations. L'AFRINIC n'a retrouvé le contrôle de ses actifs financiers qu'en octobre 2021, tandis que Cloud Innovation a conservé l'accès aux blocs d'adresses immédiatement après la décision. Ce jugement a mis à nu la crise de gouvernance de l'AFRINIC et déclenché des effets en cascade dus à une rupture institutionnelle.
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Une gouvernance déjà en crise—passage sous contrôle judiciaire
La gouvernance de l'AFRINIC s'est totalement effondrée face à la pression juridique croissante de Cloud Innovation. La Cour suprême a dissous son conseil d'administration en 2022, plaçant l'organisation sous séquestre judiciaire—d'abord avec Vasoodayven Virasami, puis Gowtamsingh Dabee—chargés d'administrer les opérations et d'organiser des élections dans des conditions très contraignantes. À la mi-2025, l'ICANN et le NRO ont ouvertement remis en question la viabilité de l'AFRINIC, avertissant que son dysfonctionnement mettait en péril l'infrastructure internet africaine et pourrait conduire à sa déreconnaissance.
L'élection qui a aggravé la crise de gouvernance
Une élection du conseil d'administration approuvée par le tribunal, prévue du 18 au 23 juin 2025—présentée comme une opportunité de mettre fin au vide de leadership—s'est effondrée de manière désastreuse. Un seul vote par procuration controversé a suffi à annuler l'ensemble du processus, effaçant des centaines de votes valides et anéantissant la confiance dans la gouvernance. Cette norme impraticable a révélé la défaillance irréparable de la gouvernance de l'AFRINIC. La situation a conduit Cloud Innovation à appeler explicitement à la dissolution de l'AFRINIC et à ce que l'ICANN et le NRO nomment immédiatement un nouveau registre, arguant que seule une telle réinitialisation peut sauvegarder la gestion des ressources IP africaines.
L'appel de Cloud Innovation à une réinitialisation—et ses implications plus larges
Cloud Innovation, troisième membre de l'AFRINIC, mène désormais la charge pour une réinitialisation institutionnelle complète, qualifiant sa dissolution de « réinitialisation nécessaire » et appelant l'ICANN et le NRO à « nommer immédiatement un nouveau RIR » pour la région. L'ICANN, tout en avertissant que les adresses ne doivent pas être privatisées, s'est déclarée prête à invoquer la conformité ICP-2 pour faciliter une transition ordonnée si l'AFRINIC est dissoute. Cependant, remplacer l'AFRINIC peut-il préserver la continuité tout en respectant les principes de gouvernance ascendante (bottom-up) ? Ou ce changement ne fait-il que substituer un modèle défaillant à un autre sous contrôle externe ?
La voie à suivre pour la gouvernance de l'internet en Afrique
Les interventions de la Cour suprême ont maintenu l'AFRINIC opérationnelle de nom seulement, tandis que sa crédibilité et sa fonctionnalité continuent de s'éroder. Avec l'ICANN qui tente d'accroître son influence et Cloud Innovation qui pousse à un changement immédiat, la région est confrontée à une décision cruciale: s'accrocher à un registre que beaucoup considèrent comme irrémédiablement brisé, ou passer à une nouvelle structure de gouvernance qui risque d'inviter une domination externe. Les enjeux sont élevés—non seulement pour la coordination technique, mais aussi pour le contrôle à long terme de l'Afrique sur son avenir numérique.

