Résumé

  • Le brouillon individuel draft-dikshit-netmod-comparability-scope-extension-00 ordonne quatre portées : node-local, domain-local, controller-scoped et global.
  • La portée la plus étroite l’emporte lors d’une comparaison, mais cette règle ne prouve ni la véracité de la déclaration, ni l’identité du domaine, ni la continuité du contrôleur, ni l’équivalence de deux métriques.

L’agrégation donne une apparence de certitude. Deux flux entrent, un total sort, et le tableau de bord masque les hypothèses. Pourtant, des compteurs portant le même nom peuvent observer des populations différentes, redémarrer à des moments différents ou être normalisés selon des règles incompatibles. L’erreur n’est pas arithmétique : elle précède l’addition.

La révision -00 propose d’inscrire une partie de cette hypothèse dans le modèle. L’extension csc:comparability-scope qualifierait un nœud YANG qui produit une métrique. Un collecteur ou un analyseur connaissant le schéma pourrait alors rejeter certaines comparaisons avant qu’elles n’alimentent une alerte ou une boucle de commande.

Son statut doit rester visible. Le Datatracker présente le texte comme un Internet-Draft individuel actif, sans aval de l’IETF ni statut formel. Les champs structurés indiquent aujourd’hui qu’il n’appartient à aucun flux RFC et qu’aucun statut RFC visé n’est enregistré. Le document -00 porte toutefois « Standards Track » dans son propre en-tête. C’est une intention affichée par l’auteur, pas une adoption par un groupe de travail ni un consensus de l’IETF. Le module YANG complet, le détail de domain-id-ref ainsi qu’une implémentation de référence et son corpus sont encore annoncés comme travaux futurs.

Une hiérarchie qui limite, pas une échelle de qualité

node-local est le périmètre minimal : les valeurs ne peuvent être rapprochées que si elles viennent du même nœud. domain-local étend la comparaison à un domaine administratif ou protocolaire déclaré et fait appel à un identifiant de domaine. controller-scoped couvre les nœuds gérés par un même contrôleur tant que la trace de cette affectation est conservée ; un changement de contrôleur rompt la continuité. global affirme une comparabilité au-delà de ces frontières, pendant la durée définie par le module.

La règle décisive est conservatrice. Si deux déclarations diffèrent, la plus étroite gouverne. Une valeur global ne rend donc pas une valeur node-local exportable hors de son nœud. Deux valeurs domain-local dont les identifiants diffèrent doivent être refusées. Deux valeurs node-local issues de nœuds distincts le sont sans condition.

Cette capacité négative est utile. Elle transforme une erreur évidente en échec vérifiable avant l’agrégation. Elle force aussi l’auteur du modèle à rendre la portée lisible par la machine, plutôt que de la laisser dans une description que la chaîne de traitement ne consulte pas.

Le schéma ne témoigne pas sur sa propre vérité

Le contrôle travaille sur les déclarations et les identifiants qu’on lui présente. Il ignore si l’identifiant de domaine a été attribué correctement, si la base d’inventaire est à jour ou si un transfert entre contrôleurs a laissé une trace continue. Il ne voit pas non plus qu’un fournisseur a modifié l’unité, le point d’observation, le traitement des valeurs manquantes ou la remise à zéro d’un compteur.

La mention global n’est donc pas une preuve supérieure ; c’est l’affirmation qui exige le dossier le plus large. Il faut lier la métrique à son unité, son échelle, sa fenêtre, sa population, ses filtres, son comportement de reset et de débordement, son point d’observation et sa politique de normalisation. Les RFC 8911 et 8912 montrent l’intérêt d’identifiants et de métadonnées de registre stables. Ils structurent la référence, mais n’attestent pas que chaque producteur respecte cette référence.

La séparation entre état voulu et état opérationnel de la RFC 8342 éclaire la même frontière. Une annotation de portée est une propriété modélisée. La réalité nécessite des observations : appartenance effective au domaine pendant toute la fenêtre, succession exacte des contrôleurs, continuité du flux, absence de biais temporel et résultats cohérents face à un invariant indépendant.

Ne pas confondre identité et comparabilité

Le brouillon connexe sur la portée des identifiants de télémétrie, désormais en révision -01, traite plus largement des VRF, familles d’adresses, domaines d’observation, fenêtres temporelles, normalisation et agrégation. Le texte étudié ici est plus ciblé : une extension YANG au niveau de la valeur et des rejets statiques.

Une identité complète répond à « qu’a-t-on mesuré ? ». La comparabilité répond à une autre question : « ces deux mesures peuvent-elles participer à cette opération pour répondre au même problème ? ». L’une ne délivre pas automatiquement l’autre. De même, la référence au modèle QoS -15 sert d’exemple motivant ; elle ne prouve ni implémentation, ni déploiement, ni retour d’expérience.

L’automatisation doit rester derrière une seconde barrière

Une agrégation erronée devient plus grave lorsqu’elle commande le réseau. Un total artificiel peut déclencher un déplacement de trafic, un changement de politique ou un redémarrage à grande échelle. Le validateur peut dire qu’une combinaison viole déjà les portées déclarées. Il ne peut pas autoriser la remédiation lorsque les portées concordent.

Avant toute action, il faut des preuves indépendantes : spécification de métrique figée, historique du domaine et du contrôleur, tests sémantiques entre sources, contrôle de continuité, canari, rayon d’impact limité et retour arrière vérifié. Un échec de portée ferme l’agrégation. Un succès ouvre seulement l’étape de preuve suivante.

Sources

Texte et statut : brouillon comparability-scope -00 ; fiche Datatracker ; historique ; annonce I-D.

Contexte : YANG 1.1, RFC 7950 ; NMDA, RFC 8342 ; modèle de registre de métriques, RFC 8911 ; registre de métriques, RFC 8912 ; portée des identifiants de télémétrie -01 ; modèle QoS -15.