Résumé

  • AFRALO a adressé au Conseil une déclaration destinée à l’informer, mais qui proposait un nouveau programme commercial DNS, un appui financier aux IXP, au moins une instance L-Root par pays selon les besoins techniques, davantage de fellows africains et un plan d’action pour un Think Tank.
  • La réponse du 31 août 2026 cite des études, la Coalition for Digital Africa, l’Universal Acceptance, KINDNS et le plan régional. Elle n’annonce ni nouveau budget, ni objectif pays par pays, ni quota de bourses, ni organe formel.
  • Le statut exact est mixte : correspondance avec des travaux existants, responsabilité partagée, renvoi vers d’autres forums ou absence de décision explicite.

Une saisine pour information n’est pas une commande

La déclaration a été discutée lors d’ICANN84 à Dublin, puis envoyée le 6 février 2026 par Hadia Elminiawi, présidente d’AFRALO. AFRALO est la structure régionale qui agrège et fait remonter la voix des utilisateurs africains. Elle peut formuler des avis, organiser le débat et participer à des projets. Elle ne peut pas, par sa seule déclaration, affecter le budget d’ICANN org ni transformer une proposition en décision du Board.

Le contenu allait bien au-delà d’un constat général. Il réclamait un programme régional pour stimuler les entreprises du DNS, le financement et l’amélioration des points d’échange Internet, le déploiement d’au moins une instance L-Root ou IMRS par pays lorsque le besoin technique le justifie, une présence africaine accrue dans Fellowship et NextGen@ICANN, ainsi que des travaux sur les systèmes de nommage alternatifs. Le texte envisageait aussi un groupe « au sein d’AFRALO-AfrICANN » et un plan d’action vers un Think Tank.

Ces propositions restent sérieuses. Mais leur force politique ne change pas leur statut procédural : le Conseil a reçu une contribution pour information, pas un paquet déjà autorisé.

Une réponse d’alignement et de limites

Tripti Sinha répond que l’accent mis sur l’interopérabilité et sur un Internet non fragmenté est cohérent avec la mission et la vision stratégique d’ICANN. C’est une reconnaissance réelle. La lettre rappelle cependant que les difficultés de connectivité en Afrique ne relèvent pas toutes du mandat étroit portant sur les identifiants uniques. L’accessibilité financière dépend aussi des gouvernements, des opérateurs et d’autres parties prenantes.

La suite prend la forme d’un inventaire de capacités existantes. L’étude 2023 sur l’industrie africaine des noms de domaine fournit un diagnostic. La Coalition for Digital Africa mène déjà des projets sur les IXP et les instances L-Root. L’Universal Acceptance, l’engagement technique et KINDNS offrent des canaux pour le multilinguisme, la formation et les bonnes pratiques de sécurité. Le plan régional Afrique fixe déjà des orientations de participation et d’infrastructure.

Une référence n’est pourtant pas un acte d’adoption. La lettre n’indique pas qu’un nouveau programme commercial DNS est créé, qu’une ligne budgétaire IXP est ouverte ou qu’un quota de fellows est décidé. Elle ne transforme pas non plus un programme existant en promesse de satisfaire exactement la géographie, l’échéance ou le volume demandé par AFRALO.

La différence se voit dans les chiffres absents

Le cas de L-Root est le plus net. La déclaration demande au moins une instance par pays, sous réserve du besoin technique. La réponse évoque des instances supplémentaires. Le plan régional FY26–30 parle de nouveaux clusters dans des « pays africains clés ». Aucun de ces textes ne promet une couverture nationale complète, ne désigne les pays concernés ni ne fixe de calendrier.

Le projet IXP déjà lancé par la Coalition avait lui aussi un périmètre précis : renforcer cinq IXP sélectionnés, avec une subvention d’ICANN et une mise en œuvre par l’Internet Society. Il prouve qu’ICANN a déjà consacré des moyens à ce domaine. Il ne prouve pas que le Board, par sa lettre d’août, a autorisé une nouvelle enveloppe ou accepté la demande dans toute son étendue.

Pour Fellowship et NextGen@ICANN, le plan régional vise effectivement une hausse de la participation africaine et prévoit d’en compter les bénéficiaires. Le même plan cite l’insuffisance des financements comme risque. La réponse n’ajoute aucun nombre, aucune règle de sélection et aucune ressource. Il s’agit donc d’un alignement sur un plan existant, non d’un quota nouveau.

Les formations et la sécurité disposent d’un ancrage plus direct. Le catalogue d’engagement technique couvre le DNS, DNSSEC, les abus, la sécurité opérationnelle et l’Universal Acceptance. KINDNS propose des pratiques volontaires aux opérateurs DNS. Là encore, l’effet de la lettre consiste à indiquer un chemin, pas à créer une obligation supplémentaire.

Deux demandes restent sans disposition opérationnelle. Le plan stratégique d’ICANN surveille les méthodes alternatives de résolution et leur impact sur la racine unique, mais la lettre ne lance pas de chantier AFRALO sur les noms blockchain. Elle ne mentionne pas non plus le Think Tank. Celui-ci demeure une proposition interne à AFRALO-AfrICANN, sans charte ICANN, sponsor, budget ni délai décidé par le Board.

Reconnaître le problème sans absorber toutes ses compétences

Il serait excessif d’exiger une résolution formelle pour chaque lettre communautaire. Le Board pouvait raisonnablement répondre par une mise en perspective, surtout lorsque des programmes existaient déjà. Créer une initiative distincte pour chaque recommandation risquerait de disperser les ressources.

Ce constat ne permet pas d’écrire que les recommandations ont été adoptées. Si un travail existant couvre une demande, il faut préciser son propriétaire, son périmètre et la mesure de réussite. Si le sujet dépasse le mandat, un renvoi nominatif est plus utile qu’une simple invitation à poursuivre la discussion. Si aucune décision n’était demandée, le silence doit rester enregistré comme tel.

Dire que le Board a « rejeté » la déclaration serait tout aussi inexact. La lettre valide une partie du diagnostic, montre des contributions concrètes d’ICANN et situe les autres leviers auprès des gouvernements et de l’écosystème. La question n’est pas la valeur des ambitions, mais l’autorité capable de les financer et de les exécuter.

Le reçu de disposition qui manque

Une annexe publique, courte et stable, suffirait. Pour chaque demande : auteur et statut procédural, position au regard de la mission, type de réponse, responsable, décision de ressources, cible, échéance, forum de suivi et date d’état. Une référence à un programme existant devrait montrer ce qu’il couvre réellement et ce qui reste sans propriétaire.

Appliqué au dossier AFRALO, ce reçu ferait apparaître une forte cohérence stratégique autour de l’interopérabilité ; des travaux existants sur la recherche DNS, les IXP, L-Root, l’UA et la formation ; une responsabilité partagée pour la connectivité ; et l’absence d’engagement précis sur le programme commercial, la couverture L-Root pays par pays, le chantier de nommage alternatif et le Think Tank.

Sources