Résumé
- Ofcom demande à l’UIT de faire évoluer le cadre EPFD qui encadre les brouillages entre satellites géostationnaires (GSO) et non géostationnaires (NGSO), sans l’abandonner. Pour 2027, l’autorité vise des limites différentes en bande Ka et des hypothèses de calcul anciennes ; une révision plus fondamentale viendrait ensuite.
- L’enjeu consiste à laisser davantage de capacité aux constellations NGSO tout en maintenant une protection prévisible des services GSO. Les États-Unis ont déjà adopté un modèle national différent : la défense d’une voie internationale par Ofcom répond donc à un choix de coordination bien réel.
Une différence de 14,9 dB met en lumière un cadre vieillissant
Une règle de partage peut sembler stable jusqu’à ce que deux bandes voisines appliquent des niveaux de protection très différents à une même classe de récepteurs. Dans son document d’octobre, Ofcom compare les liaisons descendantes des bandes Ka supérieure et inférieure. Pour une antenne terrestre de référence GSO de cinq mètres, la limite EPFD de long terme au seuil de 0 % présente un écart de 14,9 dB ; celle de la bande supérieure est la plus stricte.
Ofcom estime qu’il serait raisonnable d’étendre à chaque sous-bande sa limite déjà la moins contraignante, puisque les opérateurs GSO savent en pratique composer avec des niveaux de protection différents.
C’est une proposition réglementaire, pas la preuve mesurée qu’aucun service ne serait affecté. Ce chiffre ne décrit pas directement le débit, les coupures vidéo ou la disponibilité ressentie par un abonné. Il exprime une différence entre deux enveloppes d’interférence autorisées. Pour en déduire un effet de service, il faudrait connaître le récepteur, la liaison, le trafic et les conditions d’exploitation, puis calculer l’effet combiné des émissions.
La mesure en question est la densité de flux de puissance équivalente, ou EPFD. Elle traduit l’effet agrégé des satellites NGSO en la puissance qu’une source unique ferait parvenir à un récepteur GSO, en tenant compte de la directivité de son antenne. L’article 22 du Règlement des radiocommunications de l’Union internationale des télécommunications (UIT) définit des limites communes qui permettent le partage des fréquences sans imposer un accord bilatéral distinct entre chaque réseau GSO et chaque réseau NGSO.
Cette règle commune a une utilité concrète. Un opérateur satellite conçoit son système pour fonctionner au-delà des frontières ; des conditions d’interférence prévisibles facilitent la planification et l’investissement. Le cadre évite aussi que les services GSO — radiodiffusion, liaisons d’entreprise, missions publiques ou de défense et résilience — dépendent uniquement de négociations privées avec chaque constellation mobile.
Mais le cadre a plus de vingt-cinq ans. Selon Ofcom, les opérateurs NGSO jugent les limites excessivement prudentes et contraignantes pour la capacité, l’efficacité et la concurrence. Les opérateurs GSO souhaitent généralement conserver les protections actuelles. Ces descriptions résument les positions du débat ; elles ne signifient pas que chaque entreprise partage les mêmes intérêts. Les opérateurs dotés de capacités mixtes peuvent avoir des incitations de part et d’autre.
Ofcom propose un calendrier en deux temps
La position d’Ofcom est progressive. Avant ou lors de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027 (CMR-27), l’UIT pourrait étudier des changements ciblés : harmoniser les limites Ka, revoir les entrées de la méthode S.1503 utilisée pour évaluer la conformité, et mieux traiter les brouillages agrégés produits par plusieurs systèmes NGSO.
La modélisation n’est pas un détail de laboratoire. Elle pourrait réexaminer la géométrie du cas le plus défavorable, le suivi des satellites, la distribution du trafic et des terminaux, les diagrammes d’antenne et les hypothèses de propagation. Un modèle trop pessimiste peut restreindre des transmissions que l’équipement actuel saurait gérer. Un modèle plus réaliste doit cependant protéger les récepteurs dans les conditions d’exploitation réelles, et pas seulement dans les simulations les plus favorables.
L’agrégation est le point le plus délicat. Une constellation peut respecter sa limite prise isolément, tandis que plusieurs systèmes partageant une fréquence produisent ensemble un autre niveau de risque. La Résolution 76 de l’UIT, adoptée en 2023, demande déjà aux administrations d’évaluer les brouillages agrégés et de coordonner les mesures nécessaires. Ses limites d’entrée reposent sur une hypothèse de 3,5 systèmes NGSO effectifs. Ofcom soutient une méthode plus explicite pour repérer les effets réels cumulés et agir lorsque des dépassements risquent de causer des brouillages préjudiciables.
La flexibilité proposée doit donc s’accompagner d’une voie crédible de contrôle.
La seconde étape serait une révision de fond pour la CMR-31. Ofcom estime que les études ne sont pas terminées et qu’il n’existe pas encore de consensus suffisant pour transformer les effets mesurés ou modélisés en une solution mondiale applicable. L’autorité propose des principes : protéger les réseaux GSO de façon proportionnée à leurs services réels ; rendre les seuils mesurables et opposables ; permettre l’innovation ; préserver la prévisibilité ; actualiser les hypothèses ; et maintenir une cohérence internationale.
Cette distinction compte. Un ajustement technique peut être évalué dans l’architecture juridique actuelle. La remplacer pose des questions plus profondes : quelle dégradation de service est acceptable, quelles liaisons GSO doivent être protégées, comment répartir les interférences de plusieurs constellations, qui les mesure et qui doit intervenir lorsqu’un seuil commun est dépassé ?
Les États-Unis donnent déjà corps à l’alternative
Les États-Unis ont adopté une autre approche dans certaines bandes. La Federal Communications Commission (FCC) a remplacé l’obligation de respecter les limites EPFD par des critères de protection GSO fondés sur la performance, renforcé les négociations de bonne foi et prévu des garde-fous techniques en cas d’échec des négociations. Le Government Accountability Office indique que le règlement est entré en vigueur le 13 juillet 2026, à l’exception de deux dispositions dont la date d’application a été reportée sans échéance.
Il s’agit d’une solution nationale, pas d’un remplacement des règles de l’UIT à l’échelle mondiale. Ce n’est pas non plus une conclusion définitive sur le fond technique. L’exemple montre qu’un régulateur peut accorder plus de place aux critères de performance et aux accords entre opérateurs, tout en fixant des protections de secours. Ofcom estime qu’une dérogation unilatérale peut renchérir la conformité, pousser les systèmes à suivre la juridiction la plus stricte et réduire la prévisibilité des services mondiaux.
Le choix n’oppose pas simplement « innovation » et « protection ». Il demande si le cadre protecteur peut évoluer assez vite pour accompagner de nouvelles capacités, tout en restant assez clair pour guider les opérateurs, les administrations et les clients. Une exception nationale peut apporter rapidement de la marge locale ; chaque régime supplémentaire risque toutefois de compliquer les réglages des équipements, les dossiers réglementaires et les engagements de service transfrontaliers.
Rester dans le processus de l’UIT préserve des attentes communes, mais un processus lent peut figer des règles que ses participants jugent de plus en plus dépassées.
Ofcom indique avoir lancé des mesures et des simulations sur la sensibilité des systèmes GSO aux interférences et sur les paramètres de S.1503 qui contraignent le plus les NGSO. L’autorité prévoit de transmettre des résultats aux instances internationales dans les prochains mois. Ces travaux ne sont pas achevés. L’UIT n’a pas non plus adopté l’alignement des limites Ka ou les modifications de modélisation proposées.
La décision immédiate est donc aussi procédurale que technique : apporter à la CMR-27 des changements limités suffisamment étayés, tout en définissant un programme d’étude plus profond pour la CMR-31. Si les études révèlent un risque manifeste, les protections pourront être conservées ou ajustées de façon ciblée. Si elles montrent qu’une hypothèse particulière restreint fortement la capacité sans améliorer sensiblement la protection, la règle pourra évoluer sur la base d’un dossier technique défini. Il ne faut présumer ni l’un ni l’autre résultat.
Pour un marché satellite mondial, l’harmonisation est une infrastructure. Elle rend comparables les déclarations des administrations, les calculs de brouillage et les choix techniques des réseaux. Mais une règle commune n’a de valeur que si sa méthode reste crédible. L’approche par étapes d’Ofcom cherche à préserver le livre de règles mondial en le faisant évoluer avant que les régimes nationaux ne deviennent une option plus facile.
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