Résumé

  • Le plan d’activités 2025 d’APNIC fixait comme résultat le déploiement de 50 nouvelles sondes RIPE Atlas dans la région.
  • Le rapport annuel inscrit, dans la case du résultat réel, 60 sondes distribuées et 23 déployées, puis deux ancres Atlas déployées dans une ligne distincte.
  • Les 23 déploiements représentent 46 % de l’objectif de 50. En revanche, le quotient 23 sur 60 n’est pas un taux de conversion observé : rien ne prouve que les deux nombres appartiennent à la même cohorte.
  • Il manque un reçu agrégé et respectueux de la vie privée qui suive la remise, l’enregistrement, la première connexion, la disponibilité à 30 et 90 jours, la déconnexion et la sortie du parc.

Une sonde distribuée voyage. Une sonde connectée observe. Entre les deux se trouvent un hébergeur, une prise, un réseau local, un enregistrement, un contrôleur et du temps. Le tableau annuel d’APNIC compte le départ et l’arrivée, mais ne leur attribue pas le même billet.

Le plan 2025 formulait une cible nette : déployer l’infrastructure RIPE Atlas afin d’améliorer la mesure de l’Internet, avec 50 nouvelles sondes déployées dans la région. Le rapport annuel reprend cette cible. Dans la colonne voisine, il indique « 60 sondes distribuées et 23 déployées », puis mentionne deux ancres déployées.

La transparence est réelle : APNIC ne réduit pas toute son activité à un seul chiffre flatteur. Mais la coexistence de deux verbes introduit deux unités. Distribuer décrit un passage logistique. Déployer décrit un état opérationnel, ou du moins devrait le faire. Sans définition et sans cohorte commune, on ne sait pas ce que l’écart mesure.

La comparaison licite oppose 23 à 50, puisque les deux nombres portent l’étiquette « déployé ». Vingt-trois équivaut à 46 % de la cible et laisse 27 déploiements sans rapprochement dans cette ligne publique. Ce solde ne prouve ni perte ni gaspillage. Il peut contenir des remises tardives, des activations reportées, des appareils d’une campagne précédente ou une règle de comptage qui n’est simplement pas exposée.

Le calcul 23 divisé par 60 produit 38,3 %. Il est séduisant et fragile. Pour devenir un taux de conversion, il faudrait savoir que les 23 appareils déployés font partie des 60 appareils distribués au cours de la même période. Les documents examinés ne l’établissent pas. L’arithmétique ne répare pas une clé de jointure absente.

Deux verbes, deux comptes

Une cible protège la décision seulement si son unité reste stable. Cinquante sondes déployées constituent un résultat vérifiable. Soixante sondes distribuées peuvent témoigner d’un effort supérieur en matière d’approvisionnement et de diffusion, mais elles ne remplacent pas un déploiement.

Le mot lui-même demeure ambigu. Une sonde est-elle déployée lorsqu’un partenaire la reçoit, lorsqu’elle est branchée, lorsqu’elle est enregistrée auprès de RIPE Atlas, lors de sa première connexion ou après une période minimale de service ? Chacune de ces règles est défendable pour un usage précis. Aucune ne doit changer silencieusement entre l’objectif et le bilan.

Le rapport ne précise pas davantage si 60 représente un flux de l’année, un cumul, ou un total comprenant des remplacements. Les 23 peuvent provenir de ces 60, d’envois antérieurs ou de plusieurs campagnes. Cette incertitude n’implique aucune faute. Elle interdit seulement de raconter une trajectoire individuelle à partir de totaux agrégés.

Les deux ancres illustrent la bonne pratique inverse. Elles sont annoncées séparément, car une ancre n’est pas une sonde ordinaire. Les ajouter aux 23 donnerait 25, mais mélangerait les catégories et ne répondrait toujours pas à la cible de 50 sondes. La même séparation doit s’appliquer aux étapes de vie d’un appareil.

RIPE Atlas distingue déjà les étapes

Le vocabulaire opérationnel existe. L’API publique de RIPE Atlas fournit la date de première connexion, la dernière connexion, l’état courant, la date de changement d’état et le temps total de fonctionnement. Elle distingue notamment les états Jamais connectée, Connectée, Déconnectée, Abandonnée et Mise au rebut.

Cette gradation empêche de confondre présence physique et capacité de mesure. La documentation définit une sonde connectée comme un appareil disposant d’un accès Internet fonctionnel et relié à l’infrastructure Atlas. Le réseau local peut fonctionner tandis qu’un filtrage ou un problème de chemin empêche la liaison au contrôleur. Brancher n’est donc pas encore observer.

Le guide de dépannage va plus en amont. Il consacre un cas aux sondes remises par des ambassadeurs mais pas encore branchées par leur hôte, puis un autre aux sondes qui ne se sont jamais connectées. La chaîne opérationnelle est explicite : attribution, remise, branchement, enregistrement, première connexion, service continu et, parfois, abandon ou réforme.

APNIC n’a pas besoin de divulguer les noms, les adresses ou les emplacements précis des hôtes. Un identifiant opaque de cohorte et des totaux par transition suffisent. L’objet du contrôle est la conversion du programme, non la surveillance des bénévoles.

Le dénominateur doit survivre au changement d’année

Une cohorte n’est qu’un lot dont l’identité persiste. Si 60 sondes ont été distribuées en 2025, ce lot peut être nommé sans donnée personnelle. Le bilan peut ensuite dire combien ont été enregistrées, combien se sont connectées une première fois, combien sont restées disponibles 30 puis 90 jours, combien attendaient encore et combien ont été remplacées.

Ce dispositif rendrait le report visible. Une sonde remise fin décembre peut se connecter en janvier : ce n’est pas un échec, mais une transition située de l’autre côté de la clôture comptable. À l’inverse, une sonde distribuée en 2024 peut devenir opérationnelle en 2025. Sans identifiant de lot, les deux événements sont absorbés dans des totaux annuels qui ne se répondent pas.

Il faut aussi distinguer stocks et flux. Le nombre de sondes connectées le 31 décembre est un stock instantané. Le nombre de premières connexions pendant l’année est un flux. Le nombre d’appareils disponibles au moins 90 jours mesure la permanence. Appeler ces trois grandeurs « déployées » produirait trois vérités différentes.

Les sorties comptent autant que les entrées. Un hébergeur peut déménager, changer de fournisseur, rencontrer une règle de pare-feu ou ne plus pouvoir maintenir l’appareil. RIPE Atlas rappelle qu’une déconnexion isolée n’est pas un verdict sur la qualité du fournisseur d’accès. Un bilan agrégé peut reconnaître ces transitions sans désigner ni juger quiconque.

Une capacité de mesure se juge par sa couverture

Le plan 2026 d’APNIC prévoit de rendre compte des changements de performance Internet dans les économies dotées d’un nouvel IXP au moyen de données RIPE Atlas. La méthode est pertinente. Elle rend également la qualité du parc de sondes importante pour l’interprétation du résultat.

Un article publié par le blog APNIC comptait 13 421 sondes connectées dans le monde en février 2026 et observait une population quotidienne variant d’environ 13 300 à 14 400 pendant le second semestre 2025. Pour une journée étudiée, 34 économies ne disposaient que d’une seule sonde ou ancre. Ces chiffres sont mondiaux et ne décrivent pas la campagne d’APNIC. Ils montrent néanmoins que la diversité et la continuité valent autant que le volume brut.

Une sonde supplémentaire dans une économie peu observée peut modifier fortement la possibilité de comparer des chemins. Plusieurs appareils placés dans le même réseau peuvent ajouter moins d’information. La date de première connexion prouve le franchissement d’une étape ; elle ne garantit pas encore une série longue. La disponibilité sur 90 jours apporte une autre qualité de preuve.

La classe de connectivité compte aussi : IPv4 seulement, IPv6 seulement, double pile, ou sonde non publique. Il n’est pas nécessaire de rendre l’appareil identifiable. Des agrégats prudents par économie et grande classe de réseau peuvent montrer si le programme réduit réellement un angle mort.

Cette exigence ne remet pas en cause une mesure déjà publiée. Un test de latence peut être valide sans registre public du programme. Elle demande seulement de relier les ressources consacrées à la diffusion des sondes à la capacité durable utilisée ensuite pour mesurer un IXP, un serveur racine ou un chemin régional.

Le reçu minimal

Le reçu devrait fixer une période, une date de clôture et un identifiant opaque pour chaque lot. Il compterait séparément les appareils attribués, distribués, enregistrés, connectés une première fois, disponibles pendant 30 et 90 jours, déconnectés, abandonnés, réformés et remplacés. Sondes et ancres resteraient dans des colonnes distinctes.

La règle de report doit être publiée. Une activation tardive appartient-elle au résultat de l’année de distribution ou de connexion ? Un remplacement compte-t-il comme nouvelle distribution, nouveau déploiement, ou continuité d’un poste d’observation ? Ces choix peuvent varier, à condition que le rapprochement les rende visibles.

Le reçu peut aussi expliquer le solde par catégories agrégées : activation en attente, installation impossible, hôte retiré, appareil remplacé ou connexion intervenue après la clôture. Il ne doit pas exposer les conversations d’assistance, les identités, les adresses ni les coordonnées exactes.

Enfin, il doit revenir à la cible. Si les 23 viennent du lot de 60, la relation devient explicite. Si certains viennent d’un lot antérieur, le transfert apparaît. Si « déployé » signifie première connexion plutôt que connexion actuelle, la définition reste la même l’année suivante.

Ce que les sources autorisent

Les pièces publiques établissent une cible de 50 sondes déployées, un résultat de 60 sondes distribuées et 23 déployées, ainsi que deux ancres déployées séparément. Elles montrent aussi que RIPE Atlas conserve des états suffisamment précis pour un rapprochement agrégé. Elles ne publient pas ce rapprochement pour le programme APNIC.

Elles ne prouvent pas que 37 appareils ont échoué, disparu ou été mal gérés. Elles ne disent pas que 23 est inclus dans 60. Elles n’identifient aucun hôte, pays, réseau ou motif. Les totaux mondiaux d’Atlas ne peuvent pas combler ce vide.

Le constat porte donc sur la conservation de l’unité. APNIC a compté deux moments d’un même processus sans fournir la cohorte qui les relie. Le matériel a quitté une main ; le bilan ne permet pas encore de savoir combien de postes d’observation durables en sont nés.

Sources